LIVRE II. DOCTRINES
la Volonté Divine, hésite à reconnaître en Dieu la volonté sincère de sauver tous les hommes. Billuart, fidèle défenseur du dogme catholique contre l'hérésie Janséniste, démontre admirablement par l'Écriture, les Pères et toute la Tradition que Dieu veut réellement et sincèrement le salut de tous les hommes. Mais, quand il s'agit de faire accorder ce dogme avec le système Bannésien, il se trouble et nous apprend que cette volonté n'est pas totalement efficace, parce qu'elle est subordonnée en Dieu à la volonté à' obtenir des fins plus hautes que le salut des hommes, en particulier l'éclat de la Justice dont la manifestation s'oppose au salut de tous les hommes (i).
(1) Voluntas Dei antecedens est conditionata, non hoc sensu quod Deus ve'it omnes salves facere, si ipsi velint volitione quam expectet ab eorum libéra voluntate^ ut vult Tournelius cum Molinianis : hoc est, voluntas antecedens salvandi omnes non est ità efficax ex parte Dei, ut per solum liominera stet gratiae consentiendo reddere illam ex omni parte efficacem ad salutem de facto consequendam ; sed dicitur conditionata hoc sensu, qubdvelit omnes salvos fieri, si non obstent altiores fines, v. g.,bonum générale univers!, ordo providentiœ, mutabilitas arbitrii, splendor Misericordiae, décor Justitiœ. « Si enim omnis homo liberaretur, utique lateret quid peccato per justitiam debeat\ir,inq.August.Epist. iOo ad Sixtum.» Dissert. VII art. 6. §2. — Les Jansénistes ne s'accommoderaient-ils pas d'une telle volonté salvifique ?
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Le Maître, enfin, ne craignait pas de dire que l'acte le plus libre contient un mode de nécessité, — nécessité de conséquence, nécessiié par sitpposition, ajoutait-il, il est vrai. Mais on se rappelle que cette conséquence se tire de l'efficacité de la CausePremière,etseformuleainsi:Dieuveutque telle chose ait lieu, donc elle aura lieu. On se rappelle encore que cette supposition n'est autre que la supposition d'une volonté infaillible de Dieu. Or les disciples de Baiies ont compris , par leurs luttes avec l'hérésie, combien le mot «nécessaire» est dangereux quand on l'applique à un acte libre. Ils évitent donc d'employer ce mot ; partout ilsleremplacentpar le mot «infaillible». Soit, mais il reste toujours que cette infaillibilité a, pour eux, sa raison dans l'efficacité de la Cause Première. C'est donc une infaillibilité antécédente qu'il est bien difficile de distinguer d'une nécessité positive (4).
(1) Le P. Daniel, dans son [raité De F efficacité de la grâce, dit à ce sujet : « Les Thomistes disent que la grâce n'est efficace par sa nature^ que parce que l'effet ou le consentement de la volonté est inséparable. S'ils ne disaient que cela, on comprendrait aussi aisément leur pensée que celle de Jansénius ou de Calvin ; car, si cette liaison est infaillible par la nature de la grâce même, il paraît qu'elle est absolument nécessaire; elle ne peut être nécessaire que parce que la grâce produit nécessairement son effet, et