‹ Bañes et MolinaChapitre 85 sur 174 · LIVRE II. — DOCTRINES · texte numérisé non relu

LIVRE II. — DOCTRINES

Pour le simple fidèle, le Congruisme aura, lui aussi, des difficultés. A la vérité, ce système sauve la liberté de l'homme et par suite la Justice de Dieu. Mais on a du mal à retrouver le Bon Dieu dans celui qui profite de sa Prescience pour choisir les moyens de sauver les uns sans sauver les autres

Quant au Molinisme, un des graves reproches qu'on lui adresse, c'est d'expliquer les mystères de la Grâce et de la Prédestination comme le font les bonnes gens !

Oui, le Moliniste subit les dédains des métaphysiciens thomistes, mais il prend sur eux une singulière revanche. Car les prêtres, disciples de Billuart tant qu'ils sont à l'école, deviennent disciples de JVIolina, dès que leur ministère les met en-présence des Fidèles.

Lorsqu'ils ont à prêcher sur la Grâce, enseignent-ils donc au peuple les prédéterminations physiques, et la grâce entitativement efficace ? Ils laissent dans leurs cahiers ces doctrines désolantes, le zèle leur apprenant que le dogme de la Grâce doit consoler, puisque c'est le dogme de l'Espérance.

Ont-ils à soutenir contre le découragement une âme qu'effraie sa propre lâcheté, ils lui montrent la Grâce Divine, toujours présente,

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et tellement secourable, que, pour triompher, il suffit d'un peu de bonne volonté.

Ont-ils à consoler un fidèle tourmenté par l'incertitude de sa prédestination, ils lui disent ces paroles de VImitatio?i : « Agissez comme si vous vous saviez prédestiné, et vous serez en pleine sécurité. » (Liv. I, ch. 25.)

Ont-ils à secouer la torpeur du pécheur, ils font retentir à ses oreilles cette solennelle déclaration : « Je prends aujourd'hui le ciel à témoin que je vous ai proposé la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisissez donc la vie. » (Deutéron., ch. 30.)

En un mot, ils parlent toujours au peuple chrétien le langage moliniste, parce que c'est le seul que le peuple comprenne.

Prétendrez-vous, comme dernière excuse, que le prêtre s'accommode en cela à l'infirmité d'un vulgaire ignorant? Mais vous-même, savant Professeur, j'en appelle à votre conscience,de quelle doctrine nourrissez-vous votre piété? Lorsque, dans le secret de votre cœur, vous adressez à la cour céleste votre confiteor, cherchez-vous une excuse dans le manque de la grâce efficace ? Lorsque vous récitez votre acte d'espérance, votre ferme confiance dans le don de la grâce s'arrête-t-elle à celle que vous appelez dans vos livres « grâce suffisante » ?

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