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jours ; que la plupart de ses nouveaux habitants, voyageurs depuis longtemps, étaient peu habitués aux devoirs de chrétien, et que pour établir parmi eux quelque forme de vie, il fallait beaucoup d’instructionset d'exhortations particuliéres et publiques. Or, la preuve que les Jésuites s'acquittaient de leur devoir à cet égard, ce sont les plaintes que les paroissiens faisaient d'eux; car ils prétendaient que leurs curés allaient au delà du devoir, et qu'ils prenaient trop de soin. C'est Justement le contraire de ce qu'a dit le conseil de la Louisiane, Mais que faisaient les Jésuites aux Alibamons et aux €hactas ? Aux Alibamons, les Français étaient établis près des sauvages ; Je missionnaire faisait auprès d'eux le devoir de curé; en cette qualité le P. Leroi les avait engagées à ne plus traiter d'eaux-de-vie aux sauvages; là promesse en avait été faite publiquement : il est vrai qu'une résolution si utile et si nécessaire pour la religion, pour l'intérêt méme temporel des sauvages el des Français, n'a pas duré longtemps, l'ancienne coutume à été bientôt rétablie : l’espérance d'un gain sordide à prévalu sur la plus juste raison, Mais les personnes sages n'ont point oublié le service que le missionnaire avait rendu.
Et que faisait-il pour les sauvages ? Il demeurait
avec eux, toujours prét à leur enseigner la doctrine chrétienne des qu'il plaisait à Dieu d'ouvrir leur
itants, abitués parmi ) d'insliques.
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ITS cœur: en attendant illes entretenait dans l'alliance et l'amitié des Francais ; etil y réussissait d'autant mieux que ces peuples voyaient bien, par sa conduite, qu'il n'était point au milieu d'eux pour faire une fortune. Ce désintéressement établissait son crédit; et par la il devenait utile, on ose le dire, même nécessaire à la colonie.
C'est dans la nation des Chactas surtout que les missionnaires ont rendu ce service essentiel : ceux qui connaissent là Louisiane savent de quel importance il était de maintenir cette nation dans notre alliance. Éloignée de nos intérêts et soulevée contre nous, elle pouvait un jour détruire la colonie en saccageant la Nouvelle-Orléans, ville qui est sans défense, C'était pour empècher de tels coups, que les missionnaires supportaient l'ennui de vivre avec les Chactas , peuple si barbare ; il leur faisait sentir combien l'amitié des Français leur était avantageuse, et de quel prix devaient être dans leur estime les présents qu'on leur apportait régulièrement toutes les années. Si ces présents venaient à manquer comme ilest arrivé durant la guerre, c'était au missionvaire à entretenir leur bonne volonté en leur promettant des dédommagements. Quels services ne rendaient pas encore les Jésuites, lorsque chaque année ils allaient avec MM. les Gouverneurs au fort de la Mobile où les Chactas s’assemblaient pour la
distribution des présents? Pour la faire utilement et judicieusement, il fallait que le Gouverneur conaût au moins les principaux sujets de la nation, et parmi eux les plus affectionnés et les plus importants. Or qui pouvait donner ces notions , sinon le missionnaire qui vivait avec eux; qui entretenait des liaisons avec les plus affidés, et qui pour savoir ce quise passait dans les trente villages des Chactas, les parcourait réguliérement. Encore s'il n'avait fallu que parcourir les villages! Mais soit en les parcourant, soit en demeurant dans sa cabane, durant combien d'années le missionnaire n’a-t:il pas été exposé à la mort, lorsque les Chactas divisés entre eux, lesuns tenant pour, les autres contre les Francais, se tuaient les uns les autres ! Combien alors le missionnaire ne devait-il pas craindre pour sa vie de là part de ceux qui voudraient venger sur un Français la mort de leurs compatriotes tués par les partisans des Français? Voilà à quel prix un missionnaire rendait alors service à la colonie. Voilà ce qu'a fait pendant vingt ans le P. Baudoin qui, devenu supérieur à la Nouvelle-Orléans, a été condamné en tête de ceux à qui l'arrêt de condamnation reproche de n'avoir eu aucun soin de leur MISSION,
Cependant il est difficile de croire qu'il n'y ait
pas eu quelques motifs apparents de faire ce reproche.
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En voici peut-être l'occasion : En 1763, il n’y avait plus de missionnaires aux Arkansas où les Jésuites étaient obligés d'en donner un par leur fondation. Depuis plusieurs années le P. Carette avait quitté ce poste; ses confrères avaient jugé qu'il aurait dû le quitter plus tôt; malgré le peu d'espérance qu'il y avait d'amener les sauvages du leu au christianisme ; le Père étudia longtemps leur langue, il travailla à corriger les mœurs des Francais sans tirer presqu'aucun fruit de son travail; il suivait cependant les uns et les autres dans leurs divers établissements occasionnés par les débordements du Mississipi, proche duquel le poste est situé. Malgré tant de dégoûts, le missionnaire ne se rebutait point de voir ses efforts rendus inutiles par la conduite de ceux qui devaient les soutenir, il prit patience jusqu'à l'accident qu'on va décrire. Dans le fort des Arkansas, il ne se trouvait plus de chapelle, plus d'appartement où l’on püt dire la messe, excepté la salle où le commandant prenait ses repas, lieu peu décent, non-seulement parce que c'était une salle à manger, mais par la mauvaise conduite et la licence des discours de ceux qui y fréquentaient; tout ce qui était dans le fort entrait li, jusqu'aux volailles : une poule volant sur l'autel renversa le calice qui y était demeuré
apres la fin de la messe : les spectateurs n’en furent
pas émus; un de ceux qui devaient le plus s'y intéresser s'écria : {A ! voilà la boutique du bon Dieu a bus. À des sentiments aussi peu religieux, répondait une vie aussi peu chrétienne. Le P. Carette jugea enfin qu'il fallait se retirer, au moins Jusqu'à ce que l'on vit une chapelle bâtie dans le fort et qu'on fût disposé à y respecter la religion : de plus , il était nécessaire ailleurs pour des emplois dont on espérait de meilleurs succés.
Puisque nous avons marqué les occupations des Jésuites dans les différents postes de la Louisiane, il est juste de parler aussi de ce qu'ils faisaient à la Nouvelle-Orléans. En cette ville, il y a un hopital royal établi pour les troupes, le titre d’aumoônier de cet hopital fut donné au P. d'Outreleau en 1737, et toujours depuis, il a été continué aux Jésuites de la Nouvelle-Orléans; c'était un emploi suffisant pour occuper un missionnaire. Dans la même ville est un monastère de religieuses Ursulines : par leursfondations elles sont chargées de l'éducationde trente orphelines entretenues aux dépens du Roi, et il y en avait toujours plusieurs de surnuméraires ; on sait que par leur institut, les Ursulines doivent encors instruire dans leurs écoles des filles de dehors , et dans leur maison elles recevaient plusieurs
demoiselles pensionnaires. Or le supérieur des Jé-
suites, depuis trente ans, l'était aussi de cette mai-
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ol son, et ne pouvant seul suffire pour y rendre tous les services nécessaires , il fallait qu'il se fit aider par quelqu'un de ses confrères.
Enfin les Jésuites avaient sur leurs habitations cent vingt ou cent trente esclaves; le soin de les instruire et deles gouverner ne devait-il pas donner assez d'occupation à quelques-uns de ces missionnaires ? quatorze familles suffisent pour l'érection d’une paroisse.
Que si lon demande à présent quel fruit les Jésuites de la Louisiane ont recueilli dans leurs missions , on pourrait répondre que les missionnaires doivent leur travail, et que c'est Dieu qui donne les fruits quand il lui plaît; que les missions les plus liborieuses ont paru souvent les plus ingrates : ainsi dans le Canada, les missionnaires qui se sont dévoués à l'instruction des Outouas, des Pontouatamis, des Sauteurs, des Outagamis ou Renards , et des Miamis, n'y ont produit presque aucun fruit sensible ; et cependant , ils n’en ont pas été moins révérés comme des ouvriers vraiment apostoliques ; tel était l'opinion que feu Mgr de Ponbriand, évêque de Québec, avait de l’un de ces missionnaires, le P. Chardon, durant un trèsgrand nombre d'années qu'il avait passées à la baie avec les Outagamis et d'autres sauvages. Ce Père n'avait vu aucun succès apparent de son travail;
retiré à Québec, dans son extrême vieillesse, le pré-
lat daigna l'honorer de sa visite lorsqu'il fut prés de mourir, et lui demanda sa bénédiction. L’humble missionnaire se jeta aux pieds de son évêque pour lui demander la sienne , et l'ayant obtenue, il fut obligé de consentir à ce que Mgr de Ponbriand exigeait de lui. S
Cependant les missionnaires de la Louisiane n'ont pas absolument travaillé sans fruits ; dans les missions, les fruits les plus précieux sont les vertus qu'on y pratique; la principale sans doute est la charité, surtout quand elle atteint le degré éminent; quand elle engage un ministre de Jésus- Christ à donner sa vie pour ses frères ; or, c'est à quoi sont parvenus plusieurs Jésuites morts à la Louisiane, dans l'exercice actuel de teur ministére,
Aiüsi, en 1729, le P. du Poisson, établi chez les Arcansas, se trouvant au fort des Natchezle jour même qu'ils avaient pris pour égorger les Francais, il fut euveloppé dans le massacre général. On peut bien comparer cette conspiration aux Vépres siciliennes ; les Francais établis dans ce poste traitaient avec la derniére insolence cette nation des Natchez, la plus utile à la colonie et Ia plus dévouée. Elle vou-
lut se venger : le P. du Poisson avait été prié de
rester un Jour pour quelque fonction du ministère
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qui se présentait, en l'absence du curé; il ÿ consenit et fut la victime de son dévouement et de sa charité.
Un mois apres, les Yasous, autre nation sauvage, étant entrés dans la même conspiration, tuérent aussi les Francais habitués auprès d'eux; le P. Souël, leur missionnaire, ne fut pas épargné; il était si aimé du nègre qui le servait, que ce fidèle esclave se fittueren voulant défendre ou venger son maitre. Vers le même temps, le P. d'Outreleau descendait avec plusieurs voyageurs du pays des Hlinois, pour les affaires de la mission ; il s'arrêta sur les bords du Mississipi pour y dire la messe; une troupe de ces mêmes Yasous , qui avaient tué le P. Souél, arriva au même lieu avec d’autres sauvages leurs alliés, ils observérent le temps où les Français et le Père surtout , étaient occupés du saint sacrifice ; ils firent une décharge de leurs fusils qui tua quelques Francais et en blessa d’autres. Le P. d'Outreleau recut un coup au bras et plusieurs grains de gros plomb dans la bouche; on regarda comme un effet bien singulier de la protection de Dieu qu’il ne fût que légèrement blessé; ce coup ne l’étonna point; sa fermeté rassura ses compagnons de voyage, ils échapperent aux sauvages et se rendirent à la Nouvelle-Orléans. Bientôt après il fut question de
venger sur les barbares là mort des Français, sur-
tout de ceux qui avaient péri aux Natchez; on y
envoya une armée , le P. d'Outreleau en fut l'aumônier, et il s'y montra toujours avec la même résolution.
En 1736 , le P. Senat , missionnaire aux Illinois, fut nommé pour accompagner M. d’Artaguiette, qui conduisait contre les Chacachas un parti de Francais. L'entreprise fut malheureuse : les Francais étaient sur le point d’être enveloppés par les sauvages, lorsqu'on avertit le missionnaire qu'il avait encore le temps de se retirer ; on lui offrit un cheval, 1l le refusa ; il se souvenait du motif de son voyage, et du besoin que les Français captifs auraient bientot de son secours; il fut pris avec eux, et mené comme eux au supplice; une femme sauvage ignorant totalement la religion chrétienne, fut témoin de leur mort; elle rapporta peu de temps après, que les Français pris par les Chacaches avaient été jetés dans un bücher allumé dans une grande cabane, après qu'ils eurent chanté pour aller en haut; en voyant leur air et leurs gestes, elle avait compris que les prières qu'ils chantaient étaient pour les conduire au ciel.
Quatre ans auparavant en 1732, le P. Auneau était avec M. de la Vérenderie fils, qui comman-
dait un parti de voyageurs, pour découvrir la mer
d'Ouest; ce jeune officier s'était Joint à une troupe
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de Christineaux , sauvages qui allaient en guerre contre les Sioux, autre nation très-barbare; ceuxei reconnurent les Francais mélés avec leurs ennemis. ils résolurent d'en tirer vengeance ; quelque temps aprés ils dresserent une embuscade à d'autres Francais aussi voyageurs , et en tuérent vingtdeux. Le P. Auneau fut du nombre des morts.
\u mois de Juillet 1759, lorsque le fort de Niacara était vivement pressé par une armée anglaise qui l'assiégait, mille deux cents Français furent envoyés au secours de ce poste, si important pour la conservation du Canada. Le P. Virot était aumônier de l'armée francaise; elle fut mise en déroute , et le missionnaire, tombé entre les mains des froquois , fut taillé en pièces.
Enfin, au mois de juillet 1763, au temps de la révolte des sauvages du Canada contre les Anglais, les Sauteurs de Michilimakina se jetérent sur la garnison anglaise qui occupait ce poste; ils en avaient déjà détruit une bonne partie, quand le Pére du Jaunay , Jésuite, ouvrit sa maison pour servir d'asile à ce qui restait de soldats et de commerçants anglais; mais pour sauver leur vie, il exposa beaucoup Ja sienne. La Jeunesse sauvage, irritée de se voir arracher la moitié de sa proie, voulait se dédommager aux dépens du Père du Jaunay. Les
anciens de la nation eurent peine à les adoucir.
Voilà à quelles épreuves les Jésuites missionnaires at en Canada et à la Louisiane ont été exposés, et voilà Lay ce qu'on peut compter pour des fruits très-précieux rép de leurs missions, car c'est à quoidoivent s'attendre A nécessairement tous ceux qui vont s'établir au mi- ah
lieu des barbares, surtout quand ils voyagent mal sur le Mississipi. Depuis la révolte des Natchez en 7. 1729 ,ilne s'est plus trouvé aucune sureté à mon- four ter ce fleuve ; presque chaque année y à été mar- ain quée par là mort de quelques Français; et il est né ce vrai que les précautions qu'il faudrait prendre du- On rant ce voyage qui est de trois mois , pour arriver neg aux Ilinois, ne peuvent être assez exactes pour écar- de
ter le danger : or, depuis la triste époque de 1729, cou on peut compter au moins vingt-six à vingt-sept ou
voyages faits par les Jésuites sur le Mississipi ; au reste on à joint ici les Missions de la Louisiane à celles du Canada, parce que, anciennement, ces missions étaient unies, et qu’encore aujourd’hui on y pratique les mêmes exercices et on y court les mêmes risques,
Que si quelqu'un persistait à demander aux Jé- ta suites de là Louisiane de ces fruits qu’on désire et à qu'on attend dans les missions , les voici. Dans les pe trois paroisses françaises du pays des Illinois, on pourrait compter un assez grand nombre de véri- ro
lables chrétiens ; c'étuient ceux qui résistaient aux
naires voila cieux endre au miagent 1eZ en monmaril est re durriver irécar- 1729, gt-sept pi; au ane à it, ces hui on
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