‹ Bañes et MolinaChapitre 93 sur 174 · L. III. DE LA CAUSE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

L. III. DE LA CAUSE PREMIÈRE

a préniolion Ihomislique ? C'est, n'est-il pas /rai, de déterminer une cause seconde encore ndéterminée. Or la motion de la Cause Prenière, loin d'être déterminante, a besoin, l'après les principes de saint Thomas, d'être lélerminée par la cause seconde.

En effet, celte motion provient du Moteur universel, en tant qii'U est universel; son terme Formel est 1' « être », en tant qii il est universel, Or,r« être », parla même qu'il esl ce qu'il y a de plus universel, est ce qu'il y a de plus indéterminé. Pour quil existe, il faut qu'il soit déterminé ; pour qu'il soit produit, il faut que l'influence de sa cause propre soit déterminée à un être particulier. Donc le Moteur universel, en tant qu'il opère dans un ag^enl créé, attend pour produire un efiet que son influence soit déterminée par la cause seconde. C'est donc celle-ci qui spécifie et détermine l'influence de la Cause Première. Saint Thomas l'enseigne explicitement dans le texte suivant : « Bien que la Cause Première soit celle dont l'influence sur l'effet soit la plus grande, cependant son influence est déterminée et spécifiée par la cause prochaine, et voilà pourquoi l'effet retient la ressemblance de celle-ci (1) »,

(\) Licel Causa Prima maxime influât in effectum, labaSes et molina. 6

182 baSes et molina.

Nous n'avons jusqu'ici considéré la Cause Première que dans ses rapports avec la cause seconde. Considérons-la maintenant dans ses rapports avec l'effet ; nous aurons lieu d'appliquer la même analyse et de trouver une confirmation pour notre conclusion.

Dans un effet quelconque, nous avons aussi à distinguer Vesse et Vesse taie. Qu'il soit, c'est à la cause de « l'être » qu'il le doit, et puisque son esse est ce qu'il y a en lui de plus intime, c'est à la Cause Première qu'il faut attribuer le fond de tout effet, ce que j'appellerais sa substance. Mais cet esse^ considéré comme le premier des universels, est en même temps complètement indéterminé, et la détermination dans laquelle l'effet existe provient d'une cause qui le spécifie. Par conséquent, dans un effet quelconque, nous trouvons le terme d'action de la Cause Première spécilié, défini, détermin'^ par la cause seconde. C'est encore là un enseignement de saint Thomas : « L'ordre des effets est conforme à l'ordre des causes. Or, dans tous les effets, ce qui est premier, c'est « l'être » luimême. Donc « l'être » est le propre effet du

menejus influentia per causain proximara determinatur et specificatur, et idebejus similitudinem imitalur effectus. [De Pûtent. q La. 4. ad 3"»».)

L, m. — DE L.V CAUSE PRE3I1ÈRE. 183

Premier Agent, elles autres ne causent « l'êlre» qu'en tant qu'ils agissent par la vertu du Premier Agent. Mais les agents seconds, qui, pour ainsi dire , particularisent et déterminent l'action du Premier Agent , ont pour efîets propres les autres perfections qui déterminent « l'être )) (1).

On pourrait réduire cette doctrine à cette formule simple empruntée au langage des Réalistes : Tout être est esse /«/e. — Quà esse, il provient de la Cause Première ; quà taie, il provient de la cause seconde. Mais l'esse et le taie sont inséparables dans l'esse taie. Donc tout effet provient à la fois de la Cause Première et de la cause seconde : delaCause Première plusintimementet plus efficacement , de la cause seconde d'une manière plus déterminante et plus déterminée (2). C'est ici l'occasion de parler d'une instance dont les Thomistes font beaucoup de bruit. Nous

(i) Secundum ordinem causarum est ordo effectuum. Primum autem in omnibus effectibus est esse ; nam omnia alla sunt determinationes ipsius. Igitur esse est proprius effectus Primi Agentis, et omnia alia aguiU ipsum, in quantum agunt in virtute Primi Agentis. Secunda vero agentia, quse sunt quasi particulantia et determinanlia actionem Primi Agentis, agunt, sicut proprios effectus, alias perfectiones qu* déterminant esse. [Contr. Cent., lih. 3, c. 66 §0.)

(2) Uûdè dieiturin libro de Causis^ prop. i^, quod vir-

184 baSes et molina.

avons rapporté la détermination de l'effet à la cause seconde. Mais, disent-ils, la détermination prise en elle-même est une entité ; donc la Cause Première doit y contribuer directement, immédiatement, et on ne peut pas faire dépendre uniquement de la cause seconde cette détermination. Objection insoluble, je l'avoue, pour les partisans de toutes les entités imag-inées par un formalisme outré. Pour moi, les entités ne sont que des mots, les êtres seuls sont des choses. Je ne sais pas ce que c'est qu'une détermination prise à part ; je ne connais que « l'être déterminé », de même que je ne puis pas mettre d'un côté Vesséité et de l'autre la taléité, mais queje conçois Vesse taie. Pourtant, je le répète, dans tout effet qui est un «être déterminé», sans rien séparer, je reconnais et je distingue l'influence de la Cause Première qui fait qu'il est « être », et l'influence de la cause seconde qui fait qu'il est « déterminé » ; et cela suffit pour que, dans toute action et tout effet, je trouve l'influence directe etpropre de laCausePremière.

Je parviens donc à cette conclusion :

« Soit que l'on considère l'action d'une cause « seconde, soit que l'on considère un effet quel-

tus CausiE Piimae prius agit in causatum et vehemenlius ingredilur in illum. (S. Thora., de Pûtent.,q. 3. a. 7.)

Page 1