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de l'emprunt papal et ottoman, nous n'avons certes pas à rougir devant l'exemple des anciens maîtres qui, dans des temps de guerre mais d'art, défendirent comme soldats l'indépendance de la patrie. Dans les rangs des soldats qui combattirent en Pologne, en Espagne, en Grèce, à Venise, à Rome, à Varese, à Solferino, dans les délicieuses campagnes de la Sicile et du royaume de Naples, il y eut beaucoup d'artistes. Byron est mort pour la liberté de la Grèce, et combien d'artistes ont péri en Italie dans les campagnes de 1848, 1859, 1860! Foscolo est mort dans l'exil politique! Oiiblie-t-on que Cellini tirait le canon sur l'ennemi du haut des tours de Rome, que Buonaroti était capitaine des fortifications à Florence, que Léonard de Vinci a, dit-on, inventé la machine électrique pour l'appliquer à de nouveaux instruments de guerre ?
Et ceux qui ne peuvent porter les armes parce que leur âge, leur santé ou tout autre motif les en empêchent, devront-ils mourir de faim par amour de l'art, dans ces moments où le beau s'éclipse par l'indifférence volontaire ou involontaire des Mécènes, par les crises guerrières, ou quand on combat pour l'indépendance ou pour un noble principe?
J'ai dit que la justice veut qu'on établisse des Banques pour les artistes.
Mais, dira quelqu'un, comment trouver les garanties nécessaires dans une classe de personnes, qui pour la plupart, dédaignent l'arithmétique, et méprisent en général les richesses qui ne sont pas des moyens directs de créer sur la terre les êtres des mondes splendides dans lesquels ils vivent?
Un habile sculpteur avait transformé, par un travail magique, tout son avoir et peut-être plus, en un marbre (une cheminée) d'une vraie beauté qui resta dans son atelier sans pouvoir être vendu, quoique l'artiste l'eût envoyé à de grandes Expositions, et qu'il l'eût offert à de cruels Nababs qui l'avaient refusé. On demanda un jour à ce sculpteur combien lui coûtait ce beau monument, ainsi qu'une statue qui se trouvait à côté, et qui est si vive, si gracieuse que vous croiriez qu'elle va venir vous serrer la main; il répondit: » Gomment pouvonsnous savoir cela, nous autres? nous dépensons, nous dépensons, et quand nous n'avons plus rien, nous laissons reposer notre ciseau, attendant que la Providence nous donne les ïTioyens de nous remettre au travail. » Quand on lui demandait ce que lui coulait le marbre, il ne savait répondre qu'incomplètement, et ce n'est qu'à force d'in-
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stances qu'il se mit à faire le compte de ce qu'il avait payé pour les ouvriers, des intérêts du capital représenté par le marbre et les honoraires, du loyer de son atelier, et il vit alors tout ce qu'il avait dépensé. Rlî! bien, d'après les comptes qu'il avait faits auparavant, il aurait vendu son chef-d'œuvre moins cher qu'il ne lui coûtait, et il aurait cru gagner! Il y a plusieurs bons artistes dans le même cas.
Qu'on fonde donc pour cette classe estimable de personnes un établissement qui les dirige et les aide.
Mais les règles pour créer une Banque pour les artistes doivent convenir à la qualité des personnes qui y recourent. Essayons d'indiquer les principales.
Programme.
d.° Que la Banque porte le nom de Banque des beaux-arts, et que son but soit d'aider les personnes qui les cultivent.
2.° Que les Particuliers, les Municipalités, les Gouvernements, les Sociétés... prêtent, en tout ou en partie, les fonds nécessaires répartis en actions. Que les Gouvernements, les Municipalités, des Comités spéciaux surveillent, contrôlent, aident efficacement.
3.° Que l'argent, réuni avec ou sans intérêts, soit prêté aux artistes qui sortent des écoles publiques ou particulières, quand ils commencent leur carrière ou quand ils exercent déjà leur art. Qu'on leur prête sur dépôt de leurs œuvres terminées ou à terminer, sur les instruments de leur art, sur les commissions régulièrement étabhes , enfin sur leur capacité professionnelle et morale confirmée de la manière la plus délicate par leurs compagnons d'art (prud'hommes des beaux-arts), et par d'intelligents amateurs des beaux-arts nommés exprès (censeurs des beaux- arts).
4." Quand les objets d'art existent, soit chez leur auteur, soit au Conseil de censure, exposés dans les salons de la Banque, le prêt est facile, parce qu'il s'opère sur des valeurs de change effectives; il est difficile quand il s'agit de prêter sur des travaux non encore commencés ; il n'y a alors ni commande ni matière première, il ne reste que la capacité professionnelle et morale.
Là est le point le plus important de la question que veut résoudre favorablement la Banque des beaux-arts. Il faut déterminer la capacité, quand elle n'est que demi-capacité, quand elle ne fait que commencer à se développer. 11 s'agit de prophétiser, de prédir l'avenir de l'artiste, de
23!) deviner si le minéral brut renferme un diamant brillant ou une pierre de peu de valeur, si les éclairs de lumière, qui s'échappent à travers récorce grossière, sont l'éclair du génie, le feu de l'avenir ou la faible lueur d'un verre ou d'un cristal médiocre. Pour donner plus de probabilité à la prophétie, on créera un Conseil de censeurs d'art, composé de membres amis des arts, et qui aient prouvé cette amitié par des faits et non par des appréciations verbeuses. Le Conseil jugera si l'on doit accorder le prêt, mais il le fera avec prudence et courtoisie, avec le respect le plus rigoureux pour l'amour propre de l'emprunteur. Les artistes en général ont l'âme noble, ils courbent difficilement la tête même dans les nécessités extrêmes, ils savent mourir de privations sans se plaindre et avec plus de dignité que le gladiateur, ils savent être des Chatterton dans le plus grand secret: il faut donc les forcer quelquefois à se laisser aider. D'ailleurs qu'importe qu'on se trompe du 20 p. "/, ? Mais le Bureau de censure ne peut être composé de personnes intéressées directement ou indirectement, c'est-à-dire d'artistes qui puissent emprunter. S'ils le peuvent, que ce soit sur des objets finis, faciles à estimer et à vendre quand ils seront exposés dans les salles de la Banque; mais il vaut mieux qu'ils ne puissent pas emprunter, ou que, dans le cas contraire, ils cessent de faire partie du Conseil de censure. — Que le Conseil de censure ait des maîtres d'art, souvent renouvelables pour empêcher un esprit de corps nuisible, et jouissants d'une grande estime; qu'il soit facile à un artiste d'entrer au Conseil non seulement par une grande capacité, mais aussi par amour pour ses confrères.
Opérations.