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ETOILES FILANTES

CHASSÉ (les squares et des jardins piil)lics, où sa présence inquiétait les familles, le Vilain Homme s'est remis en route, à petites journées.

Il marche, la nuit, à la belle étoile, sin^ des roules reconquises par le silence et la fraîcheur; il fait un brin de toilette, le matin, au bord des ruisseaux, dort, l'après-midi, dans les bois, et s'arrête, pour casseï' la cioùle ou raccommoder ses bardes, le soir, à l'entrée des villages où les troupeaux s'empressent.

Si quelqu'un connait la France, c'est lui. Il en a fait dix fois le tour. 11 la connaît sur le bout des orteils. Et il ne se lasse pas d'elle, c'est elle qui se lasse de lui. [1 ne pourra plus, bientôt, la parcourir sans danger. Maints départements lui sont interdits. Hier, par exemple, il a appris que la chasse est ouverte dans le Puv-de-Dôme. La chasse au Vilain Homme. Et de qui tient-il cette nouvelle? D'un vilain homme comme lui, son ami, son seul ami.

Une nuit, il v a bien longtemps, ils se sont trouvés enfermés ensemble dans un asile communal pour les chemineaux. Le feu s'v déclara et c'est la vigilance de son compagnon qui les préserva de l'asphvxie. Jamais il ne l'a oublié.

Ils sont |)ourtant des mois, et même des années.

ETOILES EILANTES

sans se rencontrer : puis, un joui', au détour d'un chemin, ils s'ajDerçoivent —

« C'est toi? — C'est moi. »

Ils constatent réciproquement qu'ils ont vieilli, mais n'en disent rien, afin de ne point s'affliger. Tj'important, n'est-ce pas d'avoir toujours bon pied, bon œil? Et ils ne tardent guère à se séparer, s'en vont chacun de son côté, un matin, bonjour, bonsoir, sans se retourner.

Se reverront-ils?

Hier, donc, ils se sont accrochés au passage. Et tirant de sa blouse un chiffon de papier, le frère qui vient de loin a dit à son frère :

« Lis ca ».

L'autre a déplié la feuille, une affiche relative à la répression du vagabondage.

« C'est l)on, a dit simplement le Vilain Homme après avoir lu.

— Paraît qu'il y a du i^ibier, cette année >', a repris le second.

Et ils sont repartis, l'iui à droite, l'autre à gauche.

Le Vilain Homme, en s'éloignant, songe H

songe que l'autorité n'aura pas de peine à recruter des auxiliaires, des rabatteurs de bonne volonté, pour cette chasse ardente.

Des souvenirs bourdonnent dans la ruche de sa mémoire.

Un dimanche de l'hiver dernier, à Paris, moinant de faim, il s'est mêlé aux mendiants qui décoraient le porche d'une église. Et tous ces misérables, jaloux, se sont jetés sur lui et l'ont bousculé en criant : (c C'est notre place Va-t'en, voleur! »

Pour le frapper, les manchots retrouvaient leurs bras, les infirmes brandissaient leurs béquilles et les aveugles voyaient clair.

Pourquoi la force publique, insuffisante, n'enrôlet-elle pas les mendiants? Personne mieux qu'eux ne ferait la chasse aux pauvres.

Aussi bien, les protestations de ces gens étaient

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