‹ Bannissement des Jésuites de la LouisianeChapitre 4 sur 11 · MONSEIGNEUR OLIVIER BRIAND AU R. P. MEURIN · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR OLIVIER BRIAND AU R. P. MEURIN

26 Avril 1769.

J'ai reçu en son temps votre lettre. du 11 jtiin 1768 .. Je me suis trouvé heureux de vous apprendre dans ces contrées abandonnées. Ni la juris* prudence , ni le pontifical , ni le parfait notaire ne vous sont nécessaires dans la position où vous êtes. Vous savez votre théologie et de la philosophie ; avec de la raison et de la piété , dont votre lettre vous montre abondamment fourni , vous ne pouvez que bien parler , bien agir et bien décider. Tous mes vœux se bornent à la santé , k votre conserva > tion pour bien des années. Je serai tranquille pour ce coin de mon diocèse, tant que vous vivrez... Je me suis déchargé de cette partie de mon diocèse (la partie franco-espagnole). Un prêtre , anciennement doyen de Québec , qui est à Paris , a la com--

mission de ma part d*agir pour cela auprès de Tambassadeur d'Espagne en France. J'ai pitié de ces pauvres Ursulines. Voilà bientôt vingt-huit ans que je suis informé combien elles ont eu à souffrir. Ainsi bornez -vous aux catholiques dépendants d'Angleterre. Je n'aime guère à avoir sous ma juridiction des peuples que je ne puis pas visiter, ni gouverner par des hommes de confiance. Je ne suis pas surpris que les Capucins n'aient pas voulu reconnaître les pouvoirs qui émanent de moi , puisque ce n'était qu'à peine , par force , qu'ils se soumettaient à ceux que communiquaient mes prédécesseurs. Combien le P« Baudoin n'a-t-il pas eu à souffrir et quelle résistance n'a-t-il pas éprouvée de leur part !

J.-B. Beauvais n'a aucun droit de retenir les ornements et vases sacrés dont vous me parlez. Ils appartiennent à l'Église. Il doit vous les remettre , comme étant mon grand-vicaire , et après trois sommations, faites de ma part et en qualité de grand-vicaire , de les rendre sous peine d'excommunication de lui et de sa famille , vous pouvez la lancer , s'il n'obéit pas ; et il ne doit pas être absous qu'il n'ait remis tout ce qui est consacré ou bénit. Quant aux biens ecclésiastiques qu'il a achetés, cela est différent. Ce serait au peuple à poursuivre la restitution en faveur des missionnaires; mais

encore , comme ledit acheteur est de bonne foi^ il faudrait lui rendre le prix et celui des améliorations^ s'il en avait fait. Point de dîmes , point de sacrements. C'est une offrande faite à Dieu et que TÉglise attribue à Tentretien des missionnaires; et n'y eûtil presque point de missionnaires, il faut qu'elle soit payée : hors le cas de pauvreté , il faut tenir ferme , et ne craignez point y pourvu que la prudence et la charité vous règlent , comme j'en ai la confiance. La religion est libre. J'aime mieux qu'ils se rendent protestants que d'être catholiques inddëiles, mauvais, scandaleux et capables de perversité. Vous seriez bien venu ici ; mais j'espère que vous avez trop de zèle pour la gloire de notre Jésus et ^le salut de nos frères pour quitter , tandis que vous verrez jour à faire du fruit. I^es riches n'ont pas pris la religion les premiers, et il y a à penser qu'ils seront les premiers à l'abandonner dans les derniers siècles du monde. Nous disons , dans les Saints , l'oraison pro rege , ut quietam et tranquillam vitatn agamuSj selon la doctrine de l'Apôtre. Je l'ai ordonné dès le temps que je n'étais que grandvicaire du chapitre , et cela se pratique toujours. N'exigez pas que des protestants fassent aucun signe de religion en aucun cas. Dans des conversations on peut parler et s'expliquer modérément. Ceux qui pensent bien s'abstiennent d'assister , ainsi que

!MM. iStferlïnget Farmar Tavaienl ordonné. Vous nt Aevéz. pas être surpris de la différence de conduite tians les commandants , à cause de la différence de tehgion en Angleterre. Les anglicans en général sont moins contraires que les puritains, etc.

La conduite de M. Beed ne serait pas approuvée du gouvernement. Les mariages sont libres en Canada et se font devant les curés seulement , et sans aucun rapport au magistrat. Les processions du Saint-Sacrement et des Rogations se font à Tordinaire; mais la milice ne prend point les armes. Je n*en ai pas même parlé.

La traite de Teau-de-vie faite par les habitants apx sauvages , pour les besoins desdits habitants est-elle réservée ? Cela dépend de la qualité du besoin. Si le besoin n'est pas de nature à excuser de péché mortel , il est réservé.

J'ai lu votre lettre à Monsieur notre Gouverneur, qui en a été fort charmé, et je suis persuadé que vous serez plus considéré que jamais. C'est un excellent homme , aimé et aimable', estimé et vraiment estimable. Nous ne nous apercevons point que nous soyons sous un gouvernement protestant. Dans le eivil , les catholiques , les protestants se voient, se fréquentent cordialement. Le ministère Vexerce comme du temps des Français. M. Gibault aura pu vous en faire le détail^ Vous lui remettrez

les lettres pour lui que je joins ici. J'ai été un peu mécontent que, sans m'a voir prévenu , il ait mené avec lui sa mère, et ce n*est guère lefoit d'un missionnaire j qui ne cherche et ne doit chercher que Dieu seul. C'était $ous. ce point de vue que je l'avais ordonné. Je ne l'ai envoyé si loin que de son consentement. S'il m'avait prévenu qu'il fallait qu'il eût sa mère avec lui, je ne l'eusse pas probablement destiné à cette bonne œuvre. Je l'eusse gardé pour une paroisse de cette colonie. Car je suis persuadé que pour bien faire son devoir et remplir dignement son ministère dans vos cantons , il ne faut point y avoir de parents , ni trop de ménage. Au reste, il m'a paru en partant dans de bonnes dispositions. Il a bien travaillé à Michillimakinak, excepté qu'il a marié un Français avec une sauvagesse , ce que les Anglais ne veulent , non plus que les Français ne le voulaient autrefois ; et j'en ai des reproches de la part du gouvernement. Je lui ai donné des pouvoirs qui vous sont subordonnés. C'est un jeune prêtre , et je vous prie de veiller et de m'instruire, selon Dieu, s'il mérite ou non ma confiance. Je serais bien affligé, s'il venait à se détraquer. Il m'a fait de belles et bonnes promesses , et je l'aime.

Vos Pères sont toujours ici à l'ordinaire. Ils travaillent avec édification. Le P. Noël est mort.

Je suis , etc.

f OLIVIER , évé^ue de Québec.

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