‹ Bañes et MolinaChapitre 68 sur 174 · LIVRE 11. DOCTRINES · texte numérisé non relu

LIVRE 11. DOCTRINES

différence, dit-il, n'est pas seulement in actu secundo, en ce sens que l'une obtienne son effet par l'usage du libre arbitre soutenu par la grâce coopérante, et qu'il n'en soit pas ainsi de l'autre; mais aussi in actu primo, dans ce sens qu'étant donnée la science des conditionnels, par un décret efficace de Dieu et par son intention d'obtenir de nous le bien très certainement. Dieu mette lui-même son industrie à choisir los moyens et les donne dans le mode et dans le temps 011 il voit que l'effet suivra infailliblement, car son choix aurait porté sur d'autres moyens, s'il avait prévu l'inefficacité des premiers. » De ijidustriâ Ipse ea média seligit atque eo modo et tempore confert, quo videt effectum infallibi- Uter habitura, aliis usiirus, si haec inefficacia jirjevidisset (1).

Il est difficile d'exposer plus nettement l'opposition entrele Molinisme et le Congruisme. Dans un système, Dieu donne la grâce qiiil sait efficace; dans l'autre, Dieu donne la grâce/Jrtrceç'î<'«7 la sait efficace. — Dans le premier, la différence entre la grâce dite efficace et la grâce dite suffisante provient uniquement de la liberté humaine; dansle second. Dieu lui-même opère un triage in-

(luslrieux entre les grâces, et par là les disting-ue en efficaces et en suffisantes. Ces dénominations n'ont donc pas de raison d'être dans le système Moliniste; mais, tout en les expliquant différemment, Bannésiens et Congruistes sont d'accord pour en soutenir la légitimité.

En résumé, suivant le Moliniste, Dieu excite et pousse à l'acte vertueux ; mais c'est l'homme qui, en dernier lieu, décide s'il y aura acte méritoire ou non. Suivant le Congruiste, tout dans l'ordre du salut est fixé d'avance, prédéfini par une volonté antécédente de Dieu, qui décrète absolument les choses en elles-mêmes, et ne consulte la liberté humaine que pour le choix des moyens.

On a donc tort de s'épuiser en efforts inutiles, comme on l'a fait souvent, pour soutenir qu'au sujet delà Prédestination àlaGloire, Molina et Suarezont dit la même chose. On ne parvient à faire accorder leurs systèmes qu'en enlevant à chacun d'eux toute log-ique , toute clarté, tout relief , à peu près comme on ne peut faire coïncider les creux et les saillies de deux médailles qu'en les usant l'une contre r au tre .

Le P. Schneemann, cédant à un pieux esprit de corps, a tenté, lui aussi, cette conciliation. De là plusieurs chapitres de son bel ouvrage, où

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