LIVRE I. HISTORIQUE
les erreurs, et que par conséquent il serait bon ùe le déclarer. Toutefois nous ne voyons pas que présentement il y ait cette nécessité, parce que Topiniondes Dominicains est très différente de celle de Calvin, puisque les Dominicains disent que la grâce non destruit sed perficit liberum arbitrium, et fait que homo operetur juxtà modum suum, id est libère ; et les Jésuites sont ditiérents des Pélagiens, lesquels posaient le principe du salut en nous, et eux tiennent tout le contraire. Par conséquent, n'y ayant pas une nécessité pressante de venir à cette détinition, on peut traîner l'affaire jusqu'à ce que le temps porte conseil. Quant à la proposition, savoir, de faire une Constitution dans laquelle on déclarerait les choses qui ne sont pas en controverse, cela ne paraît pas bien, parce que ce n'est pas nécessaire, et qu'on donnerait uneoccasion decavillations aux hérétiques, et que si les propositions sont mauvaises, pour quelques-unes de cette nature, le Saint- Office pourra procéder contre ceux qui les auront soutenues.
Que l'on pourra, par conséquent, mieux penser à cette question particulière des propositions, et conférer aussi de cette affaire avec l'Université et autres théologiens.
Que les censeurs iront à leur résidence, et que les secrétaires resteront, ce qui fut approuvé de tous ; qu'on ne dise rien des résolutions et des discours faits dans la Congrégation, mais qu'on dise seulement que plus tard nous donnerons la solution ; que
62 BA?fES ET MOLINA.
les censeurs et les disputants se mettent en route. Nous avonsaussi imposé des censures pour qu'on ne parle pas avec les consulteurs.
Telle est la vérité sur la session dernière et sur la clôture des congrégations de Auxiliis. Qu'on relise maintenant la dialectique historique de Billuart (1) !
Résumons cette longue et célèbre querelle.
En Espagne, deux écoles théologiques se sont rencontrées et choquées. Rome a évoqué cette cause à son tribunal. Banes est parvenu à s'adjuger le rôle d'accusateur et à maintenir Molina dans la situation d'accusé. Après de longues péripéties, accusateur et accusé ont été renvoyés sans jugement promulgué, et laissés libres, tous les deux dans les mêmes termes, d'enseigner chacun son système, mais avec exprès commandement de respecter le système contraire. Yoilàce quetoutlemondesaitdepuislongtemps.
Déboutés de leur procès juridique devant la cour Romaine, lesBannésiensontalors poursuivi
(\) Billuart cite avec éloges cette sentence un peu crue de Serry : Stultitiœ genus esse puto, velle de rébus historien aliter quàni ex illaruni documentis pronuntiare ac definire. Loc. cit.