LIVRE II. DOCTRINES
humains, et en déduit par voie de conséquence nécessaire la doctrine générale suivante :
Tout acte humain et chacun des modes de cet acte sont déterminés et causés immédiatement par la volonté efficace de Dieu. Il est vrai, la faculté créée coopère à la production de cet acte. Le même acte procède donc à la fois de deux causes, et par conséquent porte en soi le sceau et la similitude de chacune. A la cause contingente et libre, l'acte doit d'èlre contingent et libre; mais à la volonté infaillible de Dieu, il doit d'être nécessaire par une nécessité de conséquence. C'est une nécessité, il est vrai, de présupposition, ex suppositione , entant qu'on présuppose la volonté infaillible de Dieu. Mais on doit l'appeler plutôt nécessité de conséquence, en tant que quelque chose suit nécessairement par bonne conséquence d'une autre chose présupposée... Les effets contingents et libres sont donc, si on les compare à la science ou à la providence et à la volonté de Dieu, nécessaires en quelque manière, c'est-à-dire par supposition..., car ces conséquences sont bonnes et nécessaires : Dieu veut que telle chose ait lieu. Donc elle aura lieu quand et comment il veul qu'elle arrive (1).
(4) Voiries citations de Banes, pp. 204 et 205.
82 BA>fES ET MOLINA.
Prenez garde de ne voir là qu'une nécessité conditionnelle et log'ique, qu'on peut exprimer par ces mots: « Si Dieu veut que ce soit, ce sera ». Banes entend autrement les choses. Selon lui, aucun effet ne peut avoir lieu, s'il n'a été voulu absolument par Dieu, antécédemment à toute détermination de la cause seconde , puisque c'est Lui qui détermine cette cause à agir. Or, cette volonté de Dieu est infaillible et efficace : donc tout effet, quel qu'il soit , arrive par suite de cette conséquence nécessaire : Dieu le veut, donc ce sera. — « Il faut, dit Banes, que nous expliquions la nécessité de ce conséquent : « l'Antéchrist viendra», par rapport à la science de Dieu, en tant que cette science est cause. Cette nécessité se tire de la très efficace vertu de la Cause Première , qui détermine toutes les causes secondes à produire leurs effets, de telle sorte que nulle cause seconde ne puisse agir si elle n'est déterminée par la CausePremière(l).»
J'invite le lecteur à prêter une sérieuse attention à cette théorie. Un même eff'et provient de deux causes : il peut donc être rapporté, comparé à chacune ; de chacune il emprunte certains caractère^ ; et voilà pourquoi on peut