LIVRE I. HISTORIQUE
pas la seule fois qu'un parti a usé de ce moyen si puissant pour intimider les âmes simples et pour gag-ncr les cœurs dévoués au Saint-Siège.
Ils composèrent donc une légende, dans laquelle l'authentique et l'apocryphe, la conjecture et le fait, le document et l'historiette, sont suflisamment mélang-és pour conclure que le Saint-Siège réprouve le Molinisme. Mais, pour que cet argument d'autorité ait quelque valeur, il faut qu'il ne s'agisse pas simplement d'une défaveur passagère auprès d'un juge mal informé et délibérant encore. Il faut que cette réprobation persiste jusqu'au bout, jusqu'à cet arrêt définitif auquel l'avenir lui-même est soumis d'avance. Or il était impossible de pousser la légende jusqu'à la dernière congrégation tenue le 28 août 1607 entre Paul V et les cardinaux. Car tous les historiens Dominicains ou Jésuites ont été contraints jusqu'à ce jour d'avouer que rien n'a transpiré du secret sur ce point historique, le seul vraiment décisif, d'après l'adage : « Tout est bien qui finit bien » . La légende était donc forcément muette.
Que faire alors pour établir que Rome a été défavorable à Molina, constamment, jusqu'au bout? 0 puissance de la tactique! — on arrêtera l'histoire là oii s'arrête la légende ; on ne tiendra aucun compte de la session du 28 août IG07; on
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reportera en arrière la clôture du débat et le"prononcé de sentence à la session du 8 mars 1606, transformant ainsi une séance de simple consultation en une séance de jugement définitif, et, par cette habile manœuvre, on rendra aux Bannésiens leur première position d'accusateurs. Puisque Billuart est l'auteur à la mode, c'est chez lui qu'il convient d'étudier cette savante stratégie ; son procédé est, d'ailleurs, un chefd'œuvre de dialectique dont jeneveuxpas priver le lecteur (1).
Son argumentation historique, car c'est une argumentation en forme, établit deux propositions, qui, chacune à son rang, fait avancer la question d'un pas décisif.
Première proposition. Le 8 mars 1606, il a été décidé que le Pape porterait une sentence définitive. Car : l^dans les questions auxquelles doivent répondre les consulteurs, il est parlé de Bulle; 2° l'Archevêque d'Armagh rédigea une bulle commençantpar les mots : Gregis dominiez, et on est bien obligé de cr.)ire que c'était par ordre du Pape ; autrement , aurait-on eu l'audace de présenter cette bulle au Saint-Père?
Deuxième p?'opositio7i. Cette sentence défini-
(4) Billuart. Dissert. VI, art. 6, § 8.