LIVRE H. DOCTRINES
faire pénitence. Car autre est le don de pouvoir /azVepénitence, et autre ledon]de /«zre'pénitence. Par conséquent, pour arriver à ce résultat que l'homme ne veuille ipdiS faire pénitence, il n'est pas besoin d'un secours dIus grand que celui en vertu duquel il est dit pouvoir faire pénitence (1). »
Qu'on me pardonne le peu d'élégance de cette traduction. Mais je m'en suis tenu au pur mot à mot, afin qu'on ne pût m'accuser de contre-sens, dans un texte qui n'est pas de facile intellig-ence. Cependant, en s'appuyant sur cette phrase: «Autre est le don de pouvoir faire pénitence, et autre le donde/aw*epénitence » , onpeut, ce semble, interpréter d'une manière plus claire l'enseignement du Maître. Soit le don de pouvoir faire pénitence égal à 3, et le don défaire pénitence égal à 5. Saint Pierre qui a /«2Ï pénitence a reçu o, et dans ces 5 sont compris les 3 qui répondent à pouvoir faire pénitence. Judas, qui est resté impénitent, n'a pas reçu 5 bien certainement ; mais il n'y a pas d'inconvénient à ce qu'il ait reçu 3. C'est même ce don de 3 qui explique sa réprobation infailHble. D'un côté, infailliblement il ne fera pas pénitence, puisque 3 n'est
pas 5 ; et d'un autre côté, son impénitence lui est imputable, puisqu'avec 3 il pouvait faire pénitence. Peut-on rencontrer un raisonnement plus clair, plus limpide ? C'est un simple calcul d'arithmétique.
Je vous prie, ne prenez pas ceci pour une ironie. Lisez avec soin les Thomistes, et vous verrez que c'est là le fond de leur raisonnement, soit lorsqu'ils distinguent entre le sens divisé ei le sens composé^ soitlorsqu'ils mesurent les degrés d'être qui séparent la grâce efficace et la grâce suffisante. Lisez-les encore une fois, et vous constaterez que leurs explications, si obscures dans le langage métaphysique, deviennent d'une clarté surprenante lorsqu'on les traduit dans le langage du calcul. Mais voyez surtout de quelles ambagesils entourent le décret du concile de Trente, où il est déclaré que l'homme peut disseiitir à la grâce (1), et vous serez peut-être moins surpris que les deux savants Cardinaux Bellarmin et du Perron aient porté des suffrages si sévères dans la fameuse congrégation dont Paul V a rédigé le procès-verbal.
La doctrine de Bailes présente donc un étrange phénomène de contraste. Elle part
{\) Voyez p. ît\ et seq.
d'un principe aussi majestueux qu'incontestable, en invoquant les droits imprescriptibles de la Cause Première. Elle déroule les conséquences de ce principe avec une remarquable rigidité de logique ; tout s'enchaîne ; tout parait simple, clair, facile à comprendre, et ce sont là, d'ordinaire, les caractères de la vérité. Mais l'^oici qu'au terme cette doctrine se heurte à a Sainteté et à la Bonté de Dieu ; elle se heurte lux dogmes de la liberté humaine oideTimputabilitédes mérites et des démérites; elle semble nême se heurter à un décret de foi catholique, ît de toutes ces difficultés elle ne se tire que par les explications prolixes et confuses.
Je la compare à un fleuve sortant d'une source ;i haute et si puissante, qu'il se trace sur les )entes un lit droit comme une règle de fer. Mais es flots rencontrent bientôt une barrière de ochers où se brise leur impétuosité, et ils ne 'échappent plus qu'en serpentant sans gloire '. travers mille méandres.
Après avoir exposé le système de Banes, il aut maintenant faire connaître celui de Molina.
BAf^ES ET MOLINA. 1
110 ba51es et molina.
Mais je dois d'abord présenter uue importante observation. Je rappelle donc ce que déclarait Acquaviva parlant aunom de son Ordre. Dans le livre de la « concorde », il y a deux questions bien distinctes, savoir la théorie de 1^ science moyenne, et une opinion contestable sur les forces morales de l'homme dans l'ordre naturel. Certes, cette dernière opinion est parfaitement légitime : rien ne le prouve mieux que la violence et l'inanité des efforts tentés pour la faire proscrire. Mais elle n'est, après tout, qu'une opinion qui est débattue et contestée dans le sein même delà Compagnie, et dont l'Ordre tout entier ne se fait pas responsable. Quant à la théorie de la science moyenne, tous les théologiens Jésuites la soutiennent, s'en servent pour expliquer la Prédestination, l'opposentàla théorie des décrets prédéterminants.
Qu'est-ce donc que la science moyenne ? et d'abord quel est son objet?
On a toujours su distinguer en philosophie entre le possible et le futur. Un possible est un être ou un événement qui « peut être » réalisé. Un futu7' est un être ou un événement qui « sera » réalisé. Un possible se présente en lui-même avec un caractère d'indifférence complète à l'existence et à la non-existence. Son concept, serait-il adéquat, ne peut aller plus