LIVRE II. — DOCTRINES
nouissait, et le Calvinisme perdait pied. C'était la seule victoire qu'ambitionnait l'Ordre de saintignace, et, pourvu qu'on lui laissât en main uneépéesi terrible à l'hérésie, elle se déclarait prête à la baisser courtoisement devant tout adversaire catholique.
La décision du Général de la Compagnie était donc sage et prudente et généreuse. Mais, après tout, ce n'était que le fruit d'une prudence qui jugeait du présent, sans lire dans l'avenir ; et je me persuade que, si le P. Acquaviva eût prévu l'hérésie de Jansenius, il n'eût pas consenti à émousser notre arme. Le Congruisme^ en effet, est un système qui sauvegarde la liberté humaine, mais qui ne met pas en lumière la Bonté Divine autant qu'il conviendrait. Cette séparation antécédente à la prévision des mérites, entre les prédestinés et les réprouv' es, ce choix entre les grâces pour donner aux uns les grâces efficaces, aux autres les grâces simplement suffisantes, n'ouvrent pas le cœur du fidèle à la confiance, à l'amour et au courage.
Or, ce qui fait le caractère vraiment infernal du Jansénisme, c'est moins encore son erreur dogmatique que l'astuce qu'il emploie pour imposer une Divinité qui n'aime pas et qu'on ne peut aimer. La Bonté paternelle a disparu. Vous ne rencontrez plus qu'un maître, dur, arbitraire,
caché dans ses voies, épiant la moindre faute, en tirant l'occasion de perdre, dissimulant quelquefois sesg:riefs,mais ne les oubliant jamais. C'est un juge qui médite constamment sur la première chute, qui maintient inexorablement sur la masse de perdition son arrêt de malédiction, et qui ne paie toutle sang" du Calvaire que par quelques élus, parcimonieusement choisis. A cette Divinité, la crainte seule fait plaisir. On doit se tenir le plus loin possible duTrônejdansl'attitude d'un esclave, et attendre dans une stupide immobilité le sort fixé d'avance, sort auquel on ne peut se dérober, sort qu'on ignore, mais qu'on prévoit, car le petit nombre est celui des élus !
Pour combattre cette hideuse conception, inspirée par les démons qui croient, mais qui tremblent, que faut-il faire, sinon montrer la vraie figure du Bon Dieu? Et cette figure, c'est Jésus €71 qui ont apparu l'Humanité et la Bénignité Divi- 7ies. Ilfaut montrerunDieumort réellement pour tous les hommes ; un Dieu qui poursuit constamment de son amour tous les pécheurs ; un Dieu qui dit à sa vigne : « Je n'aipas fait pour toi seulement « le suffisant », mais quai-je pu faire que je lïaie fait? » un Dieu qui se tient à la porte, frappe et n'a pas crainte d'avilir sa majesté, « en attendant » que sa créature « se détermine » enfin à lui ouvrir.