LIVRE II. — DOCTRINES
manière d'être... » Il connaît les êtres proprement dits, c'ost-à-dire les êtres en acte, mais il connaît aussi les êtres en puissance a.ctive ou passive, et tout ce qu'on peut penser, imaginer ou exprimer. « Car ces êtres ont une certaine dose de vérité, puisqu'il est vrai qu'ils sont en puissance, et ainsi ils sont connus de Dieu.. . et pour cela, on peut dire que Dieu a la science des non-êtres eux-mêmes ( l). »
Je sais bien que les Thomistes ne laisseront pointpasser sans discussion les textesdu Docteur dont ils ont fait leur propriété, et qu'ils sont prêts à nous opposer d'autres passages. Je renvoie au P. Schneemann le lecteur qui voudrait entrer davantage dans cette discussion '2), et je clos cette digression en concluant : La théorie de la science moyenne est de haute philosophie, et ne fût-elle d'aucune utilité pour résoudre de graves questions, on devrait encore l'admettre par pur respect delà métaphysique.
(1) I. q. 14. a. 9. in corp. et solut.
(2) CommeiU S. Tiioinas explique la connaissance des contingents. P. 82 et seqq.
Tous les théologiens de la Compagriie de Jésus sont d'accord pour admettre la science moyenne. Tous s'en servent pour sauvegarder le libre arbitre sans restreindre la vertu de la Grâce. Cependant, il est un point secondaire, savoir Tordre des décrets divins touchant la Prédestination à la Gloire, sur lequel il n'y a plus la même unanimité. On compte à cet égard deux systèmes : le Molinisme pur soutenu par Molina et Lessius, et le Congruisme , qui se réclame de Suarez et d'autres grands noms.
C'est la théorie de Molina que j'ai promis d'étudier spécialement. Mais, pour mieux lafaire comprendre, il est utile d'expliquer en quoi consiste la divergence entre les Molinistes et les Congruistes.
On sait que les théologiens ont l'habitude de distinguer dans les conseils divins des instcmts de liaison, c'est-à-dire un ordre logique. Ce procédé est légitime, car l'ordre règne dans le sanctuaire de cette Unité qui est la raison éminente de toute multiplicité. Molina, guidé par cette vérité de bon sens, que la