‹ Bañes et MolinaChapitre 86 sur 174 · MÉTAPHYSIQUE DE LA CAUSE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

MÉTAPHYSIQUE DE LA CAUSE PREMIÈRE

Ce fut d'abord par des textes de saint Aug-ustin et des arguments théologiques que Bailes attaqua Molina. Mais la déclaration du Saint- Siège a constaté l'orthodoxie du Jésuite; d'où il faut conclure que rien, dans l'Ecriture ni dans la tradition, ne condamne le Molinisme. Nous sommes par là même dispensés d'entrer dans une discussion minutieuse de textes, et je renvoie pour cet effet aux traités de théologie.

Les Thomistes, d'ailleurs, semblent avoir compris que l'enseignement commun dans l'Eglise était peu favorable à leur système, et ils se sont retranchés dans la Métaphysique commedans un domaine de famille, où lesétran-

g^ers ne peuvent pénétrer qu'avec permission du propriétaire.

Certes, je ne les blâme pas d'avoir cherché à ramener les questions théologiques à des principes de métaphysique. Cette méthode a fait la force de la scolaslique et la gloire de saint Thomas. Mais je ne puis les approuver d'avoir détruit Tantique union de la philosophie et du vulgaire bon sens, d'avoir formulé des théories dont on ne peut ni enseigner, ni pratiquer les conséquences, comme s'ils admettaient la trop célèbre division entre la Raison théorique et la Raison pratique.

C'est pourtant avec un dédain non dissimulé que parlent de Molina certains amateurs de métaphysique. Son système, dit-on, est clair, simple, facile à enseigner au peuple ; il détruit bien des difficultés, il résout bien des problèmes, mais il manque de métaphysique ; il rabaisse la majesté de la Cause Première. Arrêt majestueux, qui dispense de toute discussion, et qui possède cet avantage d'impressionner le public lettré ! On ajoute ensuite que le Molinisme est contraire à la doctrine de saint Thomas, et tout est dit.

Eh bien! je propose de comparer les systèmes de Banes et de Molina dans les seules lumières de la plus pure métaphysique, sans s'in-

Page 1