L. m. DE LA CAUSE PREMIÈRE
« conque, l'opération de Dieu est essentielle, « logiquement première, métaphysiquement « principale ; la cause seconde n'est qu'une « coopératrice subordonnée, mise en mouve- « ment, et son rôle se borne à déterminer et (( spécifier l'effet dont la substance provient de c< la Cause Première, »
Peut-être quelqu'un aura-t-il trouvé l'exposition précédente d'une lecture difficile. Qu'y faire? Expliquant saint Thomas, j'ai dû parler la langue de saint Thomas, et pour le dire en passant, avant de se livrera l'étude de ce Docteur, on devrait bien auparavant étudier sérieusement la logique des Réalistes et lathéorie scolastique des Universaux. Sans cela, on s'expose à des méprises et des contre-sens. Ou bien, avec les Formalistes, on admettra autant d'entités réelles qu'on rencontrera de concepts et de mots différents; ou bien, avec lesNominalistes, on ne verra dansFanalyse d'un même être qu'un jeu artificiel de l'esprit. La langue de la grande Scolastique est une sorte d'algèbre, fondée sur les principes réalistes. Elle est, grâce à ses principes, d'une clarté et d'une fécondité merveilleuses. Mais, encore une fois, cette langue n'est intelligible que pour les initiés.
On peut pousser plusloinlacomparaisonentre la mélhode des scolastiques et celle des algébristes. Ceux-ci, après avoir établi et représenté par quelques symboles une proposition générale, se plaisent, pour mieux la faire comprendre, à appliquer leurs formules à des cas particuliers faciles à saisir. Nous pouvons faire de même, et montrer la vérification de nos conclusions métaphysiques d'une manière presque tangible.
J'emprunte deux exemples aux sciences les plus modernes , et je les explique suivant les théories des savants.
Le point de départ de la chimie est l'adage suivant : Rien ne se crée, rien ne se perd ; ce qui veut dire : Il y a dans le monde une somme donnée de corps simples ; la chimie ne peut ni les produire ni les détruire; elle peut seulement les unir ou les désunir , et par là modifier les corps composés, en déterminant les modes de combinaisons. Ainsi l'azote et l'oxygène sont deux corps simples dont l'homme ne peut ni détruire l'existence ni modifier la substance; mais l'homme peutles unir de façon à obtenir cinq composés qui se présentent avec des natures et despropriétés différentes. L'acide azotique doit d' « être » et d' « être substance » à l'azote et foxygène; il doit la combinaison à l'action du chimiste; enfin il doit sa nature, c'est-à-