‹ Bañes et MolinaChapitre 79 sur 174 · LIVRE II. DOCTRINES · texte numérisé non relu

LIVRE II. DOCTRINES

est Dieu manifesté. Jésus a comblé Judas de ses faveurs, comme s'il ignorait le triste abus qu'en ferait ce maudit. Même après avoir prédit la réprobation du traître, il a essayé de le convertir par les plus sincères accents d'une miséricordieuse bienveillance.

La théorie de la Prédestination à la gloire se résume donc dans cette formule déjà connue : // lie dépend pas de l'homme de recevoir les grâces par lesquelles il obtient la Gloire ; mais il dépend de l'homme d'obtenir la Gloire au moyen des grâces qu^ il reçoit.

Parlons enfin de \a. Prédesti7iation totale. C'est le décret par lequel Dieu décrète de toute éternité pour un homme et le don de la grâce et le don de la gloire. Pour montrer comment cette Prédestination est à la fois souverainement gratuite et infaillible, il suffit de réunir, en les généralisant, les explications précédentes.

Un individu n'a, en réalité, qu'une histoire, et il ne peut en avoir qu'une seule. Mais si le même individu fût né sous d'autres cieux, s'il eût été jeté dans un autre milieu et mêlé à d'autres événements, s'il eût reçu d'autres grâces, son histoire d'alors n'eût guère ressemblé à son histoire actuelle. Ainsi, il y a pour chaque homme une infinité d'histoires qui ne seront jamais réalisées, mais dont chacune

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eût été réalisée dans une hypothèse donnée.

El remarquez-le bien : chacune est une histoire, c'est-à-dire un récit oii tout est totalement déterminé, non seulement par les déterminations providentielles spéciales, mais aussi par les déterminations correspondantes du libre arbitre. Car, à tous les instants oii cet homme eût été mis en demeure de se décider , sa liberté serait intervenue, et son histoire, qui ne peut jamais rester en suspens, eût raconté non seulement ce qu'il aurait pu faire, mais ce qu'il eût fait effectivement.

J'ajoute que chacun de ces récits est une histoire^ et non pas simplement un rom«n. Pour faire comprendre cette importante distinction, recourons à un exemple dont nous avons déjà fait usage. Supposons que le récitbibliquo s'arrête au moment où David est assiégé par Saiil dans la ville de Geila. Un romancier peut s'emparer de cette donnée, poursuivre le récit, et le poursuivre comme il lui plaît, à la seule condition de n'y introduire aucune impossibilité ou invraisemblance trop choquante. Il peut d'abord supposer que David, malgré ses inquiétudes, est resté dans la ville. Disposant ensuite à son gré du libre arbitre de ses personnages, le conteur peut ou bien admettre que les citoyens de Ceila ont refusé de livrer David , ou

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