LIVRE I. — HISTORIQUE
D'où vient que cet apaisement n'ait pas duré, etd'où vient qu'on remarque bienlôtdansles débals théologiques une recrudescence d'acrimonie? Inimicushomo hoc fecit.C QS\ àl'hérésie qu'il faut s'en prendre, à celle qui, mieux encore que les autres, doit être appelée la grande semeuse de zizanie.
Le P. Schneemann, se proposant de donner une histoire complète duMolinisme, a dû raconter d'abord les attaques des disciples de Baïus contre notre enseignement, etterminerson récit par la guerre déloyale que nou-s ont faite les Jansénistes. Vraiment, si cette suite n'avait pas été déterminée naturellement par la marche même de l'histoire, on pourrait y voir un artifice digne du plus habile avocat. Encadrer notre lutte contre les Bannésiens entre deux luttes contre des hérétiques, établirque toujours nous avons été lesdéfenseursdelalibertéhumaine, soit contre l'hérésie qui la nie, soit ensuite contre le système qui semble ne pas en tenir assez de compte, soit enfin contre l'hérésie qui l'étouffé traîtreusement ; montrer que touj ours , hérétiques
et catholiques, nous ont attaqués de la même manière, en nous opposant la doctrine de saint Augustin: c'estun récit dontla disposition seule laisse pressentir qui comprenait mieux les intérêts callioliques.
Et pourtant, ce n'est pas là une habileté de plaideur ; encore une fois, c'est la marche naturelle du récit. Une seule et même doctrine fut attaquée consécutivement, au Nord dans Lessius par les Baïanistes, au Midi dans Molina par les Bannésiens, au centre dans tout l'Ordre parles Jansénistes.
Certes, je donne de grand cœur aux Dominicains cette louange qu'ils n'ont été dépassés par personne dans leur zèle et leur énergie à combattre l'hérésie nouvelle. « Ces gens-là, disaient les Jansénistes, font plus de tort à la vérité et à la bonne cause que des Molinistes déclarés (1). » Mais j'ai peine à croire que les Bannésiens n'aient pas reconnu quelquefois, parmi les arguments des sectaires, certaines pièces qu'ils avaient eux-mêmes forgées contre les Jésuites, ou qu'ils n'aient pas eu à interpréter certains textes difficiles de saint Augustin qui leur avaient paru bien clairs contre Molina,