LIVRE II. — DOCTRINES
l'homme et le guide vers sa fin dernière surnaturelle.
Sans doute, on doit disting"uer entre les influences par lesquelles Dieu agit immédiatement ou médiatement comme Auteur de la nature, et les impulsions surnaturelles que Dieu donne directement et par lui-même. Les premières ne sont que des occasions offertes au libre arbitre pour pratiquer Tœuvre méritoire, et toute la valeur et la vertu de cette œuvre proviennent de la grâce. Mais, encore une fois, il n'y a actuellement qu'une seule Providence, qu'il faut appeler Providence surnaturelle, en ce sens que la Providence ordonne absolument toutes ses voies vers une fin surnaturelle, qui est le salut de l'homme : Omnia propter electos.
J'insiste sur ce point, car il est de grande conséquence dans la théorie de la distribution de la grâce. Jl y a eu à cet égard, même chez les théologiens catholiques, des systèmes bien étroits, bien durs, peu d'accord avec l'idée que la piété des fidèles se fait de la Bonté Divine. On a distingué entre la grâce véritablement donnée et la grâce simplement offerte, entre la grâce immédiatement suffisante et la grâce qu'on n'atteint que par des intermédiaires : gratia remotè siifficiens. On a concédé que la grâce n'était donnée à beaucoup que de temps en temps, à
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des moments opportuns. En un mot, on a admis que la Providence surnaturelle qui conduit au salut n^ag'issait pour beaucoup d'hommes que d'une façon inlermiltenle, faible, éloignée. Et cependant, toujours on a admis que chaque homme était totalement et immédiatement plongé dans la Providence naturelle, dont l'action incessante lebaigne et le touche de partout.
Tous ces petits calculs, toutes ces considérations étroites s'évanouissent, lorsque l'on comprend bien qu'il n'y a actuellement qu'une seule Providence pour l'homme, et que cette Providence est la raiso7i de l'oindre qui le conduit à une fin surnaturelle. Sans doute, laproportion de grâces surnaturelles et de dons naturels varie pour les individus, suivant le Bon Plaisir Divin. Mais Celui qui est mort pour tous. Celui qui illumine tout homme venant en ce monde, n'oublie personne, ne néglige aucun homme.
Tel est l'enseignement des Pères de l'Eglise, qui comparent Jésus-Christ au soleil dont la lumière se déverse sur toute la terre, et ce n'est guère que dans saint Augustin qu'on rencontre des textes difficiles à cet égard. Mais il ne faut pas oublier que, pour la plupart, ces toxles répondent uniquement à une préoccupation de polémique, et par conséquent ne tradui-