LIVRE II. DOCTRINES. 8o
à la fois saintement par Dieu, criminellement par l'assassin. « Par là, on peut comprendre que non seulement quand il s'ag-it d'un même objet matériel et extrinsèque à la volonté, mais même quand il s'agfit d'un même acte intérieur de la volonté, l'entité de cet acte peut avoir à la fois pour cause efficiente une volonté mauvaise de l'homme et une volonté bonne de Dieu. Par exemple. Dieu est cause voulante et efficiente d'un acte de haine de Dieu, et la volonté humaine est cause volontaire et efficiente du même acte. Mais la volonté de l'homme est mauvaise, parce qu'elle produit un tel acte sans la règle de la raison, bien plus, contre la règle et laloi de Dieu. Quant à la volonté de Dieu elle est bonne, quand il veut que cet acte ait lieu en permettant la défaillance de la cause seconde, afin d'en tirer quelque plus grand bien parla manifestation de sa Justice ou de sa Miséricorde (1). » Voilà jusqu'où s'avance ce grand logicien. Dieu veut, Dieu fait en l'homme l'acte de la haine de Dieu. Mais cette volonté, cette opération de Dieu sont bonnes, parce qu'elles sont inspirées par la volonté de manifester sa Justice Vindicative. Que devient le principe de morale:
No7i facienda mala^ ut eveniant bona ? A moins que les Bannésiens ne s'adjug^ent le fameux adag-e qu'on impute faussement aux Jésuites : La fin justifie les moyens !
Encore une citation: « Si la non-conversion du pécheur est considérée en tant qu'elle est une pure négation, il ne faut pas craindre de concéder que de même que le secours divin est cause efficace de la grâce et de la conversion, de même la négation d'un secours efficace est la cause de la non-conversion, en tant qu'elle est pure négation d'être : bien plus, c'est le sens des mots excsecare^ indurare, Dieu refusant ce secours efficace, et de cette négation résultant aussitôt et par une nécessité de conséquence la nonconversion (1). »
En résumé, tout acte humain provient à la fois de deux causes. La Cause Première le veut efficacement et, par conséquent, il estnécessaire que l'acte ait lieu. Pour le réaliser, la Cause Première dirige la cause seconde, soit en la déterminant positivement à l'acte, si cet acte est bon, soiten se refusant à la déterminer au bien, si Tacte à obtenir est mauvais. Car « la volonté créée défaudra inévitablement dans toute