‹ Banques populairesChapitre 28 sur 68 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Considérations g'énérales.

Tandis que l'aristocratie dispute le terrain au progrès, la démocratie, depuis 1848, surtout en Allemagne, cherche à augmenter ses forces, au moyen du travail rendu plus efficace par l'épargne, l'ordre, l'habileté, le crédit, et à acquérir des capitaux et se rendre forte et indépendante.

Le gouvernement prussien, il faut l'avouer, a fait beaucoup pour la prospérité de l'Allemagne. D'une part il a aidé l'aristocratie par les banques territoriales , de l'autre les classes moyennes et les classes peu aisées par des écoles agricoles et techniques, des institutions qui ont contribué puissamment aux progrès de l'industrie, des traités de commerce opportuns et larges, l'union douanière. C'est lui qui le premier a fondé des Caisses et des Banques populaires qui ont inspiré au peuple après les grands événements de i848 les Sociétés ou Banques d'avances ou pnHs, lesquelles tendent à émanciper de toute espèce de protection le petit producteur et, ce qu'il est plus important, à l'afTranchir des liens dont aveuglément les classes privilégiées ne voudraient pas en plein XIX* siècle les délivrer.

Pour arriver h leur perfectionnement actuel ces banques ont eu à franchir divers obstacles, et à passer par trois phases principales.

D'abord le Gouvernement, les Communes, les classes aisées, pour aider les travailleurs fournirent les capitaux gratuitement où à faible intérêt: on prôla et on prête encore ces capitaux à ceux qui ont be-

soin d'argent pour leurs petites industries, avec caution, à intérêts plus ou moins forts, et même sans intérêt.

Il y a de ces banques dans toute l'Allemagne et principalement à Berlin; elles ont des fonds abondants. Elles ont fait du bien certainement, mais quand l'ouvrier a recours à elles, c'est comme quand il va au Mont de Piété; c'est preuve qu'il est dans un grand besoin. Il va y chercher un secours, il va y chercher de l'argent dans le cas même où il se sert du sien, et cela sur gage; il doit abaisser sa fierté pour demander à quelqu'un la faveur d'une caution ; il perd donc de son indépendance, de sa dignité à l'égard de ses garants, il fait voir ses nécessités à la Banque de secours. Et, de fait, aucune de ces Banques n'a réussi à employer tout son capital : elles ont dû, pour le faire valoir, se livrer à d'autres opérations; prêter sur hypothèque, sur fonds publics, s'adresser aux gens plus aisés, quand elles ont vu s'éloigner d'elles les personnes pour qui ces institutions avaient été créées, c'està-dire les ouvriers, les petits commerçants qui ont besoin de crédit, mais qui ne veulent pas étaler leur gêne aux yeux du public.

Les classes ouvrières étaient donc destinées ou à faire des miracles pour trouver du crédit, ou à rester dans les bas-fonds de la société qui travaille sans espérance d'arriver à un peu de bien-être matériel et moral, encore moins à la propriété.

Mais la Providence avait marqué le milieu de ce siècle pour donner naissance à une puissante organisation de crédit pour les classes non aisées. Cette organisation imprévue avait cependant ses éléments préparés par la marche ascendante du progrès. La religion, les découvertes, les besoins de l'industrie et d'une application plus générale de la justice, l'élévation générale du niveau de la culture, et surtout le gouvernement par soi-même, base du régime constitutionnel et républicain, poussèrent les classes industrielles à s'aider elles-mêmes dans les besoins de crédit. La conviction intime que du travail vient la richesse, donne du courage à l'ouvrier, parce qu'il sait que sur ses gains il peut faire des épargnes qui, grossies, multipliées par les épargnes de ses amis et de ses camarades, peuvent encore être appliquées au travail. En un mot, l'esprit d'association préparé par les besoins du temps vint en aide aussi au peuple qui travaille, et vint fournir à ses besoins de crédit.

De ces éléments, épargnes, aide de soi-même, esprit d'association, habitudes de crédit, solidarité de tous les membres d'une société, se formèrent les établissements de crédit mutuel appelés Banques d'avan-

ces. Ces Banques furent tout d'abord aidées même par les gens aisés, dont le concours devient moins nécessaire à mesure que dans les classes ouvrières se développe l'intelligence qui leur fait comprendre l'efficacité du principe : aide-toi toi-même, la pierre angulaire des Banques d'avances.

Mais pour fonder des Banques, il faut des capitaux. Qui en confiera à ces sortes de banques fondées par des personnes qui n'ont que leur travail à offrir en garantie aux capitalistes? Là est le problème; mais le bien vint des difficultés mêmes, elles furent la cause première de la fortune de ces établissements.

Le Gouvernement ne peut pas toujours, et souvent ne veut pas accorder des garanties, des privilèges, des droits de corporation à une réunion de personnes qui veulent créer du crédit avec très-peu de capital. Que fait le génie du peuple ? Comme il n'y a pas de loi qui défende à des individus de s'unir solidairement, comme en société collective, dans un but commercial, industriel, le peuple aperçoit qu'il peut faire valoir avec force, avec ordre ce droit commun, et il invente des sociétés collectives dans lesquelles tous les sociétaires sont responsables et solidaires les uns des autres : une société collective qui fait des prêts à ses membres , voilà la Société d'avances prussienne. On les a appelées ainsi parce qu'il y en a plus en Prusse que dans les autres états de l'Allemagne, que c'est là qu'elles sont nées, et que c'est encore là que se trouvent les Banques d'avances modèles. Voilà donc quelle fut l'origine des Banques d'avances prussiennes, qui doivent faire le tour du monde, et enseigner aux travailleurs le moyen de devenir, s'ils le veulent, puissants et capables de s'élever à la propriété par leur habileté, les fruits de leurs épargnes et l'association de leurs compagnons. Elles tendent à l'émancipation du travailleur, et peuvent prévenir ces tempêtes sociales connues sous le nom de Révolution , manifestation violente de la justice divine, quand une partie des hommes dit à l'autre : arrête-toi, va en arrière, travaille, obéis, souffre avec résignation et tais-toi.

Par un hasard heureux une personne envoyée exprès par la Providence est venue se mettre à la tête de ces établissements pour les créer et les propager. Le docteur Schulze de Dclitzsch, grand philanthrope, membre libéral du Parlement de Francfort en 1848, et maintenant de Berlin, fonda dans sa patrie la première Banque d'avances, qui. en moins de dix ans, porta des fruits immenses. D'après cet exemple, il s'est fondé en Allemagne, depuis 1851 des centaines de Ban-

ques, qui font avec peu de thalers (i) déjà des cenlaiaes de millions d'affaires, et qui, toujours grâce à Schulze, ont enfanté d'autres établissements fondés sur le même principe et appelés par quelques écrivains Banques industrielles. Ces deux espèces d'établissements finiront par rendre aux classes ouvrières tous les droits, toute la puissance et l'égalité sociale que leur a donnés la Providence, la justice universelle. Si les travailleurs, les capitalistes, les agriculteurs désirent et veulent travailler, épargner avec efficacité, avec constance, ils peuvent s'élever au niveau des classes les plus distinguées, et ainsi s'accomplira l'harmonie des classes qui divisent la société.

L'importance souveraine des Banques d'avances nous fait un devoir d'examiner en détail leur formation et leur histoire. Je n'ai, pour le faire, qu'à suivre avec fidélité les traces de leur fondateur qui a pubUé quelques brochures qu'on devrait traduire dans toutes les langues et répandre dans tout le monde civilisé, tant son œuvre doit faire du bien. Les Banques d'avances prussiennes de Schulze sont le levier d'Archimède; ilt a rouvé le point d'appui dans la force même du travailleur associé à quelque compagnon, pour lui fournir à crédit le capital nécessaire à son industrie, pour le lancer à la conquête de tous ces droits. Il est juste encore d'ajouter que le docteur Schulze, pour consacrer toutes ses forces, toute sa vie à l'organisation, à la direction et à la diffusion des Banques qu'il a créées, a abandonné un emploi public, celui de Juge, je crois, et a accepté pour vivre un mince salaire des Banques, qui, sur son invitation, se sont déjà en quelque sorte unies ensemble, mais sans perdre le caractère indépendant et spécial que leur donnent les circonstances locales. On peut dire qu'il s'est dévoué à cette œuvre corps et âme (2).

Commençons par les Banques d'avances d'argent.

(1) Le tlialer prussien divisé en 30 gros de 12 deniers, qui valent fr. 3 12 '/„ est évalué ordinairement à fr. 3 "75, quoique sa valeur intrinsèque soit selon le bureau des longitudes de 3 71. Dans mes calcules je le compte fr. 3 75.

(2) Maintenant la cause des Banques d'avances a fait des pas merveilleux - On dit que dans cette année (1864) les prêts faits par les banques arriveront à 200 millions ! - on est au moment de fonder par les conseils efficaces de Schulze même une banque générale d'avances pour les aider toutes en cas de besoin, qui sera une vraie mère des banques populaires de l'Allemagne. Voir le Supplément.

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