LIVRE II. DOCTRINES
Voilà le Vrai Dieu qu'il faut montrer, et que les Jésuites n'ont cessé d'opposer au spectre janséniste ; aussi, je suppose que si le P. Acquaviva avait prévu cette hideuse hérésie, il n'eût pas fermé la bouche aux Molinistes. Mais, à dire vrai, c'est là une de ces propositions conditionnelles dont Dieu garde le secret dans la science moyenne.
Ce que nous savons par l'histoire, c'est que, si l'ordre du Général fut strictement observé dans la Compagnie, on évita cependantd'insisler sur la doctrine qu'il impose, sauf dans les cours de théologie. Là même, on chercha bientôt à fondre ensemblele Congruisme et le Molinisme pour obéir au décret, sans renoncer à un sentiment plus consolant.
Le P. Schneemann en est encore à cesprojets de fusion qui ne peuvent aboutir, suivant plusieurs, qu'à la confusion des idées. Qu'il me permette de lui rappeler que de nos jours , et sous le regard des supérieurs, le pur Molinisme a reparudansun certain nombre de nos chaires. Par conséquent, nous pouvons actuellement, en toute obéissance et soumission, défendre la conception de nos incomparables théologiens Molina et Lessius.
134 baSes et molina.
Voici donc Molina une seconde fois délivré de toute entrave, et admis à expliquer librement son système.
La Prescience divine, dit-il hardiment, ne change rien à la Providence de Dieu sur chaque homme, mais lui ajoute le caractère de Prédestination. Sans la prévision par la Science moyenne , la même Providence, pourrait donner les mêmes grâces pour conduire au salut, mais il n'y aurait plus ni Prédestination, ni Livre de Yie écrit d'avance.
En Dieu, dit encore Molina, l'ordre d'intention est le même que l'ordre d'exécution. Dieu a voulu d'abord ce qu'il a exécuté d'abord; il n'a voulu qu'ensuite ce qu'il a exécuté ensuite. D'oii résulte cette conclusion capitale que, pour connaître l'ordre des intentions divines relatives à la prédestination d'unhomme, il faut avant tout étudier la marche des bienfaits providentiels dans l'histoire de cet homme. C'est ce que nous allons faire.
Chaque individu qui naît dans ce monde a une histoire parfaitement déterminée. Car l'histoire n'est que la succession d'une existence, et, à chaque instant, l'existence est essentiellement