‹ Bañes et MolinaChapitre 64 sur 174 · LIVRE II. DOCTRINES · texte numérisé non relu

LIVRE II. DOCTRINES

pour expliquer la Science Divine, et qu'ellenous appren'l à nous en tenir au rapport essentiel entre l'inlelligence et le vrai.

Que si l'on veut pousser plus loin l'analyse, la métaphvsique enseigne encore qu'il faut, non pas descendre du Vrai au Bon^ comme le font les Thomistes, mais remonter du Vi^ai à VÊtre, comme le fait saint Thomas.

Est-ce doncpardes décrets absolus quel'Ang-e de l'école explique la prescience divine au sujet des futurs absolus? Non, que je sache (1) ; mais il s'appuie sur la présence actuelle de toutes choses dans l'Eternité, et, remontant du vrai à l'être, iltrouve la raison de cette prescience de Dieu en ce que « sa connaissance, comme son être, est mesurée par l'Eternité (2) ».

Est-ce par une sorte de réflexion sur sa propre Volonté que Dieu connaît toutesles propositions qu'une intelligence quelconque peut énon-

(i) Serry avoue le fait suivant : Dans une solennelle dispute théologique qui eut lieu en 1647 entre Dominicains, le Général des FF. Prêcheurs^ se prononçant contre celui qui défendait le système Bannésien, promit de le créer immédiatement Maître, s'il pouvait lui montrer un seul passage du S. Docteur, dans lequel celui-ci aurait expliqué la Science Divine des futurs par les décrets prédéfinissants. (Voir Sclineemann, p. 54 et la note.)

cer : enuntiabilia ? Saint Thomas n'en dit mot ; mais, remontant encore du vrai à l'être,, il enseigne que Dieu les connaît, parce que tout ce qu'on peut énoncer a sa raison éminente dans l'Etre divin. Deusper suumesse, quod est ejus essentia, similitudo omnium eorum quœ per enuntiahilia significantur (1).

On m'accordera, sansdoute,quecetteconnaissance divine d'une proposition quelconque ne s'arrête pas à la liaison logique des mots, mais qu'elle pénètre l'objectivité même et la vérité du sens énoncé. D'où il fautconclure que, suivant saint Thomas, Dieu connaît immédiatement toute proposition, même conditionnelle, sans recourir à la connaissance de sa Volonté, et que, sans recourir à ses décrets, il distingue immédiatement^ entre deux propositions conditionnelles contradictoires, laquelle est objectivement vraie.

Peut-être contesterez-vous qu'il y ait quelque vérité objective dans une proposition conditionnelle dont la condition ne sera jamais réalisée. Mais saint Thomas vous répondque « Dieu connaît même les « non-êtres » , nonentia. Car Dieu connaît tout ce qui est, quelle qu'en soit la

{\) I. q. U. a. H, ad 2"™.

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