‹ Barbares et bandits: la prusse et la communeChapitre 9 sur 13 · NÉMÉSIS · texte numérisé non relu

NÉMÉSIS

pée de la Plaie des ténèbres. Si l'esprit français ne venait y mettre Tordre et la lumière, elle resterait à Tétat de fatras et de barathrum. « On trouve de l'or dans le sable, a dit Goethe; on n'y trouve jamais de vases ciselés. » C'est l'emblème frappant de la science allemande. L ? or brut s'y trouve en abondance; mais pour qu'il entre dans la circulation générale, pour qu'il s'applique aux usages du progrès et de la culture, il faut qu'une main française le modèle et le dégrossisse. — En somme, anéantissement littéraire, dépérissement philosophique, science incohérente et confuse, tel est le bilan de l'Allemagne actuelle. Pas un poëte chez elle, depuis Goethe et Henri Heine, qui aille à la cheville d'un Victor Hugo ou d'un Lamartine; pas un romancier dont on puisse écrire le nom à cent pieds au-dessous^de ceux de Balzac et de George Sand ; un théâtre niais et stérile qui vit de nos des* sertes et de nos redites; une peinture emphatique et creuse qui n'est que de l'idéologie coloriée ; la musique ailée et sublime de Weber et de Beethoven de* venue la sorcière criarde qui fait son sabbat dans les opéras de Richard Wagner. Voilà où en est la race qui proclame notre décadence, décrète notre ruine et* souhaitait l'autre jour, par la voix d'un professeur de Berlin, « que l'Allemagne pût exterminer la France,' •# comme l'Amérique pourrait à la rigueur exterminer > les Peaux-Rouges. »

C'est peut-être la conscience secrète de son épuisement spirituel qui a rejeté l'Allemagne entre les

bras de la force et Ta ralliée sous la dictature de la Prusse. Mais ces instincts de violence et de destruction, de rapine et de vandalisme qu'elle fait éclater aujourd'hui, existaient sourdement en elle. La Prusse n'a fait que les enrôler, les discipliner et les mettre en marche. Une immense illusion régnait sur l'Allemagne dans notre pays. La légende avait formé entre elle et nous le plus trompeur des mirages. Nous' l'avions peuplée des figures idéales ou débonnaires de ses poëtes. Ce n'étaient que savants ingénus, étudiants rêveurs, fiancés platoniques, patriarches contemplatifs assis- sous les tilleuls de leur petite ville. On eût dit que, passé le Rhin, la nature humaine retombait dans l'innocente enfance de l'Eden. Her* mann et Dorothée, Werther et Charlotte, Max et Thécla, rangés sur la première file, en groupes idylliques, nous cachaient le peuple de proie qui, derrière* formait contre nous ses hordes.

L'idéalité est la rare élite et l'exception en Allemagne. Au fond, la race est âpre et sauvage. Cest elle qui, de tout temps, a produit les soldats les plus durs, les plus perfides diplomates, les banquiers les plus retors, les princes les plus corrompus et les plos pervers. Aucun peuple n'a fait aussi cruellement la guerre et l'usure. Sa blonde bonhomie n'est que le masque d'un machiavélisme sournois. La candear germanique est un sépulcre blanchi. Étrange vision que celle d'avoir pris pour une vertueuse Arcadie fe pays de Tilly et de Wallenstein, de Frédéric et *

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