‹ Barbey d'Aurevilly et la MédecineChapitre 15 sur 44 · Communication de.M. le prince R. de Broglie · texte numérisé non relu

Communication de.M. le prince R. de Broglie

De ce mariage, naquirent trois enfants :

1° Alfred-Louis-François Pontas du Méril, né à Valognes le 9 mai 1798. D’abord magistrat, substitut à Coutances, il donna sa démission en 1830 et se retira à Caen, où il consacra ses loisirs à l’histoire et à l’horticulture. Il devint président de la Société d’horticuliure de Caen et du Calvados, dont « pendant près de vingt ans, dit le Moniteur du Calvados (17 septembre 1856), il dirigea les travaux en digne chef, avec une intelligence et une sollicitude qui ne se sont jamais démenties ». Il mourut au début du mois d'août 1856.

Dans la notice nécrologique qu’il lui consacrait, l'An: nuaire de la Manche de 1874 (p. 76) faisait cette simple allusion à son père qui, « docteur en médecine, fut longtemps maire de cette ville (Valognes), où la sagesse de son administration lui avait acquis des titres à l’estime générale. Bien capable d’apprécier l’aptitude et l'intelligence précoce de son fils aîné, il songea à le faire entrer dans un collège de Paris, où il fit de brillantes études. »

2° Léon-Edelestand Pontas du Méril, né à Valognes en 1801, mort à Paris le 30 mai 1871; c’est le savant philologue et l’ami intime de Barbey d’Aurevilly.

3° Ernestine Pontas du Méril (1804-1832).

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Quelle fut l’influence du médecin Pontas du Méril sur son jeune neveu Jules Barbey d’Aurevilly? J’incline à penser qu’elle fut très forte. L'écrivain a parlé de son oncle en des termes admiratifs qui sont l’expression de souvenirs d'enfance, puisque Pontas du Méril est mort à Valognes le 26 mars 1826, alors que oct n'avait que dix-huit ans!

Dans les Disjecta Membra, ce cahier de notes et d’impressions qu'il appelaït son « crachoir », et qui forme un curieux manuscrit polychrome', Barbey écrit à la date du

1. M. René-Louis Doxon, le distingué éditeur de « La connaissance », qui a consacré plusieurs études à Barbey d’Aurevilly, a édité les Disjecta Membra dans la collection « Les Textes », Paris, La Connaissance, 1925.

9 octobre 1871 : « … C’est jeudi que je suis arrivé à Valognes, non moins on pour moi que Saint-Sauveur. Il est moins changé, quoique le grand aspect de la rue de la Poterie n'existe plus. Ses deux larges ruisseaux bouillonnant d’une eau pure, comme de l’eau de source, dans lesquels on lavait autrefois du linge qu’on battait au bord sur des pierres polies, ces deux ruisseaux qui ressemblaient à deux rivières et qu’on passait sur de petits ponts de bois mobiles, ont été détournés de leur cours. I n’y a plus qu’un filet d’eau qui coule; seulement, il a une manière de couler en frissonnant et l’eau est si bien de la pureté que j'ai - connue, — que je me suis tout à l’heure arrêté à voir frissonner cette pureté... C’étaient mes souvenirs que je regardais frissonner dans cette éau transparente et fuyante...

« … Je me noie ici, depuis que j’y suis, de mélancolie... »

Et comme il vient de découvrir un Valognes inconnu, un Valognes tout nouveau pour lui, Barbey ajoute : « … Je connaissais le Valognes aristocratique, le Valognes aîné, le Valognes de mon oncle, le plus majestueux maire de ville . qui fût jamais. »

C’est à peu près la seule appréciation qu’on trouve dans les lettres et dans les souvenirs de Barbey d’Aürevilly sur son oncle Pontas du Méril. Il y a là quelque chose de mystérieux, Quand il écrivait à Trébutien, Barbey se montrait volontiers prolixe de détails sur sa famille : « Nous sommes entre nous et je ne vous importune point. » (26 février 1855) De plus, il avait, suivant sa propre expression, « üñe mémoire infernale. C’est chez moi, disait-il, une hypertrophie de facultés’ ».

Dans le Memorandum de 1864, écrit pour l'A. B.… (L’Ange blanc, surnom donné par l’abbé Léon d’Aurevilly à M" d Bouglon)”, Barbey d’Aurevilly, étant de passage à Valognes, fait encore cette allusion à son oncle :

« En revenant du fond de la rue des Carmélites, j'ai

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