‹ Bañes et MolinaChapitre 44 sur 174 · LIVRE I. — HISTORIQUE · texte numérisé non relu

LIVRE I. — HISTORIQUE

Baïus, par une coupable condescendance envers les Protestants !

L'historien, en relations cachées avec Quesnel et ses adhérents — l'historien admettant la distinction « du droit et du fait » — l'historien se plaignant que le Saint-Siège ait condamné Quesnel !

Que Billuart ait été entraîné à citer une pareille histoire et à vanter un pareil historien, je puis l'excuser par l'ardeur de la lutte. Mais que, de nos jours, on ne mette pas en garde les jeunes étudiants en théologie contre ce tissu de mensonges et ce ramas de récits remaniés par les Jansénistes, j'aurais plus de mal à l'expliquer.

Il n'est jamais bon de faire alliance avec les hérétiques, même contre un adversaire commun. Le moindre détriment qui puisse en résulter est je ne sais quel semblant de connivence. Les Dominicains en firent l'expérience douloureuse. Ils avaient accepté que les Jansénistes combatissent à leurs côtés pour la grâce « de soi efficace ». Ils avaient mêlé leurs traits aux traits des hérétiques dans la guerre contre les Molinistes.

BAÎ^ES £T MOLINl. 8

Et voici que, pour échapper aux foudres de Rome, la secte qui prétend rester dans l'Église malgré l'Eglise, se réfugie dans le camp des Thomistes comme dans un asile inviolable (1). Leur reproche-t-on quelque proposition calviniste ? Ils protestent qu'ils l'entendent en toute orthodoxie, in sensu thomistico. Les condamne-t-on? Ils s'écrient avec gémissements que l'on frappe la vénérable école de saint Thomas, En vain les Thomistes les repoussent, les chassent, les anathématisent. Eux, ils s'obstinent à demeurer, à se dire Thomistes pour pouvoir se dire catholiques. Les choses en vinrent à ce point qu'il fallut que le Saint-Siège protégeât l'honneur des Dominicains, en déclarant que leur système n'avait pas été atteint par les foudres dirigées contre l'hérésie.

Etrange retour des choses ! ou peut-être infaillible revanche de la vérité! Une première fois, les Bannésiens se sont adressés au Saint-Siège. C'étaient alors des accusateurs puissants, réclamant contre Molina une condamnation solennelle ; et ils n'ont obtenu qu'une déclaration officielle de Paul V qui leur égalait leurs rivaux. Une seconde fois, ils ont repris l'attaque et, bientôt compromis par leurs alliances, ils ont eu de nouveau recours à Rome, non plus en accusateurs

Page 1