‹ Bañes et MolinaChapitre 78 sur 174 · LIVRE II. DOCTRINES · texte numérisé non relu

LIVRE II. DOCTRINES

par suite la bonne œuvre dans laquelle il se complaît ou le péché qu'il réprouve. Voyant la vie de l'homme jusqu'au terme qu'il a fixé à l'instant qu'il lui a plu, il prévoit sa mort en état de grâce ou en état de péché, et par conséquent il prévoit et porte d'avance le jugement qui attend le juste ou le pécheur.

C^est ainsi que le nombre des justes est connu et déterminé de toute éternité, et la même Prescience s'applique aux malheureux damnés. Que si l'Écriture s'exprime différemment à l'égard des uns et des autres, c'est pour nous montrer que cette Prescience est accompagnée de complaisance pour les élus et d'aversion pour les réprouves. D'avance, Dieu accueille avec amour ceux qui doivent parvenir à lui ; pour eux, les noms les plus doux ; à eux seuls, les titres qui auraient dû s'appliquer à tous. Ils sont les seuls e7?«, bien que tous aient été appelés. Ils sont les seuls pi'édestinés, bien que tous aient été destinés. Dieu les aime déjà de tout l'amour dont ils jouiront dans leur éternité bienheureuse. Il s'occupe de leur préparer leurs places ; dans son empressement, il enregistre d'avance sur ses tablettes chacun des convives au banquet divin ; le nom de chaque prédestiné est inscrit dans le Livre de Vie, et aucune puissance ne pourra plus l'en effacer.

Quant au réprouva, il est rejeté, et tellement oublié qu'aucun nom rappelant l'amour ne peut lui être désormais appliqué. Le nombre des damnés est connu de Dieu, mais il n'est pas supputé ni fixé d'avance. Ils sont « prévus », prsevisi, dit la théologie, mais non pas « prédestinés », parce que Dieu ne destine qu'avec amour. Ils sont condamnés, mais il n'y a pas même de livre de mort où leur sentence soit enregistrée. En un mot, ils sont comme s'ils n'étaient pas, et comme s'ils n'avaient jamais été, et erimt quasi non sint. (Abdias, 16.)

Telle est la manière dont Molina comprend la Prédestination à la Gloire après la prévision des mérites. C'est par la Bonté divine que l'homme esi destiné à la Gloire ; c'est en vertu de la Providence divine que cette vocation est une Prédestination.

Mais, ne l'oubliez pas , cette Prescience ne change en rien l'ordre providentiel auquel elle imprime le caractère d'une Prédestination certaine etinfaillible.Molinale répète souvent: Toute la série de grâces accordées gratuitement pourrait être la même, si, par impossible, Dieu n'en prévoyait pas le résultat. Car, en octroyant ces grâces. Dieu suit l'inclination de sa Bonté et n'est pas déterminé par sa Prescience. En veuton la preuve ? Qu'on la cherche en Celui qui

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