‹ Bañes et MolinaChapitre 83 sur 174 · LIVRE II. — DOCTRINES · texte numérisé non relu

LIVRE II. — DOCTRINES

la gratuité de la Prédestination à la Grâce.

Voici donc quel est l'ordre de la Prédestination dans les trois systèmes:

D'après le système thomiste : P Par un décret absolu et totalement gratuit, Dieu prédestine tel homme à tel degré de gloire, c'est-à-dire qu'il décide absolument que cet homme obtiendra cette gloire. 2° En vertu de ce premier décret, il décide de donner à cet homme une série de grâces entitativè efficaces et infailliblement victorieuses. — Tous les hommes qui n'ont pas été compris dans ce premier décret sont réprouvés, positivement suivant Banes, négativement suivant Billuart, et Dieu ne leur octroie, du moins à la mort, que des grâces suffisantes donnant le pouvoir sans l'agir.

D"" après le système congriiiste : 1° Par un décret absolu et totalement gratuit, Dieu prédestine tel homme à tel degré de gloire. 2° En vertu de ce premier décret, il choisit parmi les grâces celles que la Science moyenne lui montre efficaces, et il les choisit parce qu'il les sait efficaces, — Tous ceux qui n'ont pas été élus par le premier décret sont réprouvés négativement, et Dieu s'abstient de leur donner, au moins à la mort, aucune des grâces qu'il sait efficaces.

D'après le système moliniste : 1" Par un décret absolu et totalement gratuit, Dieu prédes-

lo8 BA^ES ET MOLINA,

tine à la grâce, c'est-à-dire il décide qu'il donfiera à tel homme telle série de grâces suffisant au salut de cet homme. 2" Par la Science moyenne, il voit si l'homme consentira et par conséquent si les grâces données sont efficaces. En vertu de cette Prescience, la Prédestination à la Grâce devient une Prédestination à la Gloire. — Si par la Science moyenne Dieu voit que l'homme repousse les g-râces, au moins celle de la conversion finale, l'homme demeure réprouvé.

Tels sont dans leurs grandes lignes les trois systèmes.

Aucun n'est condamné. Car, dans la fameuse session dont Billuart ne tient aucun compte, Paul V Fa déclaré. Il n'y a, dit le Pape, aucune nécessité de condamner , ni les Dominicains, puisqu'ils affirment que la grâce ne détruit pas mais perfectionne le libre arbitre , ni les Jésuites, puisqu'ils enseignent que le commencement du salut ne part pas de nous.

Aucun de ces systèmes ne tombe actuellement sous une censure quelconque. Car, dans la Déclaration Pontificale adressée aux deux Ordres rivaux, il leur est enjoint de s'abstenir de toute qualification flétrissante.

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