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mauvais exemples et aux mauvaises maximes que le voisinage des autres colonies avait commencé à répandre à lu Louisiane; mais aux Illinois du moins, les missionnaires en arrètaient les progrès ; on y voyait beaucoup de personnes trés-sobres , malgré la foule des ivrognes , parmi ceux qui pervertissaient les sauvages par l'eau-de-vie qu'ils leur fournissant, Il y en avait plusieurs autres qui ainaient mieux se priver des provisions les plus nécessaires que de faire un commerce si pernicieux. On voyait, il est vrai, des pères de famille qui négligeaient beaucoup le soin de leurs enfants et de leurs esclaves, mais on en voyait aussi beaucoup d'autres qui leur donnaient par eux-mêmes ou qui leur procuraient les instructions nécessaires, et qui savaient les contenir dans le devoir: il v avait des chrétiens qui semblaient avoir oublié les préceptes du jeüne et de l’abstinence, de la communion, de la confession, et l'obligation même d'entendre la messe; mais d’autres en grand nombre étaient trés-fidèles à ces devoirs et fréquentaient les sicrements. Combien de curés en France 4 qui lon sait bon gré de leur travail, quand ils peuvent recueillir des fruits pareils.
Quant à la mission des sauvages Tinois , la parole de Dieu n'y a pas été non plus annoncée sans
fruits. Malgré l’inconstance de ce peuple, la reli-
gion qu'on ÿ avait établie depuis longtemps a été conservée Jusqu'à présent, la superstition qu'on appelle jonglerie + était presque apéantie: les infidéles même étaient zélés pour faire baptiser leurs enfants; plusieurs néophytes jugés dignes de la communion ne déshonoraient point, par leur conduite, le jugement qu'on avait fait d'eux; plusieurs résistaient à là passion si forte que ces peuples ont pour l'eau-de-vie, el se retenaient exactement dans les bornes de tempérance, même quand ils pou. vaient boire sans qu'il leur en coûtàt rien. Combien d'autres fruits n'auraient pas été produits dans cette mission , si l'on avait voulu sérieusement arrêter le commerce de l'eau-de-vie, qui, dans ce pays, est la ruine de la religion. Il est vrai que ce commerce était prohibé par la loi de l'Église et par les ordonpances du Roi; mais plusieurs de ceux qui faisaient publier ces dernières défenses et qui devaient tenir là main à leur observation, étaient les premiers à distribuer la boisson défendue.
Le premier grief marqué dans l'arrêt du conseil de la Louisiane qui condamne les Jésuites, est celuici: Qu'ils r'ont pas eu soin de leurs missions. Var tout ce qui vient d'être dit, l'on a pu voir si cette inputation est bien fondée.
Le deuxième grief : Que les Jésuites de cette co-
lonie n'ont eu soin que d'étendre leurs habitations.
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Mais en répondant au premier grief, n'a-t-on pas en même temps répondu au deuxième ? Car si Îles Jésuites ont eu soin de leurs missions, comme on Fa fait voir, ils ont donc eu d'autre soin que celui de leurs habitations. Mais peut-être a-t-on voulu dire qu'il ne convient pas à des missionnaires de posséder de grandes habitations, parce que c'est une distraction au ministère spirituel, on veut bien l'avouer; mais pour éviter cet embarras , il aurait donc fallu pourvoir d'ailleurs à leur subsistance, aux frais de leurs voyages, à la construction et à l'entretien de leurs maisons et de leurs chapelles; or par leur fondation, les Jésuites recevaient peutêtre chacun une pension de huit cents livres (celui qui écrit cette lettre n'est pas bien assuré de cet üucie); et pour bâtir et entretenir six maisons et six chapelles, ils avaient recu quinze mille livres, une fois payées, par un engagement hasardé, il est vrai, mais dont ils n'étaient plus libres de se délivrer, Où auraient-ils donc trouvé des fonds pour ces dépenses, pour leur nourriture même et leur habillement, lorsque dans les besoins de l'Etat , les trésoriers de la colonie ne payaient plus les dettes les plus privilégiées? Lorsqu'une aune d'’étoffe, une aune de toile très-commune coûtait cinquante écus à la Nouvelle-Orléans, un mouchoir médiocre cent francs, une barrique de vin se vendait deux mille
cinq cents francs, et n'était rendue aux Illinois, qu'au prix de cinq ou six cents livres, qu'on demandait pour le frêt ; alors n'était-il pas nécessaire d'avoir une habitation et d'en prendre soin pour y trouver les moyens de subsister ? Eh ! comment donc le conseil de Ia Nouvelle-Orléans leur en at-il fait un crime, un motif de condamnation dans son arrêt ?
Il reste à discuter un troisième motif de condamnation, c'est l’usurpation du vicariat général de l'évêché de Québec. Pour la Nouvelle-Orléans , les juges de cette ville l'imputent aux Jésuites ; mais ils ont donc cru que tout le monde aurait oublié que, peu d'années auparavant, eux-mêmes avaient prononcé tout le contraire.
Voici le fait: ilv aenviron dix-huit ou vingt ansque feu Mor de Ponbriand, évêque de Québec, écrivit au P. Vitry, supérieur des Jésuites de la Nouvelle-Orléans, pour l'y constituer son vicaire général. Ces lettres furent enregistrées au conseil supérieur ; le P. Vitry étant mort en 1750, le P. Baudoin recut la méme commission et il en exerça tranquillement les fonctions pendant quelque temps ; mais ensuite il s'éleva des contestations : les RR. PP. Capucins crurent leurs droits lésés par la nomination des Jésuites au grand-vicariat; ils se persuadèrent que le
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