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être examiné, C'était une srande entreprise pour ce tribunal, l'aurait fair u moins que tous les juges qui le composaient eüssent étudié la théologie, le droit civil, et le droit ecclésiastique. Mais surtout aurait fallu qu'ils entendissent la langue dans laquelle Finstitut est composé, Or, ce ne sont point ces genres de science qu'on exige dans les juges des colonies. Pour les nommer, on ne va pas chercher les eleves des universités, mais on prend parmi les habitants ceux qui montrent quelques capacités dans les affaires. Ainsi, on trouve dans ces conseils d'anciens gardes-magasin, des médecins, des officiers de troupes, Les plus instruits sont ordinairemet ies éléves des bureaux de la marine; ce sont eux que jusqu'ici on a le plus souvent choisis, au moins à la Louisiane, pour les faire présidents des conseils : dignité attachée à la charge d'intendant ou de commissaire ordonnateur,
Voila ce qui donne droit de dire que c'était pour le conseil de Ta Nouvelle-Orléans une grande entreprise de vouloir prononcer sur l'institut des Jésuites.
\la vérité, il est juste de supposer que M. de la Frenière, instruit dès sa jeunesse dans la langue latine, avait encore étudié le droit civil pendant le long séjour qu'il avait fait en France ; mais sa capa-
cité ne pouvait pas se communiquer aux juges qui
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devaient prononcer sur son réquisitoire; on pouvait leur reprocher, du moins au trés-grand nombre d'entre eux, qu'ils ignoraient le langage de l'écrit dont ils allaient juger, C'était là un grand défaut de compétence sal y en avait encore un autre plus grand, je veux dire le défaut de pouvoir et de juridiction. La maticre sur laquelle ces juges voulaient prononcer était une matiere spirituelle s'il en fut jamais : or , ils n'étaient tous que juges laiques. Et aprés le jugement porté par le concile de Trente sur l'institut des Jésuites, s'ilrestait à faire un nouvel examen, à qui cet examen pouvait-il appartepir, qu'à l'Eglise universelle ?
Nulle de ces considérations n'arréta le conseil de la Louisiane, un puissant motif encouragea les juges à entamer l'affaire ; il était arrivé plusieurs volumes de réquisitoires et de comptes-rendus sur le même sujet en différents parlements de France avec les arrèts prononcés en conséquence.
A ces Messieurs, c'en fut assez pour se croire bien instruits, on ne pouvait s égarer en suivant de tels guides, Le réquisitoire fut prononcé par M. le procureur général ; l'arrêt qu'on va rapporter fera connaitre ce qui avait été requis : on vint aux Opinions; on n'est pas assuré si les voix des conseillers ordinaires furent entièrement unanimes; mais il est
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rable aux Jésuites, ce fut celle de M. de Châtillon, heutenant-colonel du régiment d'Angoumois. En cette qualité l'avait droit d'assister et d'opiner au conseil. Ce respectable vieillard ne craignit point de se déclarer pour ceux auxquels il restait alors si peu de protection.
L'arrêt fat porte le 9 juillet, il fut dit que l'Institui des Jésuites était attentatoire à l'autorité royale, aux droits des évêques, à la tranquillité et à la sûreté publique, et que les vœux, émis suivant cet institut, étaient nuls, Défense faite aux ci-devant soidisant Jésuites, de prendre désormais ce nom , ni de porter leur habit ordinaire ; ordre à eux donné de prendre celui des ecclésiastiques séculiers. A l'exception de leurs livres et de quelques hardes qu'on leur hussait, tous leurs biens, meubles et immeubles, devaient être saisis et vendus à l'encan. Ordonne que les ornements de chapelle et les vases sacrés de l1 Nouvelle-Orléans seraient remis aux RR. PP. Capucins ; que les ornements et vases sacrés de la chapelle des Jésuites demeurant aux pays des Ilihois, seraient remis au procureur du Roi, de ce pays, et qu'ensuite les chapelles seraient rasées, et qu'enfin les sus-dits soi-disant seraient embarqués pour retourner en France sur les premiers vaisseaux prêts à partir; défense cependant à eux de demeurer
ensemble, Une somme de six cents livres fixée pour
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paver le passage de chacun d'eux etune autre de L,900 fr, pour leur subsistance etentretien pendant SIX mois. Apres ce terme, il leur étut enjoint de se présenter à M. le duc de Choiseul, secrétaire d'Etat au département de Ta marine, pour lui demander des pensions qui seraient assignées sur le produit de la vente de leurs biens.
J'ai marqué ci-dessus les motifs généraux de la condamnation des Jésuites de la Louisiane, motifs copies sur les arrêts des Parlements de France ; mais dans celui que le conseil de la Nouvelle-Orléans donnait, il voulut mettre quelque chose de particulier et de neuf, il dit que les Jésuites établis dans la colonie, n'avaient eu aucun soin de leurs missions ; qu'ils r'avaient pensé qu'à faire valoir leurs habilations . et qu'ils étaient usurpateurs du vicariat général de la Nouvelle-Orléans.
S'ilne s'agissait que de leur intérêt propre, les Jésuites de la Louisiane, après la perte de leurs biens pourraient encore souffrir en silence l'atteinte donnee par cet arrêt à leur réputation. Maisil va destemps ou le silence est un aveu , et il n'est pas permis d’avouer le malimputé, quand il doiten résulter un scandale.Or, quelscandale que des missionnaires envoyés en Amérique pour l'instruction des Francais et des
sauvages ; des missionnaires + subsistant des bien-
luts du Roi et que la voix de leur conscience force-
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rit a convenir, au moins tacitement, qu'ils «ont eu aucun soir de leurs missions : qu'ils n'ont eu soin que de leurs habitations, et de plus qu'ils sont usurpateurs du vicartat général d'un évéché? Mais non, là conscience n'obligera point les Jésuites de la Louisiane à convenir de ce qu'on leur impute! elle les oblige au contraire à parler, et dans ee qu'ils ont à dire pour leur justification , ils ne craignent point d'être démentis; au moins ne craignent-ils point qu'on leur oppose rien de vrai, ni de solide.
I n'est guère aujourd'hui de provinces en France où l'on ne voie quelque personne de considération qui ii vecu à la Louisiane : de ces personnes il n'y en à aucune qui n'y ait connu des Jésuites; la plupart même ont pu les examiner d'assez près. Or, les Jésuites attendent avec confiance les témoignages qu'on peutrendre, à leur égard , sur les articles dont il s’agit ici; il y a plus : ils osent citer, pour témoins de leur conduite , trois gouverneurs de la Louisiane et un vicaire-général de l'évêché de Québec, pour cette méme colonie. Tous étaient encore vivants au mois de juin de cette année 1764 : on n'a pas mendié leurs suffrages ; on n'a pas même prévenu ces messieurs sur ce qu'on va citer de leur part.
Le premier témoin sera donc M. de Bienville, aujourd'hui capitaine des vaisseaux du Roi, depuis
ms vingt-deux ans retiré à Paris ; on doit le regarder comme le fondateur de la colonie de la Louisiane, c'est lui qui en 1698 accompagna M. d'Herville, son frere, lorsque cet illustre officier de la marine découvrit l'entrée du Mississipi, que le sieur de la Salle, ce fameux aventurier, avait manquée. M. de Bienvike fut laissé alors sur les bords de ce fleuve pour y commencer un établissement; c'est lui qui pendant 44 ans à gouverné cette colonie, aquelques intervalles près ; c’est lui qui l'a mise à peu près en l'état où elle se trouve aujourd’hui, en bâtissant la Nouvelle-Orléans et le fort de la Mobile, et en formant les autres postes qu'on voit à la Louisiane. Durant un si long gouvernement, il a toujours été très-attentif à tout ce qui se passait dans les différentes parties de cette vaste province; ilconnaissait le mérite de tous ceux qui y étaient employés : or, personne en ce pays ne peut avoir oublié la bienveillance très-particulière dontil honorait les Jésuites de cette colonie : en eût-il usé ainsi envers des missionnaires qui, manquant de soin à l'égard de leur mission, auraient manqué au plus essentiel de leurs devoirs ?
Le deuxième témoin sera M. le marquis de Vaudreuil, dernier gouverneur dela Nouvelle-France; il succéda à A. de Bienville au gouvernement de la Louisiane ; les Jésuites trouvèrent encore en lui un
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protecteur et même un ami tres-déclaré ; il serait difficile de rien ajouter aux marques de bonté qu'il leur donna constamment ; mais qu'est-ce qui pouvait les leur attirer ? c'était sans doute l'idée qu'ils donnaient de leur fidélité a leurs principaux devoirs. Non, la probité de M, de Vaudreuil ne lui aurait pas permis de traiter si honorablement des missionnaires qui, négligeant le soin de leurs emplois , n'eussent mérité de sa part que des reproches et de la froideur.
Un troisième témoin pour les Jésuites de la Louisiane c'est M. de Kerlevec, capitaine de vaisseau et dernieï gouverneur de cette colonie ; une seule preuve suffit pour montrer ce qu'il pensait d'eux : c'est unelettre qu'il leur écrivit un peu avant leur destruction; il leur rappelait ces paroles de Notre-Seigneur à ses disciples : Beatieritis cum vos oderint hormines, et persecuti vos fuerint, et dixertut, omne malin adrersum vos mentientes, propter me: gaudete et exultate ! ESA croyable que A. de Kerlevec eût voulu appliquer ce texte à des aussionnaires qui n'eussent pris aucun soin de leurs HISSIONS ?
Enfin un quatrième témoin sera M. l'abbé de L'Isle-Dieu. Depuis plus de 30 ansilest à Paris, vicaire général de Pévéché de Québec, et chargé particulie-
rement des affaires de ce diocèse, qui regardent la
rt Louisiane; or, c'est encore cet abbé qui a montré ce qu'il pensait des Jésuites de la Louisiane quand il leur écrivit après larrét du 6 août 1762 : qu'ils périssaient, avec les regrets du corps épiscopal el de tous les gens de bien. Eerivant ainsi , il'est probable qu'il ne les regardait pas comme des gens qui avaient manqué de soin pour leurs missions.
Mais , dira-t-on , les Jésuites de la Louisiane ne peuvent-ils donc se défendre que par le témoignage d'autrui? Ne devraientals pas faire parler pour eux les exercices qu'ils ont pratiqués dans leurs missions, les opérations et les fruits de leur zèle ? Toute personne estimable doit être louée surtout devantses juges, par ses bonnes actions : Luudent ea in porlis opera ejus. Les Jésuites ne craindront point de se soumettre à ce qu'on leur demande ici ; et, pour marquer ce qu'ils faisaient dans leurs missions, Je vais les séparer en deux parties. La premiére contient les missions du pays des Illinois qui sont les plus anciennes, la seconde comprendra la mission de la Nouvelle-Orléans avec celle des Chactas et des Alibamons. Au pays nommé des Illinois , les Jésuites avaient quatre missions établies , la première était celle où lon instruisait les sauvages nommés Cascakias ; et voiciles exercices qui s’y pratiquaient. \u soleil levant, on sonnait la prière et la messe ;
les sauvages récitaient la prière en leur langue et,
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EN ee durant la messe, ils chantatent sur le ton du chant romsin des hymnes et des cantiques traduits aussi dans leur langue avec les priéres convenables; à la {in de la messe, le missionnaire faisait le catéchisme aux enfants. Retourné dans sa maison il était occupé æinstruire les adultes néophytes et catéchumènes, pour les préparer au baptème ou à la pénitence, à là communion où au mariage ; dés qu'il était libre. il parcourait le village pour exciter les fidèles à la ferveur, et exhorter les infidèles à embrasser le Christianisme : il fallait bien le reste de la journée pour réciter l'office divin, étudier la langue des sauvages et préparer les instructions pour les dimanches et les fêtes ; pour tant d'exercices si variés et si continuels , il fallait assurément du soin et beaucoup de soin. Au moins les sauvages croyaient bien que les Jésuites prenaient soin d’eux ; quant à Et premiére nouvelle de l'arrêt porté contre leurs missionnaires, ils voulurent aller trouver l'officier qui commandait dans ce pays pour le prier qu’il leur laissat au moins le P, Meurin qui était chargé de leur mission; et quelle autre idée pouvaient-ils avoir des Jésuites ? un seul d'entre eux pouvait les représenter comme des hommes totalement dévoués a l'instruction des sauvages : c'était le P. de Guvenue, morten 1752, Aprés avoir vécu 36 ans dans
les missions de la Louisiane , il avait parcouru celle
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des Alibamons. des Arkansas, des Miamis. avait été curé du fort de Chartres, et partout il avait été respecté comme un homme d'une vertu rare, d'une prudence smgulbiére, et d'un attachement inviolable aux devoirs de missionnaire. Depuis Fan 1786, il S'etait dévoué à la mission des Illinois. Appelé à des emplois plus honorables et plus commodes, il était resté avec ses sativages ; et par sa constance il avait conservé la religion fort ébranlée dans cette nation ; 4 avait méme beaucoup ranimé la ferveur par son application infatigable atouslesexercices. Enfin quare ans avant sa mort, affligé d'une demi-paralysie qui le rendait incapable de mouvement etressentant une grande fublesse de poitrine, maladie ancienne qui lui laissait à peine la force de se faire entendre, ne laissait pas de recevoir à toute heure ses chers néophytes qui, de la distance d'une grande lieue, venaient se faire instruire, [les catéchisait, il les exhortait, ilentendait leurs confessions ; illes préparait à la communion, et, en qualite de supérieur de lt maison, il usait de son pouvoir pour les souliger dans leur misére. Un homme si fidèle à son ministère jusqu'au dernier jour de sa vie ne fait-il pas présumer que parmi les Jésuites établis aux Hinois il restait du zèle et du soin à l'égard des