L. III. — DE LA CAUSE PREMIÈRE
Activité réelle des causes secondes, réalité des universaux dans une même existence, tels sont les deux principes qu'il faut tenir fermement ; et , si l'on veut comprendre saint Thomas, lorsqu'il expose l'action de la Cause Première dans les causes secondes, il faut se rappeler qu'il parle, suivant ces principes, la lang-uedes Réalistes.
Soit donc une cause seconde et, pour fixer les idées, soit une cause dont l'activité ne puisse être mise en doute ; soit un être vivant. Par définition, c'est un être « qui se meut soimême». Cependant un adage affirme que la cause seconde n'agit que si elle est mue par la Cause Première. Comment concilier deux notions en apparence si contradictoires? — On y parvient au moyen d'une analyse inspirée par la doctrine réaliste.
Dans la cause seconde, il faut distinguer VEsseei VEsse taie. Au cas d'un être vivant. Esse, « être », est précisément « vivre», suivant cette sentence d'Aristote rapportée par saint Thomas: Vive?'e, viventibtis est ^^5^(1 ). Mais la vie se poursuit par une série ininterrompue de déterminations, et à chaque instant la vie déterminée estV Esse taie. Cette distinction établie, je dis avec
176 BASeS et MOLINA.
saint Thomas que la créature individuelle ne peut être la cause de son « être », desonesse. — Pourquoi cela? — Parce que Y esse est tout ce qu'il y a de plus universel. Donc on doit l'attribuer directement à la cause la plus universelle, à la Cause Première, à Dieu qui est propriè causa esse ufiiversalis in rehus omnibus (1) .Quant au mode déterminé en vertu duquel l'acte vital est esse taie, il peut et doit être attribué à l'activité de la cause seconde, la substance activement vivante produisant ses modes et ses propres déterminations.
Ainsi l'acte vital procède de deux causes : de la Cause Première qui lui donne à'être, de la cause seconde qui lui fournit la détermination en vertu de laquelle il est tel ou tel. Ces deux causes agissent à la fois, puisque « exister » et « exister tel » ne sont qu'une seule existence, ou en d'autres termes, puisque esse et esse taie ne sont qu'un même esse. — L'acte vital, quiesf unique, procède d'une seule opération, mais cette opération contient deux influences qui peuvent coexister, en vertu de leur ordre différent, comme la substance et le mode coexistent dans une même existence.