LIVRE I. — HISTORIQUE
Après cela, lesjeunes étudiants à qui, de nos jours, on donne Billuart comme auteur classique, doivent tenir la théologie des Jésuites pour convaincue d'erreuret déjà condamnée in petto, le Molinisme pour un coupable sur lequel demeure suspendue par un fil l'épée vengeresse. Que s'ils demandentà leur auteur (1) pourquoi la fameuse bulle qui existe et soumet le monde au système des décrets prédéterminants reste toujours dans les cartons et n^est jamais promulguée, pourquoi la suspension per intérim de notre condamnation se prolonge depuis trois cents ans, on leur répondra que tout s'explique par le désir du Pape de ne pas contrarier les Jésuites encore sous l'impression de leur expulsion de Venise en 1603 !
Si l'on applique les règles de la critique à ce débat d'histoire^ on reste convaincu que le nœud de la question est caché dans la mystérieuse séance du 28 août 1607, car les Molinistes en exaltent, les Bannésiens en rabaissent l'importance.
(4) Billuart. loc. cit. Sipetas..,
o4 BAXES ET MOLINA.
Dans celte séance, disent les premiers, on a décidé qu'on ne condamnerait aucun système.
— Qu'en savez-vous? — L'événement le prouve.
— Pure conjecture ! Nous, Bannésiens, nous pensons que ce conseil, d'une importance secondaire, n'a porté que sur l'opportunité de la promulgation. — Qu'en savez-vous? — La marche du procès le démontre. — Pure conjecture ! répondent les Moliniste^ à leur tour.
Conjecture confirmée par ce qui a suivi, ou conjecture s'appuyant sur ce qui a précédé, le débat entre des conjectures menace d'être interminable. Car, en histoire, seul le témoig'nag'e authentique fait foi. Or le secret imposé par Paul Y a été scellé dans la tombe de tous les témoins. Ne faut-il pas renoncer à tout espoir de solution, et Billuart n"a-t-il pas beau jeu dans son mépris d'une séance qu'il sait impossible à connaître ?
Mais l'histoire se veng-e quelquefois, par de cruelles surprises, de ceux qui dédaignent les faits. Voici qu'au bout d'environ trois siècles, Paul V Jui-même ouvre la bouche à ses cardinaux, et que lui-même nous révèle ce qu'autrefois il a voulu tenir caché. Si étrange que soit une pareille nouvelle, elle n'en est pas moins de la plus exacte vérité. Par un bonheur inespéré, le P. Schneemann a découvert, dans les manuscrits