LIVRE II. DOCTRINES
vie se compose de deux sortes de déterminations, les unes subies par nous, les autres provenant de nous; les unes indépendantes do nous, les autres dépendant de nous. Or saint Jean Damascène enseig^ne que tout ce qui ne vient pas de nous doit être attribué à la Providence Divine ordonnant ou permettant. « Tout est l'œuvre de la Providence... Je dis tout, sauf ce qui dépend de nous. Car les choses qui dépendent de nous ne doivent pas être attribuées à la Providence, mais au libre arbitre (1). »
Nous parvenons ainsi à une conclusion capitale, soit pour lacontemplation théolog-ique, soit pour la vie spirituelle. L'histoire de chaque individu est déterminée dans ses moindres détails ou parla Providence, ou par le libre arbitre. Cette histoire est écrite à la fois et par Dieu et par l'homme. Glorieuse mais redoutable collaboration de la liberté humaine à l'Opération Divine !
Ici s'offre l'occasion d'une remarque importante. On distingue entre la Providence naturelle qui pourvoit à l'ordre général par les for-
(t) Foi orthod., liv. ii, cli. "29. — J'engage à lire ce livre deuxième^ po jr conslaler la théorie moliniste du saint Thomas di'S Grecs,
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ces de la nature et la Providence surnaturelle qui pourvoit au salut des hommes par la grâce intrinsèquement divine. Cette distinction est légitime en tant qu'elle distingue entre les opérations surnaturelles et les œuvres naturelles. Mais il ne faut pas oublier que le monde tout entier est actuellement élevé à l'ordre surnaturel, et que ce qu'on appelle Providence naturelle est englobé dans la Providence surnaturelle. En effet, l'homme n'a actuellement qu'une seule fin, savoir une fin surnaturelle. Or tout dans le monde est pour l'homme. Par conséquent, laProvidence qui dirige toutes choses vers leur fin, emploie toutes les créatures à procurer la fin surnaturelle de l'homme. « L'homme, dit saintignace dans ses Exercices, a été créé à cette fin qu'il loue Dieu, qu'il le serve et se sauve soi-même. Tout le reste des choses terrestres a été créé pour l'homme, afin de l'aider à obtenir sa fin. » De là cette conséquence que, dans l'intention divine, tous les êtres, tous les événements, toutesleschoses, sont autant de secours et de moyens qu'une Providence surnaturelle présente à l'homme , tantôt pour qu'il en use dans un but surnatiirellement méritoire, tantôt pour qu'il s'en abstienne par une obéissance souvent plus méritoire. En tout la Cause Première pousse