CHAPITRE m
Histoire des Sociétés d'avances, de celles d'Allemagne en particulier.
Delitzsch a fondé en 1850 la première Société d'avances; elle se distinguait des nombreuses Sociétés fondées à Berlin en 1848 et 1849 avec le secours des elasses aisées et prêtant avec ou sans intérêt, en ce qu'elle exigeait des emprunteurs un intérêt de 5 à 10 p. //. Ces emprunteurs devaient acquérir la qualité des sociétaires en faisant des versements d'un gros d'argent par mois, qu'on leur comptait comme à-comptes d'emprunts.
C'est cette obligation de payer une contribution chaque mois qui fut le germe précieux de l'institution postérieure, qui força ceux qui avaient besoin de crédit à assurer eux-mêmes la base nécessaire pour obtenir le crédit, et pour créer un capital à soi.
Mais comme on ne pouvait, par des prêts sans intérêts et par des dons, porter les fonds à un chiffre qui put satisfaire les emprunteurs, on recourut, pour se les procurer, au principe de solidarité des associations des matières grèges des menuisiers, des cordonniers. Ces associations, fondées par SchuUe en 1849, existaient déjà à Delitzsch et à Eilenbourg, et la sûreté solidaire des sociétaires avait déjà révélé des effets extraordinaires de crédit.
Le premier essai fut tenté à Eilenbourg par le .docteur Bcrnhardi et par le tailleur Biirmann, qui fondèrent en 1851 la Société de la Caisse de prêt. Le succès fut tel que, l'année même de sa fondation, cette Société prêta 8,801 thalers (fr. 33,003 75), la seconde 13,336 (fr. 50,010), en 1857 30,589 (fr. 114,708 75), en 1858 35,599 (fr. 133,490 25), en 1859 29,236 thalers (fr. 109,635) (i).
En 1852, Schulze s'élant démis de son emploi public pour se consacrer uniquement aux Sociétés d'avances, réforma celle de Delitzsch, sur le principe de la formation des quotes par les sociétaires eux-mêmes. Au lieu des versements d'un gros par mois et de la répartition du dividende par tête, comme on le fait à Eilenbourg, il éleva le chiffre des versements et partagea les bénéfices selon la quantité de la quole versée; moyen qui encourage l'épargne et produit en conséquence une augmentation de versements. Ces mesures assurèrent à la Banque d'a-
1 Po!ir 18(50, 1H6). 1W52. 1863 vovez les tabl<?aux rt le Supplément.
vances de Delilzsch une grande solidarité et un accroissement de sociétaires et de moyens. Les intérêts et les provisions sur l'argent prêté aux sociétaires, fixés d'abord à un denier par semaine par thaler (14 ^/j p. y^), furent réduits peu à peu au 8 p. //, et donnèrent également d'abondants profits. Le fonds de réserve et le dividende à partager entre les sociétaires augmentèrent en raison du chiffre des quotes. Ce dividende, grand dans le principe eu égard à la faiblesse des quotes, double et triple ces quotes des sociétaires. C'est ce qui ardva à Delitzsch après la réorganisation de la Société, où les sociétaires firent toujours preuve de la même bonne volonté dans les versements, quoique leurs dividendes fussent un peu diminués; car, si les affaires de la Société augmentaient, elles n'augmentaient pas en raison du nombre des co-partageants. Malgré tout, les dividendes ne furent jamais au-dessous de 8 à 12 p. %. Je vais donner le tableau du mouvement de la Société de Delitzsch depuis son organisation jusqu'en 186i.
Année de i'acceplalioD
Somme
des prcis
et
prorogations
Somme desquolcs par ïcr-
semenls mensuels et dividendes
Somme
du
bénéfice net
réparti
Unités des tlialers qui «Dt droit au dividende sur la quole de l'année précédente
Dividende
selon le p. cent de la qnote de l'année précédente
Sonme des quotes mensuelles de chaqne Hciclaire
Somme
do fonds
social
d'eiercice à la fin
de l'année
33 Va
20 Va
11 Va
392 3 Vj
11 Va
Quelle différence de commerce entre les deux premières années et les suivantes, quand la Société fut assise sur sa propre puissance ! comme on voit s'augmenter les quotes des sociétaires après le premier dividende de 1854! En 1853 chaque sociétaire n'avait à verser que 24 gros par an (2 par mois), 175 sociétaires versèrent 145 thalers (fr. 543 75); mais les quotes de 1854 triplèrent quand on connut le dividende de 1853. Aussi les quotes, bien qu'on en eût remboursé à des membres sortants, formèrent-elles en 1858 un fonds social d'exercice
(1) Voyez lea tableaux .4 et B, ou les pièces à l'appui 3 et 4 pour 1860.
de 4,930 thalers (fr. 18,487 50); ce fonds se serait encore accru, si 150 vieux membres environ n'eussent déjà payé entièrement leurs quotes, ce qui explique la diminution des versements mensuels, malgré l'accroissement du nombre des sociétaires. La moyenne des versements mensuels, 250 environ en 1857 et 1858, donne thalers 3 y^ par sociétaire, c'est-à-dire le quadruple de 24 gros (3 fr.): chose digne de remarque quand on sait que la Société de Delitzsch est formée d'industriels peu aisés, qui satisfont leurs besoins de crédit dans les établissements de Banques ordinaires.
Après les Sociétés de Delitzsch et d'Eilenbourg, vint la Société voisine de Zorbig, qui, dirigée par des ouvriers intelligents, acquit bientôt une grande réputation; puis en 1854 celles de Eisleben, Peine, Celle; et en 1855 celles de Meisscn et de Bitterfeld. D'autres Sociétés se fondèrent sur le modèle de celle de DeUtzsch et s'élèvent maintenant à plusieurs centaines.
Schulze dit que les avances faites par 45 Banques en 1858 montèrent à 2,080,036 thalers (fr. 7,822,635) et on a fait tout cela avec thaï. 104,094 (fr. 390,352 50) de quotes commerciales des sociétaires; » 14,555 (» 54,581 25) de réserve; » 598,718 ( » 2,245,192 50) d'argent emprunté à des tiers; tandis que 80 Banques donnèrent, comme on le voit par le tableau, à la fin de 1859 le résultat suivant:
Ihal. 4,131,436 (fr. 15,492,885 00) d'avances et prorogations avec 276,846 ( .. 1,038,172 50) de capital propre, dont: 246,001 ( » 922,503 75) en quotes de sociétaires; 30,845 ( . 115,668 75) en fonds de réserve; . 1,014,145 (. 3,803,043 75) d'argent emprunté. Il est bon d'avertir que de ces 80 Sociétés, 28 (45, 48, 49, 51, 55, 50, 57, 59-78 et le 80) sont nées en 1858 et 1859. Les comptes-rendus des autres ne comprennent pas même une année entière, mais elles firent bientôt des progrès, comme on le voit ci-dessous (i) :
PRÊTS ^__^__ Eu 1858 En 1859
Luckenvalde . . . 1858 90,882 thalers 158,611 thalers
Dresde 1858 41,056 » 344,588 »
Colberg 1858 63,318 » 163,770 -
Dessau 1858 23,000 » 140,000 »
[\'i Voyez la note sur les comptes-rendus de IHô'.l Vic»NÔ H'iif/nes )>ojiulaire3. î.'i
et dans le premier semestre de 1860, on fit en avances, en proro
gâtions, en tout:
en avances en prorogations
à Dresde. . . tlialers 455,669 ttialers 269,321
à Colberg . . « 123,988 . ?
àMersebourg. » 38,779 » 24,676
en tout
tlialers 724,997 ?
Schulze donne encore une note de 183 Sociétés de l'Allemagne, qui appartiennent aux Etats suivants;
77 à la Prusse, dont 30 pour 166
les provinces; 34 au royaume de Saxe; 16 aux Etats de la Thuringe; 12 à l'Autriche allemande (i); 12 au Hanovre;
8 au Mecklembourg ;
7 au grand-duché d'Anhalt;
5 au grand-duché de Bade;
4 à la Bavière ;
3 aux deux Hesses ;
2 au Wurtemberg ;
1 à roidembourg;
1 à Nassau;
1 au Holsleiii.
Il assure qu'on peut compter dans cette année en Allemagne, plus de 200 Sociétés. Les avances de 150 d'entre elles étaient, à la fin de 1859, montées à thalers 6,000,000; on dit qu'elles ont monté à 10,000,000 en 1860, et leur marche ascendante a dû se continuer ensuite (2).
Ce n'est que le 16 décembre 1861 que j'ai reçu de Schulze de Delitzsch lui-même son rapport imprimé sur les Sociétés d'avances pour 1860. Cet excellent travail fait voir les grands progrès faits par ces Sociétés en cette année-là. Dans les pièces justificatives, je donne un compte-rendu de 133 Sociétés pour 1860. Schulze, dans sa brochure, dit qu'il connaît déjà 257 Sociétés, savoir :
120 en Prusse, 40 dans le royaume de Saxe, 12 dans l'Autriche allemande, 1 2 dans le duché de Saxe,
12 dans l'Anhalt,
10 dans le Hanovre, 10 dans le Mecklembourg, 10 dans le duché de Nassau, 7 dans le grand-duchè de Bade,
(1) Celle de Klagenfurt est très-remarquable.
(2) Dans cette année (1864) elles seront probablement 700. Voir le Supplément.
6 en Bavière, 2 dans le Wurtemberg,
4 dans le grand-duché de Hesse, 2 dans les Hesses, 3 dans les principautés des Reuss, 2 dans l'Oldenbourg, 3 dans les principautés de Scliwarz- 1 dans le Holstein, bourg, 1 dans les Villes libres.
Les 133 Sociétés décrites dans le tableau B ont fait pour 8,478,489 thalers (fr. 31,794,333 75) d'affaires avec thalers 462,012 (fr. 1,732,545 00) de quotes, 66,865 (fr. 250,743 75) de réserve, » » 2,392,198 (fr. 8,970,742 50) d'emprunts à des tiers et
de dépôts volontaires des sociétaires.
Leurs sociétaires sont au nombre de 31,603, et dans l'année on n'a perdu que 1,490 thalers.
Les Banques industrielles augmentèrent aussi, et Schulze note les suivantes :