L. III. — DE LA CAUSE PREMIÈRE
Ces deux dernières questions se rapportent à la métaphysique delà Cause Finale.
Vous connaissez l'assertion fondamentale de Banes : « Dieu, dit-il, étant le principe de tout être, ne présuppose rien qui soit fait par un autre, et dont il ne soit Lui-même la cause. Ainsi il détermine tout, et n'est déterminé par rien (1). » Peut-on contredire un tel principe ? Non, certes. J'adopte ce principe, mais ce que je repousse, c'est la manière étroite de le comprendre et de l'expliquer.
Au temps de Banes, régnait un formalisme outré qui classait en autant de réalités sép arables tous les termes formels de nos concepts distincts. On sait jusqu'où les Thomistes ont poussé ce procédé. Toutes les choses qu'on peut distribuer dans les diverses catégories d'Aristote devinrent autant d'entités réelles, s'unissant dans un même sujet par voie d'em-
boitement ou de juxtaposition : sur l'essence, Texistence; sur la substance, le mode et la qualité et la disposition eiVubi et le quando] enfin, par-dessus tout le reste, l'individuation. Or, si toutes ces entités ne sont qu'unies entre elles par voie de contiguïté, il faut admettre que^ dans le fond même de leur quiddité, c'est-àdire, de ce qu'elles sont en elles-mêmes, elles sont mutuellement indépendantes.
Mais faites attention à la conséquence. 11 y a corrélation entre la quiddité d'une cbose, et la façon dont elle relève de la Cause Première ; d'où il résulte que tout être dont la quiddité est indépendante du reste des choses provient immédiatement et directement de la Cause Première. Donc, c'est Dieu qui, par Lui-même et par voie de causalité immédiate et directe, place dans toute substance chacun de ses modes, dans tout acte chacune de ses d 'terminations. La conséquence est rigoureuse et le Bannésianisme est logique.
Il faut reconnaître qu'à la fin du xvi*^ siècle, il régnait dans toutes les écoles une tendance à un formalisme exagéré. Les Jésuites en subissaient l'influence, et par là donnaient prise à leurs adversaires. Admettant, eux aussi, une distinction trop réeUe entre l'acte et la faculté qui le produit, ils faisaient consister la coopération