LIVRE II. DOCTRINES
sans contradiction affirmer d'un même effet des propriétés contraires, lorsque les deux causes offrent des caractères contraires. C'est là le fond du système Bannésien ; c'est le principe qui lui permet de sortir de toutes les difficultés.
Baiïes enseigne que tout effet est voulu absolument par Dieu. Fera-t-il exception pour le péché? Non certes: car le péché, dit-il, ne peut être connu qu'en tant qu'il est être. Le péché est un acte qui procède à la fois, comme tous les autres actes, et de la Cause Première et de la cause seconde. En tant qu'il provient de la volonté infaillible de Dieu, cet acte est un bien voulu absolument ; en tant qu'il provient de la volonté coupable, c'est un mal que Dieu ne fait que permettre. « Toute opération du libre arbitre se rapporte à Dieu comme à sa cause, et par conséquent est soumis à la divine Providence. Donc, sous la divine Providence tombe toute opération du libre arbitre, même le péché, directe en tant qu^il est opération, permissive en tant qu'il s'écarte de la règle. Et c'est ainsi que se vérifie cette parole des Proverbes, ch. XVI: Universa propter semetipsum operatus est Dominus, impium quoque in diem malum; c'est-à-dire, il a créé tel homme qu'il a voulu permettre impie, afin de montrer sa Jus-
tice au jour du jugement par la juste condamnation de cet homme (1). »
Remarquez bien ce « vouloir permettre ». Baiies ne dit pas : Dieu a 'permis que l'homme fût impie, mais il a voulu permettre . C'est qu'il ne s'ag-itpas d'une simple permission qui laisse dépendre de la volonté humaine l'existence ou la non-existence de l'acte coupable. Dieu veut absolument que l'acte ait lieu, par la volonté qu'ila de punir; etparce que le crime de l'homme est nécessaire à la production de l'acte, Dieu permet. « L'acte de la divine volonté relatif à la permission du péché des réprouvés et à la soustraction du secours efficace... doit être expliqué affirmatmement et non simplement négativement. C'est pourquoi Dieu a eu cet acte de toute éternité : Je yez^x permettre ces péchés; je veux ne pas donner à quelques-uns des secours tels que, s'ils les recevaient, ils ne pécheraient pas (2). »
N'allez pas réclamer au nom de la sainteté divine. Banes vous répond toujours par le double rapport de l'effet à sa double cause. La mort d'un même homme, dit-il, peut être voulue