LIVRE II DOCTRINES
leur faire trahir l'hospitalité. Selon ces deux hypothèses, on aura deux récits contradictoires, hien qu'également acceptables à titre de roman. Mais, entre ces deux produits de l'imag-ination, il y a cependant une différence de vérité objective. Car nous savons par le prophète que les habitants de Ceila auraientlivré David. Donc, des deux récits contradictoires, l'un n'est qu'une fiction sans vérité aucune, qu'un pur roman ; l'autre possède un certain caractère historique, car elle eût été une histoire réelle, si David fût resté à Ceila. C'est donc plus qu'une histoire possible , c'est moins qu'une histoire réelle, c'est une histoire futurible.
Or, avant tout décret, Dieu connaît de toute éternité, dan s sa Science moyenne, toutes les histoires futiiribles de chaque homme, c'est-à-dire ce que cet homme ferait librement dans chacun des ordres providentiels où il pourrait être placé. Chacune de ces histoires raconte la sag-esse, la bonté, la miséricorde, la justice, lapuissancede Dieu; mais chacune contient aussi les libres déterminations de l'homme dans chaque acte où son libre arbitre est mis en demeure de se décider. Combien, pour un même homme, d'histoires qui aboutissent au salut! Combien à la perte éternelle! Mais toutes, considérées du côté de Dieu, sont bonnes; car elles contiennent les bienfaits
naturels et surnaturels de la Bonté Infinie. L'ordre providentiel dans lequel a été placé Judas était bon, puisqu'il a été réalisé, et que tout ce que fait Dieu est bon. Tous ces ordres, encore un coup, sont bons et, par conséquent. Dieu les contemplant tous à la fois dans sa Science moyenne, avant d'avoir posé aucun décret, voit que chacund'eux peut être le terme d'une intention divine.
Alors, Celui qui est Sage dans toutes ses œuvres, Libre dans ses dons, Impénétrable dans ses desseins, choisit entre tous les autres un de ces ordres pour le bien qu'il contient, et ce choix décrète de toute élernilé le sort éternel de l'homme. Car si l'ordre choisi correspond à une histoire qui aboutit à lapersévérancefinale, l'homme est par là même prédestiné. Si l'ordre choisi correspond à une histoire qui aboutit à l'impénitence finale, l'homme est par là même réprouvé.
Ce choix entre les ordres oii l'homme peut être placé ne dépend nullement de l'homme, mais l'histoire qui y correspond dépend en partie du libre arbitre. Ainsi reparaît, comme expression de la Prédestination totale, cette formule toujours la même : // 7ie dépend pas de ï homme d'être placé dam F ordre où il est prédestiné ; mais il dépend de thomme d'être "prédestiné dans Tordre où, il est jjlacé.