‹ BarabbasChapitre 24 sur 34 · I -Jl · texte numérisé non relu

I -Jl

PAROI. KS DANS LA VALLEK

SCS chaussures mui>cs, aidant cli' ks faire porkr au vauHn'.

LXXX\). La rouk offre tout de même plus de distractions qu'autrefois.... C'est tantôt un accident d'automobile et tantôt une chute d'aéroplane,... sans compter l'imprévu....

L X K K V I . Deux messieurs emmitouflés .sortaient d'une réunion du Conseil municipal.

Le plus gros disait : « Ces indigents nous ruineront en secours de chauffage! Ne pensez-^ous pas, cher ami, qu'on ferait bien de substituer le charbon de terre au coke F »

L'autre, délégué à la Commis.swn du Bureau de bienfaisance, .secouait la tête; et mon cœur eut une i>elléité

PAROLES DANS LA VALLEE

d'élan Vc7'.y lui, car ji' m'imaginais qu'il trouifait au

charbon de krrc des propriétés calorifiques supérieures

à celles du coke.

Mais, je l'enlendis justifier ainsi sa résistance :

« Non, -^o^ez-i^ous, c'est bien ainsi : le coke, par son

Holume, donne l'illusion d'un secours plus important. » Â la bonne heure! Encore un que j'allais aimer.... à

l'étourdie!

-^ÏV-

L K X X \) 1 1 . Je ne pa.sse jamais deilant l'hospice des Enfants assistés .sans chercher au fronton cette allégorie : Jonas -^omi par la baleine, après trois jours d'internement dans .son i) entre.

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LXKX\)III. Pendant la dern/èn' ^rcVc des gindres, k pou-^oir a fait garder les boulangeries par la troupe, afin d'assurer aux riches leur pain quotidien. Quand ce sont les paui^res qui en manquent, on met aussi des soldats dei^ant les boulangeries, mais pour empC'cher les paui^res c/3) entrer.

L X K X I X . SoiXante-dix pour cent des ouSIriers boulangers seraient tuberculeux. Je me répète le chiffre, pour me consoler tantôt de ne pas manger de ce pain-là, et tantôt de ne pas le cuire.

X C . jJux étalages, un « -{lient de paraître » intitulé La folie de Jésus.

Fou, lui?Âh! comme on i>oit bien que l'auteur ne l'a pas connu! Jïu physique, Jésus était un type dans le genre de Béranger, tout bonnement. Détail ignoré des p.sychiâtres : à trente-trois ans, notre SauSIeur présentait

un commencement de caN/t/e el ai) a il une lendance à l'obésité.

En S>érilé, je i^ous le dis, à soixante ans, il eût anticipé l'image du i)ieux chansonnier, et qui sait alors si le caractère de sa Sainte Face n'eût pas changé celle du monde, plus encore que la longueur du nez de Cléopâtre?...

On a le droit de se demander si la sotie philanthropie qui ne pense qu'à adoucir les maux du moment et persiste à ne pas voir les maux indirects, ne produit pas, au total, une plus grande somme de misère que l'égolsme extrême.

H. Spexckr.

EMBUCHES DE NOËL

LE Vilain' FIoaimi:, qui n'avait pas mangé depuis la veille, s'arrêta, las d'errer, devant un grand magasin d'épicerie qui vendait de tout à profusion :

gibier, volaille, poisson, charcuterie, liors-d'ceiivre

variés, légumes, IVuils, et jus(ju'à des mets préparés, destinés aux tables les plus difliciles.

C'était le soir. Lu éclairage éclatant enveloppait

EMBÛCHES DE NOËL 179

d'une gelée d'or cet ainas de nourriture. Un goût exercé reliaussait l'étalage. D'innombrables bouteilles de vins fins et de li(jueius érigeaient un portique immense et lumineux, autour duquel, ainsi que des parterres soignés par un jardinier de luxe, les pâtes et les cafés dessinaient le nom de l'épicier ou bien entrelaçaient seulement ses fières initiales.

Ailleurs, les plus vulgaires comestibles prêtaient à d'ingénieux motifs, à de coquets arrangements. Des artistes avaient sculpté le cliocolat, modelé en saindoux le buste du Président de la Répu!)lique et construit ties galantines qui ressemblaient à des sarcophages, (l'était un enchantement. L'eau en venait à la bouche.

A la bouche du Vilain Homme surtout, qui hennissait de convoitise, épié par un cordon de garçons vigilants. Elle montait de l'estomac, l'eau corrompue, comme d'un puits délabré, dans les grincements de poulie

Tant de bonnes choses accumulées, interdites !

Mais le Bienfaiteur égaré dans toutes les foules, ainsi qu'une aiguille dans une botte de foin, s'approcha discrètement du Vilain Homme avide et lui dit :

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« Vous avez faim, mon ami; je le vois. N'aiguisez pas davantage votre appétit sur ces denrées qui ne sont pas pour vous. Allez plutôt vous restaurer »

Et, dans la main du Vilain Homme, le Bienfaiteur glissa un bon de pain.

ri

Le Vilain Homme, qui grelottait dans ses haillons d'été, fit, pour se récliaufl'er, le tour des Grands Magasins Réunis, où le I)ien-élre et l'élégance n'avaient que l'embarras du choix.

La caresse et l'orgueil du corps étaient là, dans la blancheur du linge, la souplesse des étoffes, les raflinements de la mode.

A cette exposition permanente, les fidèles s'empressaient, bouillonnaient aux portes, en torrent dont s'éloignait le malheureux, pour n'être pas roulé comme une épave, un de ces débris qui tournoient dans les fleuves, au temps des crues.

Cependant on le bousculait tout de même et, pour frayer, jusqu'à leur voiture, un chemin aux belles clientes, les emplovés repoussaient encore le Vilain

EMBÛCHES DE ISOËL

Homme qui ne gènail pas seulement la circulation, qui la salissait de son aspect minable.

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Mais le Bienfaiteur, son ami, l'aperçut, vint à lui et murmura :

' Que faites-vous là? (le n'est pas votre place. Ce

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spectacle est pour vous un funeste excilant, car vous ne prétende/, je présume, à rien de ce que l'on trouve en cet endroit. Que vous sovez transi dans vos bardes légères, mon Dieuî je le conçois. Mais tout ce que vous pouvez raisonnablement soubailcr, c'est un paletot pour traverser l'Iiiver. Mb bien! réjouissezvous, j'en ai ini vieux, (jue je ne mets plus; venez le ebercber demain malin, cbez moi; il est à vous, je vous le donne. »

Le Vilain Homme dont les cbaussures léuilletées prenaient l'eau, comme le papier brouillard boit l'encre, fut attiré, dans son vagabondage, par la devanture claire et gaie d'un marcband de poêles et de cbeminées mobiles, aux vertus manifestes.

Quelques modèles, en efl'et, répandaient l'allégresse d'une cbaleur égale. On s'était ingénié pour rendre le feu visible, pour ajouter aux ornements de nickel et de faïence la séduction tles braises ardentes et des flammes libres. Certes, l'illusion n'était pas complète et la fonte morose, comme un préau étroit et

K.MBCcIIKS I)K noëi.

couvert, eontciiail sévèrement l'es- |)ièi>lerie des étincelles qui jouent si ij;entiment dans les liantes et larges clieminées de campagne, lieu de l'ccicalion des huches gamines —

Mais tant d'elforls, de honne volonté, \alaient (ju'on \ mil du sien, et le \ ilain Homme en mettait, pensant qu'il ferait hou rêver, les memhres éten-

mi-clos, auprès d'un de ces compagnons de veillée |)ro|)i'cs cl silencieux.

Son Bient'aileur qui passait rinlerpella :

« Soyez tranquille, mon ami, on songe à vous, qui sans doute avez froid. Encore quelques degrés audessous de zéro, et l'administration installera, aux carrefours, des l^raseros autour desquels vous serez admis la nuit. Je })ars demain matin pour Nice. Venez charger mes bagages sur la voiture; vous aurez vingt sous. (;ar c'est im principe : je veux que les pauvres que j'oblige transforment eux-mêmes en salaire mon aumône. J'ai le respect de leur dignité. Alors jeles invite à tirer de l'eau, à scier du bois, à le monter, etc

Je suis sûr ainsi que je n'ai pas affaiie à de faux mendiants; mais par ces temps rigoureux, favorables aux exercices violents, c'est vous rendre deux fois service. A demain. »

C'est à la montre d'un marchand de jouets, d'un paradis des enfants, que s'mtéressait maintenant le Vilain Homme.

Dieu sait pourquoi ! Clar il n'avait point de fils ni fdle dont les désirs irréalisables fussent ses plaies; il était seul, sans famille, sans maison à égaver aux fêtes prochaines.

EMBÛCHES DE NOËL

mil ¥^ j^

Pourtant ce solitaire, ce sauvage, souriait aux inventions de toute sorte, pour* l'amusement des

petits ; noir et sordide des pieds à la tête, il avait l'air du bonhomme Noël tombé de la cbenninée, dans un nuage de suie, mais tombé les mains et les poches vides, ^W^'^ déconfit et perm3^ plexe.

Qu'est-ce que son petit monde impatient allait dire?

T^ ' i n é ^ i t a b 1 e Bienfaiteur survenant, le ramena à la réalité.

« xA.h çà! mon ami, est-ce que vous seriez un sentimental, un tendre? Est-ce que vous verriez plus loin que le bout de votre misère, par hasard? Bien, bien.... Vos préoccupations, je les devine : ce sont

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les miennes aussi. Patlons-en. Vousres^rellez, n'est-ce pas, que les enfants pauvres, connus de vous, soient exclus (les surprises que Noël et le premier jour de l'an devraient leur réserver, comme aux autres? Hassure/vous, ils ne seront pas oiiMics. Mais vous comprendrez que nous fassions passer l'utile avant l'agréable. Des personnes charitables de mon entouraae, tous les ans, à Noël et le i" janvier, distribuent des bas aux petits indigents de leur quartier. Eh bien! je me fais fort (rol)tcnir ([uc vos protégés, d'où qu'ils viennent, partieipcnl à cette largesse. Hâtez-vous de les en avertir. »

TjC V ilain Homme achève sa soirée à la |)orte d'un théâtre. A chaque entr'acte, il reçoit au visage des bouffées de joie. Il en est même incommodé, comme |)ar un fumeur une personne (jui ne fimic |)as.

\lors, pomquoi reste-t-il là?

u Oui, pourquoi? lui demande son Bienfaiteur, qui sort (\u théâtre et fait avancer une voiture. Rien ne vous force à être dehors si tard, nous — Vous n'avez pas de domicile? Mauvaise excuse, mon ami.

EMBUCHES DE AOËL

Il n'y a plus de pauvres sans domicile. Voulez-vous que je vous donne l'adresse du meilleur asile de nuit? N'est-ce pas suffisant? La philanthropie, attentive à vos besoins, ne >ous procure-t-elle pas, à tous égards, le nécessaire? A quoi donc crovez-vous a\oir droit encore?

— Au superflu. 1

PAROLES DANS LA VALLÉE

XCL Vm' iro;^ana'? Si j'ai une cro^ancv?... Je crois bien; J'en ai même plusieurs.... Si je n'en a^ais qu'une, je ne serais pas ici, mais déjà dans l'autre -Oie, où les derniers doiSfenf être les premiers, à ee qu'on dit.

igo

PAROLES DANS LA VALLEE

X C I L J'ai mangé ma gamclk de soupe, a malin, deSlant un mur illuslré d'affahes célébrant les beautés et les i^ertus de la mer, de la montagne et des ruines historiques.

(( Thalassa! Thalassa! » s'écriaient les Grecs de Kénophon, accablés de fatigue, en apercei>ant les ri^>es du Pont-Euxin.

'( La mer! la mer! » s'écrient pareillement les soldats de l'armée du tra^Dail, las et prii)és de tout, lorsque retient la belle saison qui donne aux riches le signal du départ pour les plages.

Mais la mer, dont les malheureux abrew^ent leurs

PAROLES DANS LA VALLEE

regards, m s'étak que sur k.s murs d n'est qu'une tentation de ptus : t'eau aux yeux, après l'eau à ta bouche....

XCIII. Quant aux ruines historiques, nous en aidons eu d'admirables à contempler, en plein Paris, après la Commune! Les Tuileries, les ï^inances, la Cour des Comptes

Grâce à elles, pas besoin de Voyager, même à prix réduits, pour méditer .sur l'embelli.s.sement des monuments publics par le feu.

Âh! que la Cour des Comptes était magnifique, noircie

et à jour! C'était un but de promenade On y allait

herboriser, chasser et ré^er!

Ce spectacle n 'est plus

Les -vandales!

92 PAROLES DANS LA VALLÉE

KCI'^^. Autrefois, m'a dil a-^cc mélancolie un HieuX chiffonnier, on trouS)ait encore sa V/c dans les ordures; tandis qu'à présent....

XCN). 11 "S ^ ^<-'-'> /pierreuses aux premiers degrés de l'échelle sociale, comme aux derniers.

Les reines, les princesses, les femmes du monde, des Lettres et des Arts, tous les grands noms de France, font maintenant le trottoir, raccrochent à l'étalage des kiosques, sur la couverture des grands illustrés. J 'y i)ois défiler les portraits flattés de ces dames et de ces demoiselles, de leurs fiancés, de leurs enfants, de leurs cheHauX, de leurs chiens et de leurs chats.

Ayant rarement l'occasion de les approcher. Je suis heureux qu'on me donne une idée de leur figure, de leur intérieur, de leur Slie, de leurs distractions.

Ça peut ser-^ir, le cas échéant, à les reconnaître.

Mais j'espère que les Illustrés ne s'en tiendront pas là. Ils me doii^ent, après la hure des maîtres, le grom des larbins : portiers, maîtres d'hôtel, cuisiniers, i) a tels de

pkd i'I fi'mmi's de chambn'. L'Office, rcVz/c^ da gens de maison....

£/ ce n 'est pas tout! Ce tiroir épuisé, on i}idera, je l'espère, celui d'au-dessous, le tiroir des fournisseurs de ces dames, puis celui de leurs pauS>res....

Ainsi, d'échelon en échelon, on finira peut-être par descendre jusqu 'à moi :

Leur créancier]

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