LIVRE I, HISTORIQUE
une censure de 42 propositions attribuées à Molina. Dans quel esprit et avec quelle maturité fut rédigée cette censure, on peut en juger par la discussion que le P. Schneemanninstituetouchant la première proposition blâmée (1). Les Jésuites étaient donc toujours en péril, malgré l'affection de Paul V pour la Compagnie, et le Général Acquaviva eut encore une fois à défendre Molina.
Mais tout le monde comprenait qu'on approchait du dénouement. Le parti Dominicain, qui sentait son influence décroître, poussait à une prompte définition. Le Pape avaitparlé de bulle ; on lui en présentait de toutes rédigées. Seul Paul V restait calme parmi toutes ces agitations, malgré son désir d'en finir avec celte interminable dispute. Il chargeait du Perron, ostensiblement favorable aux Jésuites, d'étudier laquostion dans les volumineux procès-verbaux du Concile de Trente. 11 demandait conseil à la brillante lumière qui réjouissait alors l'Eglise, et saint François de Sales le détournai t de rien définir (2)'.
Les choses traînèrent ainsi plus d'un an. Enfin,
(2) Ce bon conseil est loué spécialement dans la bulle par laquelle Pie IX décerne à saint François de Saies le titre de Docteur de l'Éelise.
46 BA5fES ET MOLINA.
le 28 août 1607 , Paul V convoque une congrégation de cardinaux. A l'issue de ce conseil, il prescrit à tous .ceux qui y ont pris part le secret le plus rigoureux; il dissout la commission chargée d'examiner le livre de Molina ; il déclare fermées les congrégations de Auxiliis, et il fait parvenir aux chefs des deux Ordres rivaux un rescrit officiel par lequel il leur est enjoint d'attendre la déclaration ultérieure du Saint- Siège, et d'éviter réciproquement toute qualification injurieuse (1).
Ainsi se terminèrent brusquement ces assises célèbres, et Pena, qui poussait de toutes ses forces à une condamnation de Molina, fut réduit à écrire en Espagne: « Il est certain que rien n'a été défini par le Pape (2) ».
Ce fut là un véritable coup de théâtre. A en croire Billuart, les Dominicains furent « con-
(1) Acquavivapublia cette ordonnance dans les terme? suivants : « In negotio de Auxiliis facta est potestas à summo Pontifice cumdispuiantibus tum consultoribusredeundi in patriasautdomossuas; additumque est, fore ut SuaSanctitas declarationemetdeterminationem qua? expectabatur opportune promulgaret.VerùmabeodemSS.Dominoseribadmodùm vetitum est, in quaestione hâc pertractandà ne quis partem SU.E oppositamaut qualificarel, aut censura quàpiam notaret... Quin optât etiam, ut verbis asperioribus, amaritiem animisignificantibusinvicem abstineant.»(Denzinger,Enchiridion,et Schneemann, p. 292.)