LIVRE II. — DOCTBINES
les explications n'ont pas la même clarté que dans le reste.
L'auteur prétend, enparticalier, que le décret d'Ac.quaviva n'était que le programme universellement admis par tous nos théologiens de cette époque ; mais l'histoire est là qui prouve que cet acte fut une véritable mesure de restriction apportée à la liberté des doctrines. Car, sans parler des réclamations et des explications auxquelles ce décret donna lieu au sein de la Compagnie et que le P. Schneemann relate lui-même (1; , on constate qu'à partir de ce décret, le pur Molinisme cessa d'être enseigné parmi nous. Partout, depuis lors, dans nos écoles, régna leCongruisme, système complexe, sorte d'intermédiaire entre le Molinisme et le Thomisme: avec le premier, sauvant la liberté humaine ; avec le second, plaçant dans un décret antécédent la raison absolue de tout acte vertueux et de toute Prédestination à la Gloire. Il est même probable que c'est précisément ce caractèremixte quiportale P. Acquaviva à imposera la Compagniele système de Suarez. Enfants d'obéissance, nos théologiens se sont soumis pendant plus de deux cents ans aux ordres de
130 baSes et molina.
leur Général. Enfant d'obéissance, moi aussi, je suis prêt à reconnaître l'opportunité du décret, au moment où il a été porté. Il faut avoir lu dans l'histoire du temps quels orages le démon avait soufflés à lafois de tous les points de l'horizon contre notre Compag'nie, pour apprécier la sagesse du pilote qui a prescrit de serrer les voiles du navire. Mais, indépendamment des autres difficultés, la prudence ne commandaitelle pas, après les terribles luttes que l'on sait, d'éviter tout ce qui pouvait fournir prétexte a de nouvelles accusations? A qui sait lire, ces motifs de prudence sont suffisamment avoués dans les considérants du décret. Pour maintenir l'uniformité et la solidité de la doctrine dans la Compagnie, dit Acquaviva, et -pour conserver la bonne estime des étrangers, nous voulons que l'on suive la doctrine qui a été défendue par les nôtres dans les congrégations de auxi^ liis, « et qui a été jugée par de très graves Pères plus d'accord avec saint Augustin et saint Thomas ».
La Compagnie avait, en effet, soutenu la lutte avec tant d'énergie, moins pour l'honneur de son enseignement que pour la sauvegarde d'un dogme attaqué par les hérétiques du temps. Grâce à la théorie de la science moyenne, toute objection contre le dogme de la liberté s'éva-