‹ Bañes et MolinaChapitre 72 sur 174 · LIVRE II. DOCTRINES · texte numérisé non relu

LIVRE II. DOCTRINES

déterminée, suivant l'adage : Existentia est ultima rei determinatio . Or cette détermination totale contient deux sortes de déterminations qu'il faut soig-neusement distinguer, savoir les influences nécessairement subies et les résolutions librement prises.

Evénements auxquels on est mêlé, éducation qu'on a reçue, actions incessantes du milieu physique et moral, autant de déterminations extrinsèques auxquelles on est soumis ; tempérament, passions, pensées suggérées, désirs excités , autant de déterminations intrinsèques qui sont dans l'homme, mais qui ne dépendent pas de l'homme, m vohis sine nohis^ dit saint Augustin. Toutes ces influences extrinsèques et intrinsèques sont autant de déterminations subies ; elles conduisent l'histoire de l'homme par une voie qui est complètement déterminée, tant que n'intervient pas le libre arbitre.

Mais là où la délibération trouve à se produire, la voie se bifurque, et c'est la liberté qui détermine, par son assentiment ou son dissentiment aux impulsions subies, dans quel sens se poursuivra l'histoire de l'individu. Or cette libre décision obtient deux résultats d'ordre différent, savoir un résultat moral, en tant qu'il y a mérite *ou démérite dans la décision elle-

même, et un résultat physique, sur lequel j'insiste surtout ici, en tant que cette détermination du libre arbitre engage subséquemment l'individu dans une voie oii l'attendent de nouvelles influences déterminées et déterminantes. Chacun de nous n^a qu'à jeter un coup d'oeil sur sa vie passée, pour constater combien, dans tel et tel instant, une libre résolution a dirigé l'histoire qui a suivi. Certaines heures, celles, par exemple, où le jeune homme délibère sur la carrière qu'il choisira, décident de tout un avenir. Pour être moins évidente, l'influence d'une délibération quelconque, par rapport à ce qui la suit, n'en est pas moins réelle.

En résumé, l'histoire de l'individu est composée de deux sortes de déterminations qui réagissent les unes sur les autres. Les influences subies par Thomme précèdent et préparent les résolutions du libre arbitre, et celles-ci décident en partie quelles nouvelles influences l'homme devra subir. On peut comparer cette histoire à la marche à travers une ville. La rue dans laquelle est engagé le voyageur conduit nécessairement ses pas dans une voie déterminée qui ne dépend pas de sa volonté ; mais le carrefour qu'il traverse le laisse libre de déterminer la direction qu'il veut poursuivre.

Voici un premier point bien établi. Notre

Page 1