LIVRE II. DOCTRINES
sent pas toute la pensée du saint Docteur. Cette pensée, je crois qu'elle a été exprimée par son diacre Orose, disciple élevé avec prédilection par le grand Evêque et envoyé par lui en Orient spécialement pourcombattrePélag"e. Or, comme il accomplissaitsa mission en soutenant en concile le dogme de la nécessité de la grâce pour le salut, l'hérétique l'interrompit : Que faitesvous donc des Païens et des Infidèles ? L'envoyé d'Augustin lui fit alors cette réponse que je livre aux méditations des Théologiens :
<i Ma conviction et ma constante doctrine est que Dieu donne son secours non seulement à son Corps qui est l'Eglise à laquelle il accorde de plus larges grâces à cause de la foi qui y règne ; mais encore avec une longanime et éternelle clémence, à tous ceux qui vivent dans ce monde ; et cela non pas seulement comme tu le prétends avec ton disciple Célestius , c'est-àdire en leur donnant àtous, une fois pour toutes, le don du seul bien naturel et du libre arbitre; mais il accorde son secours spécial à tous et à chacun, en chaque jour, à chaque heure, à chaque minute, à chaque seconde, per momenta, per atomas. Car l'Ecriture a dit : Quifacit solem oriri super bo7ios etmalos.» — Puis, rappelant ce passage de Job, où le démon, interrogé par Dieu d'où il vient, répond : Circuivi terram et per-
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ambidavi eam, Orose s'écrie : « Alors, certes, il n'y avait par le monde ni Judée, ni Jérusalem, ni Eglise. Toute la gentilité était encore dans rig-norance de Dieu, et déjà cependant Satan faisait le tour de la terre et visitait tout ce qui est sous le ciel. Sans doute, son vol n'était si rapide que parce que son incessante inquiétude de malice le poussait à séduire et à perdre le genre humain. Et toi, lorsque tu vois dans le Démon la méchanceté si appliquée à perdre de pauvres ignorants, tu n'en infères pas que Dieu employait sa grâce à les g-arder ! » — Et il conclut : « De ceci il résulte évidemment et je déclare qu'à aucun des hommes ne manque le secours de Dieu, surtout puisque le séducteur presse et que la faiblesse est seule à résister (1) ».
Voilà comment la distribution de la grâce, voilà comment la Providence Divine sont comprises par un disciple qui avait vécu intimement avec saint Augustin, et son enseignement est celui de tous les Pères. Telle est la Providence à la fois naturelle et surnaturelle, agissant sur l'homme par les causes secondes libres ou brutales, et imprégnant toutes ces influen-
(1) Orose : De arhitr. Hbertate^ n. 19.