‹ Bañes et MolinaChapitre 54 sur 174 · LIVRE II. — DOCTRINES · texte numérisé non relu

LIVRE II. — DOCTRINES

d'autres termes, tous, collectivement et ensemble, ils sont ordonnés vers cette fin voulue expressément par Dieu de manifester sa Justice et de manifester sa plus grande Miséricorde envers les prédestinés (1). »

On conviendra que cette théorie est dure. On ne s'expliquerait même pas comment une telle doctrine a pu se produire et se faire accepter, si l'on ne tenait compte des temps et des lieux.

Nous sommes en Espagne, à la dernière moitié du xvi* siècle. Deux races sont en présence, dont le sang bout de haine. D'un côté, c'est l'Espagnol descendant de Pelage, sobre, fier, ami de l'épée par laquelle il a reconquis sa patrie dans une lutte huit fois séculaire ; de l'autre, c'est le Maure riche en trésors, épanouissant son luxe oriental sur le sol que lui a livré le yatagan d'Abdérame. Sa puissance, il

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est vrai, est déchue ; mais il a encore pour alliés les Musulmans d'Afrique et les Turcs de Constantinople, et ces forbans sont la terreur des côtes Andalouses qu'ils couvrent à chaque instant de sang et de ruines.

C'est plus qu'une lutte pour le sol ; c'est plus qu'une haine de races tour à tour écrasantes et écrasées ; c'est plus qu'un choc de civilisations contraires ; c'est la guerre entre le fanatisme et la foi ardente ; c'est le Croissant et la Croix qui se heurtent. On sort d'une insurrection gigantesque dans laquelle les Maures ont confondu dans leurs épouvantables cruautés le nom chrétien et le nom espagnol. Les représailles des vainqueurs n'ont été guère moins atroces ; mais les infidèles sont enchaînés pour jamais, leur règne est fini, et la Croix brille sur toute la catholique Espagne.

En ce temps-là Baiïes enseigne. Devant sa chaire se tiennent debout des Espagnols, pour qui les noms, Catholique et Espagnol, sont presque synonymes, et qui sont dès longtemps habitués à appeler « croisade » toute guerre contre les ennemis de leur patrie; des Espagnols qui ont conquis les Indes en même temps pour Dieu et pour l'Espagne, et qui racontent sans sourciller qu'en prenant aux sauvages leur or, leursterres, leur liberté, et leur donnant le bap^

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