‹ Bañes et MolinaChapitre 89 sur 174 · L. ni. — DE LA CAUSE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

L. ni. — DE LA CAUSE PREMIÈRE

Divine dans un concours simultané tombant sur l'acte sans toucher la faculté. D'après Molina, ce concours offert par Dieu étaif. indifférent, comme le concours du soleil aux diverses opérations de la terre ; c'est-à-dire que Dieu était prêt à concourir indifféremment à telle ou telle action. Mais les Thomistes niaient avec quelque raison que Dieu dût attendre que l'homme le fît sortir de cette indifférence, ou qu'une action immédiate de Dieu dût recevoir de la cause seconde sa propre détermination. D'après Suarez, ce concours était complètement déterminé, et cette manière de voir était d'une log-ique plus serrée, car une action qui se termine formellement^^ un effet déterminé est elle-même déterminée. Mais alors on demandait, avec quelque malice, d'où provenait cette détermination. De Dieu ? L'homme alors cède infaillihlement. De l'homme ? Mais, puisque le concours Divin est essentiel à la moindre mise en acte, comment la cause seconde peut-elle, sans concours, procéder à cette détermination du concours Divin ?

De quelque manière qu'on entendit le concours simultané, on rencontrait donc devant soi les objections d'une subtilemétaphysique. En outre, il était difficile, quoi qu'on fit, d^expliquer, par un simple concours tombant sur l'acte, tous

les textes où saint Thomas affirme une motion de la faculté elle-même.

C'était là le point faible de la théorie des Jésuites, et leurs adversaires savaient oii diriger les coups de leur dialectique. Les premiers pouvaient dire, il est vrai, pour dernière réponse, qu'après tout, il valait mieux avouer les obscurités de la coopération divine que compromettre le dogme de la liberté humaine. Mais par là ils prêtaient aux Thomistes l'occasion d'une belle réplique. — Enfinvousconvenez, disaient ceux-ci, que dans les deux sytèmes on aboutit à un mystère. Partant de la liberté humaine, vous ne pouvez expliquer d'une manière satisfaisante la coopération de Dieu. Pourquoi nous faire reproche à nous qui partons du dogme de la coopération divine (car là aussi il y a un dogme), si nous éprouvons quelque difficulté à expliquer le jeu de la liberté humaine? Eh bien î mystère pour mystère, nous vous laissons la besogne de plaider pour les droits de l'homme, et nous mettons la piété de notre religion à maintenir avant tout les droits de Dieu.

Cette difficulté de métaphysique contre le concours simultané est, à mon avis, véritablement sérieuse , et puisque saint Thomas ne l'a pas signalée, j'en conclus qu'il ne comprenait pas l'opération divine dans les créatures comme

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les partisans du concours simultané. Mais on évite cette objection, si l'on s'affranchit d'un Formalisme étroit qui n'est, après tout, que le cadavre inerte de l'antique Réalisme.

Certes, saint Thomas est réaliste, mais à la grande et large manière. Il ne supporte pas que l'on considère les universaux comme une classification artificielle, ou comme le simple jeu des concepts humains. Il admet que dans un même être individuellement existant il y a lieu de distinguer entre la substance et le mode, entre VEsse et VEsse taie. Ces distinctions sont « réelles », en ce sens que la raison les trouve dans les choses et ne les y met pas ; mais elles ne sont que c< virtuelles », en ce sens que les diverses réalités, fondues dans une même existence dont elles sont inséparables, no sont discernées et n'acquièrent des formalités distinctes que dans l'intelligence qui les abstrait de l'in dividu Tel est le réalisme dont saint Thomas fait profession.

Un autre point qu'il importe de signaler est

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l'énergie avec laquelle saint Thomas défend la réalité des causes secondes. De son temps, paraît-il, il se trouvait déjà des philosophes, qui prétendaient exalter la Cause Première, en lui attribuant immédiatement, et à elle seule, tous les effets de la nature. Mais le Docteur angélique leur répond: loin d'exalter la Cause Première, c'est l'abaisser, c'est la supposer impuissante; car c'est une grande vertu, dans une cause, de donner à son effet le pouvoir d'être cause. Ej: vii^tute enim agentis est quod suo effectiddat virtutem agendi (1). Saint Thomas n'en est donc pas à considérer les causes secondes comme de simples passivités faites uniquement pour recevoir et être déterminées. A ses yeux, ce sont de véritables activités capables de produire et de déterminer. Bien plus, c'est par la puissance active de détermination qu'il mesure la dignité ontologique d'une cause. Plus cette puissance est intime, plus elle s'exerce sur l'être actif lui-même, plus le mouvement procède de cet être et y demeure, plus, en un mot, l'être se détermine, « se meut lui-même » , plus aussi la vie est parfaite, la cause est grande, plus l'être se rapproche de Dieu (2).

(1) I. q. 403. a. 5. in c.

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