LIVRE II, — DOCTRINES
pénétrable, c'est que Dieu dont l'Essence est d'Exister, et dont l'Etre contient éminemment toutes les existences, atteint immédiatement, directement et en elles-mêmes, toutes les existences présentes, passées, futures, possibles, conditionnelles, et tous les liens de toutes les coexistences. Mirabilis facta est scientia tua ex me et non potero adeam (Ps. 138).
Savoir pourquoi l'on ignore, c'est presque connaître. Mais notre ignorance de la manière dont Dieu connaît les futuribles serait-elle plus complète encore, nous ne devrions pas en être troublés. Ne trouvons-nous pas des difficultés aussi insolubles, quand il s'agit de « la science de simple intelligence » ? Dieu connaît-il les possibles dans le nombre ou sans le nombre ? S'il les connaît sans le nombre, comment les connaît-il individuellement ? S'il les connaît dans le nombre, les connaît-il en nombre fini ou en nombre infini? Problèmes embarrassants, tous en conviennent. Mais quel théologien en attend la solution, pour admettre que la science de Dieu s'étend à tout nombre et à tout possible ?
Il en est de même relativement à la science moyenne. Expliquer cette science, c'est œuvre de dilettantisme philosophique ; l'affirmer, c'est affaire de bon sens, et, si on l'a mise en doute, c'est vraisemblablement parce qu'on a reconnu
que celle Ihéorie élail la forlune d'une écolo rivale.
En effet, grâce à celle Ihéorie, la concorde devienl facile entre l'efficacilé de la grâce divine et la liberté de la volonté humaine, entre la g-raluité de la Prédestination et l'imputabilité des œuvres.
Par la science moyenne, Dieu sait d'avance que s'il donne telle grâce à tel homme dans toiles circonstances, cet homme y consentira librement, et posera l'acte salutaire par la force même de la grâce acceptée. Dieu décide de donner cette grâce, et par là même il décide de donner une grâce efficace, c'est-à-dire une grâce qui produit son eiïet.
Par la science moyenne. Dieu sait d'avance que s'il donne à tel homme telle série de grâces, cet homme y correspondra librement, et par suite méritera le salut éternel. Dieu décide qu'il donnera cette série de grâces, et par là même il prédestine son élu.
Nous n'avons pas encore ici à comparer les « Molinistes » et les « Congruistes « dans
l'application différente qu'ils font de la science moyenne. Ce sont là querelles domestiques auxquelles n'ont rien à voir les Bannésiens. Entre ceux-ci et nous, il n'y a qu'une question, comme le P. Schneemann le fait observer. Dieu prédestine-t-il, parce qu'il donne une g-râce qu'il /a/^ efficace ou parce qu'il donne une grâce qu'il 5«z^efficace? Si l'on ad met la première hypothèse, qu'on dise comment l'acte humain reste libre. Si l'on admet la seconde, qu'on l'explique autrement que par la science moyenne.
La théorie de la science moyenne établit si aisément la concorde entre dogmes en apparence opposés, qu'on a retourné contre elle ses propres avantages. Ce n'est là, disent lesadversaires, qu'un système imaginé pour les besoinsde la cause : hypothèse commode, sans doute, pour se débarrasser des difficultés, mais dépourvue de racines dans la métaphysique. Eh bien! puisque les Bannésiens en appellent à la métaphysique, faisons une petite digression métaphysique.
D'après les Bannésiens, Dieu connaît les futurs absolus dans ses décrets absolus, et les futurs conditionnels (car il a bien fallu les admettre enfin), dans ses décrets conditionnels, c'està-dire que Dieu connaît ces choses, non pas immédiatement dans leur objectivité, mais d'une manière réflexe dans la connaissance de sapropre
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volonté. Or, je le demande, est-ce là une conception de bien haute métaphysique ?
Saint Thomas, expliquant le jeu réciproque de l'intelligence et de la volonté, nous enseigne que la «mise en mouvement» part de l'intelligence, et il en donne la raison suiv^ante : Toute détermination provient du principe /ormei, puisque c'est la forme qui détermine. Or « le premier principe formel est l'être et le vrai universel qui est l'objet de l'intelligence (1) »,
Cette raison est tirée de la plus pure métaphysique, par conséquent elle nous coudait à reconnaître en Dieu lai-même une antériorité virtuelle qui met en ordre « l'Etre, le Vrai, le Bon». D'oii résulte que, d'après notre manière de former nos concepts, l'Intelligence Divine, faculté du Vrai, doit être conçue en acte avaîit la Volonté, et indépendamment de laVolonté. Or, une Intelligence Infinie ne peut être conçue en acte, sans qu'on la conçoive englobant à la fois tous les objets qu'elle peut atteindre. Donc, l'Intelligence Divine s'étend d'elle-même à tout vrai par une compréhension immédiate et qui ne relève que d'elle-même. D'oiije conclus que la métaphysique détourne de recourir à la Volonté Divine,
[I) I. H. q. 9. a 1, in fine.