ACTE PREMIER 4Ü
POPOLANI.
Quelle princesse?...
LE COMTE
La fille dq roi, mon maître.
POPOLANI.
Je ne comprends pas.
LE COMTE
Tu vas comprendre... 11 y a dix-huit ans, le roi eut une fille... Trois ans après, il eut un fils. A peine eut-il eu ce fils que l’idée de laisser la couronne à une femme lui devint insupportable. « Je veux que mon fils règne, disait-il, et non ma fille. » — Je lui proposai d'établir ici la loi salique. « Non, me dit-il, ne touchons pas aux coutumes de nos pères... mieux vaut nous débarrasser de ma fille. » Ce qui fut dit fut fait. On déposa la jeune fille dans une corbeille; on confia la corbeille au fil du fleuve. ..et puis...
POPOLANI.
Et puis... va te promener!
LE COMTE
Tu me comprends très-bien. Malheureusement, le jeune prince tourna mal. A peine l’eût-on fait sortir des mains des femmes pour faire de lui un homme, qu’il se hâta de s’y refourrer immédiatement, ce qui ne tarda pas à faire de lui un idiot... Impossible de songeràlui confier les destinées de cent vingtmillions d’hommes!... Autrefois je ne dis pas, mais aujourd’hui, avec les idées nouvelles... . '•
POPOLANI.
L’esprit d’examen. . .
Ah! ne m’en p^rle pas... « Que faire?... » s’écria le roi... En ce moment, Clémentine...
PO POLANI.
Clémentine, seigneur... -
LE COMTE
IG
J’aurais dû dire... La reine... La reine donc, la reine Clémentine se rappela qu’elle avait eu une fille... * C’est vrai, lui dit le roi, je n’y pensais plus... » Et se tournant vers moi : a Comte Oscar, je vous donne vingt-quatre heures pour retrouver la princesse. i Là deisus, je suis parti...
POPOLANI.
Et vous la trouverez, la princesse?...
LE COMTE
Je l’espère.
POPOLANI.
Mais si vous ne la trouvez pas? •
LE COMTE
Je prendrai la première paysanne venue et je la déposerai sur les marches du trône... mais, encore une fois, j’espère trouver la vraie... J'ai réuni le conseil supérieur des ponts et chaussées, et je lui ai posé cette question : « Un berceau confié à un fleuve, va t.il tout droit à la iner?... » — « Oui, me répondirent les ponts et-chaussées, à moins que sur ce fleuve il n’existe un barrage... » « — En existe-t-il un sur notre fleuve à nous?... —Oui... en face du château du sire de Barbe-Bleue. » Voilà pourquoi je suis ici... c’est ici que la corbeille a dû s’arrêter... c’est ici que la princesse a tlû être recueillie...
POPOLANI.
Très-bien raisonné!
LE COMTE
C’est en raisonnant comme ça que je suis arrivé à gouverner es hommes... en raisonnant comme ça, et en profitant de toutes les circonstances heureuses qui se présentaient; or, il s’en présente une des plus heureuses... cette réunion de jeunes filles pour choisir la rosière.