‹ Bañes et MolinaChapitre 55 sur 174 · LIVRE II. — DOCTRINES · texte numérisé non relu

LIVRE II. — DOCTRINES

lême en retour, ils se sont montrés trafiquants généreux ; des Espagnols, enfin, pour qui Dieu lui-même est un allié fidèle et presque un compatriote. On leur dit que Dieu a fait deux parts dans l'humanité: l'une pour manifester sa Miséricorde, l'autre pour manifester sa Justice vindicative ; que les élus sont des amis protégés, comblés de grâces efficaces, et conduits infailliblement au ciel ; que les réprouvés forment une masse que Dieu méprise, à qui il refuse les secours nécessaires à laconversion, qu'il laisse à dessein dans l'obstination et l'aveuglement, pour les châtier éternellement de leurs crimes et de leurs cruautés atroces. Un tel enseignement plaît à l'auditeur, car, pour lui, le prédestiné, c'est l'Espagnol; le réprouvé, c'est le chien de Maure !

Mais une doctrine tellement dure n'aurait pu se répandre ni se perpétuer, si elle n'avait été adoucie, autant que possible, par les disciples deBanes.

Le Maître enseigne que, sans cause de la part de l'homme, Dieului refuse lagrâce efficace sans laquelle pourtant il ne peut se faire qu'il accomplisse la loi. Les Thomistes mitigés expliquent ce refus parle péché deThomme. — Mais quel péché ? — Le péché précédent, disent les uns; et reculant de péché en péché, ils se trouvent

acculés au péché originel comme dans une impasse. — Le péché concomitant, dit Billuart; car ce péché est une résistance à la grâce. — Mais, demande Tournély, cette résistance est ou négative ou positive. Négative, est-ce vraiment une résistance? Positive, elle doit être prédéterminée par Dieu qui prédétermine tout ce qui est positif (1).

Le Maître enseigne que Dieu méprise les réprouvés avant toute prévision de leurs démérites. Ses disciples, Alvarès et Gonet, font consister la répTobation négative dans une exclusion positive de la gloire, comme d'un bienfait qui n'est pas dû. Et le Maître et les disciples considèrent la permission du péché comme un moyen voulu dans le but d' obtenir la réprobatio n. Billuart rejette cette doctrine comme trop dure, la réfute par d'excellents arguments, et cite ces belles paroles de saint Thomas: Quia Deus otnnia inclinât et convertit ad se sicut in idtimum finem, impossibile est quod sit sibi vel aliis causa discedendi ah ordine qui est in ipsum. i. n, q. 79, a. 1. (2).

Le Maître, affirmant l'infaillible efficacité de

(1) Dissert. viii. art. 4. § 3.

(2) Dissert. ix. art. 9.§ 2.

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