‹ BarabbasChapitre 14 sur 34 · LXII. J'étais hkv à la Cour d'a.sma, dam k public · texte numérisé non relu

LXII. J'étais hkv à la Cour d'a.sma, dam k public

On a jugé d'abord un monsieur qui a^ail lue sa femme parée qu 'elle le hvmpail. Pour lui la femme est une propriété....

Crime pa.ssionnel. Âequittement.

On a jugé ensuite un oui)rier injustement congédié et réduit à la misère par un contre-maître hargneux.

L'ow^rier aussi a^>ait ^u rouge et tué le contre-maître.

Crime social. Condamnation à mort.

Ai- je besoin d'ajouter que le jury était composé d 'hommes mariés, de patrons et de propriétaires F

L X 1 1 1 . Cet imbécile mendiait en chantant :

Béni soit celui qui Oient sauVer le mon...on-on-on-on-on-de!

Je lui ai dit : << Tu n 'es pas honteux de perpétuer ce men.songe,... toi, qui aurais tant besoin d'être sau^>é, secouru, et qui ne l'es pas? »

PAROLES DANS LA VALLEE

io5

// m'a répondu : « Ecouh',... tu ne sais pas.... J! sera/l imprudent de ma part d'effaroucher Vaumône.... J'ai une ctientèle qui en e.st restée, de mère en filte, aux pieux refrains d'autrefois : « Mon âme à Dieu, mon <( cœur à toi.... L'enfant perdu, c'e.st t 'enfant du Bon "Dieu.... ISoët! jSoël : Yoiei te Rédempteur!... » C'e.st pas au chanteur qu'ettefait ta charité, c'e.st à ta chan.son. Ette est fdète à .ses ilieux fournisseurs. ... Le jour où

on taiciserait ta mendicité, je perdrais mes meitteures pratiques.... »

La mendicité au.s.si a .ses Hieittes barbes....

AUTRES SALES BETES

Li: cliicii {'Si l'ami du pauvre Encore une amèie plaisanterie, murmure, en cheminant, le Vilain Tlomme, à qui l'occasion n'est pas souvent donnée de vérilier l'exactitude de celte observation.

rnstruil par l'expérience, au contraire, il hausse les épaides devant la gravure larmoyante représentant le convoi du pauvre, que suit un chien fidèle et recueilli. La Aérilé, ne serail-ce pas plutôl le chien ahovant a|)rès?

Autipalhie réciprofpie. Les chiens n'aiment pas le Vilain Homme cl le Vilain Homme déteste les chiens, domestiques arrogants.

Ah! il connaît de longue date celte engeance, et la

réponse de ces gardiens dévoués à son eonp de sonnette lui est familière. Elle est plus ou moins hargneuse, suivant qu'il apparaît |)liis on moins convenablement vêtu.

Aux premiers temps de sa misère et lorsqu'il portait encore sur le dos des habits décents, les chiens l'accueillaient avec hésitation, le flairaient tout au moins sans animosité. Us semblaient lui trouver l'air d'un employé sans place et digne encore d'égards. D'aucuns, craignant une erreiu*, un malentendu, retenaient leur grognement jusqu'à nouvel ordre. Et, cet ordre arrivé, ils gardaient delà mesure dans leur colère, témoignaient un reste de respect au passant — peut-être un ancien notaire — qui n'avait pas été toujours pauvre ni mal mis.

Mais maintenant ses hardes ne lui inspirent plus aucuns ménagements. Il v a trop longtemps qu'il n'est plus riche, s'il le fut jamais, pour mériter le moindre intérêt. Et c'est la voix, la grimace et le courroux

AUTRES SALES BÊTES

même de leurs maîtres, qu'ils empruntent pour le reconduire impitoyablement.

Et que l'on ne dise pas qu'ils sont dressés à cela. C'est d'instinct que le chien montre les crocs aux malheureux.

Tout jeune, il sait déjà distinguer la condition des gens à leur chaussure et au bas de leur pantalon, sur lequel on dirait que s'est acharnée une meute, afin de signaler le pauvre à tous les larbins à quatre pattes

qu'il rencontrera sur sa route.

Dans le jour, la colère du chien à l'attache est plutôt risible, et le Vilain Homme s'en amuse. Gomme il tire sur sa chaîne entre sa niche et sa pâtée! Clomme on devine

bien reiivie dont ii poursuit, malgré tout, celui qui s'en va — lil)re!... IMais l'aboiement des chiens, dans la nuit, exaspère le Vilain Homme. Le silence serait, sans eux, si rafraîchissant, si j)ur! Lâchés dans les cours, maîtres de la place, fous de zèle, ils provoquent de loin, à l'abri des murs. Le Vilain Homme les escaladerait volontiers, lien que pour en finir et régler ce vieux compte. 11 aurait leur pcaii ou ils prendraient la sienne. Son bâton ferré ne redoute pas le combat et sous un coup bien asséné, ])lus d'une fois, des chiens de garde hurlèrent à la lune,

pour quelque chose

Quant aux toutous, aux roquets, aux sales petites bètes que leurs maîtresses enferment dans la maison, afin d'èlre averties du danger, cette misérable espèce pousse la domesticité

jusqu'à la lâcheté, ins(|u'à la tiahison

Ksl-ce ((lie ces serviteurs noctnrncsont jamais, en cllcl, empè-

AUTRES SALES BÊTES

elle les vieilles rentières d'être assassinées pendant leur sommeil? Ils aboient seulement lorsque le commissaire vient faire les constatations et induisent généralement cet intelligent magistrat, dont les soupçons s'égarent, à chercher le criminel parmi les fréquentations de la victime.

« C'est à cela que les chiens sont bons », conclut le Vilain Homme, ironique ou sincère, on ne sait pas

A l'égard deshètes en général, d'ailleurs, il n'ahonde pas dans le sens des cœurs égoïstes et soi-disant déçus, qui opèrent au profit des chiens, des chats, des perroquets, des chevaux, des tortues ou des araignées, un virement définitif de confiance et d'affection. Il n'ignore pas ce que cache de sécheresse et d'inaptitude l'éelle à la compassion, à la charité, l'amour des animaux prati(jué au détriment de l'amour du prochain.

« Les chiens sont nos frèies inférieurs » Autre

baliverne, qui n'explique pas pourcjnoi tant de gens font passer ces frères inférieurs avant leur frèie tout court, qui est le faible et le pauvre. Cette philan-

tliropie à la poilée des veuves, des vieilles filles et des prisonniers, est une habile échappatoire, un moyen de se soustraire, en donnant le change, à des devoirs plus pressants.

Qui donc oserait révoquer en doute la généreuse sensibilité des personnes qui s'apitoient sur les chevaux tombés, les chiens écrasés et les chats laissés sans nourriture pendant vingt-quatre heures? Entre cette sollicitude exclusive et la bonté, il y a pourtant la même différence qu'entre une fontaine à robinet et une source.

« L'amour des bêtes, pense le Vilain Homme, c'est de la monnaie de singe. »

PAROLES DANS LA VALLEE

LKIV. Dis-moi où tu fcmbusqucs , d je k dirai si k i)oI t'ai permis. C'est « entre colonnes » que Tartufe et Mereadet opèrent aS)ec le plus de chances de succès et d'impunité.

ii4 PAUOIJ'.S DANS LA VALLKF.

Yo^cz-lcs à la Bourse, à la Mûclckine d, dans kur loge, à l'Opéra.... Il ne manque entre les colonnes de ces Temples ré.ser'Oés, que Samson. . . . Mais Sam.son, toujours aSieugle, continue de tourner sa meule et n 'écoute point les guides qui -Voudraient le conduire au bon endroit.

LXV. Je me .suis glis.sé, hier, .sous le péristyle de la Bourse, parmi les gens excités qui hurlaient des chiffres au bout de mots barbares, et i'ai hurlé a-Oec les loups.

« Répétez,... o.sez répéter.... Ou'e.st-ce que -Oous •Vendez F»

Et j'ai répondu : « Les mêmes cho.ses que "Vous : tout ce que je nai pas. »

L X "^ I . La faim est aussi de la propagande par le fait.

LK\)II. Deux trame-la-patte .se montraient les

PAROLES DANS LA VALLEE ii5

Bons représentatifs de secours en nature qu'ils déliaient à la charité des passants.

Le premier disait : « Le Bon que Hoiei, qui donne droit à une portion, est délivré par la Société philanthropique ».

Le .second disait : « Le mien — c'est écrit de.s.sus — est distribué par M. de Rothschild ».

Et il 3) ai)ait, chez celui-ci, un ton de .supériorité dont l'autre .semblait être jaloux.

LKVIII. Vn catalogue de Grands Maga.sins, jeté au tas d'ordures, m'est tombé .sous les -^eux.yai lu :

Page 1