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Préface des Diaboliques

. « L’amour prenaït tout, emplissait tout, bouchait tout en eux, le sens moral et la conscience, — comme vous dites, vous autres; et c’est en les regardant, ces heureux, que j'ai compris le sérieux de la plaisanterie de mon vieux camarade Broussais, quand ïl disait de la conscience : « Voilà trente ans que je dissèque, et je n’ai pas seulement découvert une oreille de ce petit animal-là. »

« Et ne vous imaginez point, — continua ce vieux diable de D' Torty, comme s’il eût lu dans ma pensée, — que ce que je vous dis là, c’est une preuve... la preuve d’une doctrine que je crois vraie, et qui nie carrément la conscience comme Broussais. Il n’y a pas de thèse ici. Je ne prétends point entamer vos opinions. Il n’y a que des faits. Le vieux médecin, le vieux observateur, le vieux moraliste. ou immoraliste — reprit-il, en voyant mon sourire, — est déconcerté par le spectacle auquel il assiste depuis tant d’années... »

Si même Barbey d’Aurevilly ne l’avait formellement déclaré, l’impression de vie, la sensation de réel que donne le portrait de son D' Torty, disent éloquemment qu’il a été peint d’après nature. Mais le peintre a dû vivre dans l'intimité du modèle, pour avoir conservé aussi nettement les traits de sa physionomie. Plus nous y songeons et plus nous l’étudions, plus nous avons la conviction que, sous le nom du D' Torty ,c’est son oncle du Méril qu’a peint Barbey d’Aurevilly. Faut-il ajouter que, malgré toutes nos recherches, nous n’avons pas découvert l’existence d’un médecin de ce nom? Nous avons retrouvé d’autres personnages des Diaboliques dont Barbey a pensé qu’il était superflu, après plus de quarante ans’, de changer le nom. Par exemple, le chevalier de Mesnilgrand, le D' Bleny, Le Carpentier, ont réellement existé. Le D° Torty, non. Ou plutôt, nous pouvons conclure et affirmer : le D° Torty, c’est du Méril.

Bien plus, sur les six Diaboliques, quatre se passent à Valognes. Ne serait-ce pas du Méril, le confesseur laïque, — « qui confesse le corps tient vite le cœur », disait-il, —

1. Du Méril est mort en 1826 et la première édition des Diabo-

liques est de novembre 1874. :

qui aurait fourni à Barbey d’Aurevilly les sujets de ces surprenants récits ?

Au fond, ce sont des histoires de médecins, ces Diaboliques, nous voulons dire comme prenaient plaisir à en raconter naguère de vieux médecins, restés des carabins un peu cyniques, devenus, au contact de la vie, des philosophes indulgents. On imagine assez bien Clemenceau, quand il était interne provisoire à la Pitié, racontant, en salle de garde, des histoires de ce genre. D’ailleurs, Clemenceau, qui s’y connaissait en hommes, aurait désiré s’attacher Barbey d’Aurevilly comme collaborateur à la Justice. Il avait reconnu l'esprit médical sous l’extérieur romantique de l’auteur des EAN Le fait a été rapporté pu Gustave Geffroy.

Les Dies ce sont aussi des cas A ee et il est facile de poser un diagnostic en conclusion de chacune d’elles. Le Rideau cramoisi, c’est l’histoire d’une mort subite déterminée par un traumatisme utérin. Le cas est bien connu en médecine légale’. Peut-être aussi Albertine, l’énigmatique amoureuse, est-elle une de ces cyclothymiques, en période d’excitation, qui présentent une fragilité spéciale de leur système nerveux et une modification de l’équilibre endocrinien. Son acte serait sous la dépendance d’une DS lonsyrese thyroïdienne, et la mort soudaine en a été la rançon’.

Le plus bel amour de Don Juan n’est pas autre chose que la description d’une grossesse nerveuse, et Le Bonheur dans le crime met en scène un empoisonnement”.

Le Dessous de cartes d’une partie de whist cache un infanticide et montre la lente agonie d’une jeune fille, amoureuse et. bacillaire. « La figure souffrante d’Herminie, sa pâleur, cette toux, qui semblait sortir d’un poumon spongieux, ramolli, où déjà peut-être s’envenimaient ces lésions profondes que la médecine appelle, dans un

1. Cf, D° Ch. ViBerT : Précis de Médecine légale, Paris, Baillière, 1917,

2. Les Rythmes et la Vie. LAIGNEL-LAVASTINE. L'activité nerveuse, sympathique et endocrine au point de vue des rythmes individuels. Lyon, librairie Lavandier.

3. Pierre DOMINIQUE, qui est docteur en médecine, semble s'être inspiré de Barbey d’Aurevilly dans son roman L'Indienne de Blois.

SARBEY D'AUREVILLY ET LA MÉDECINE Si langage plein d’épouvantements pittoresques, des caver: nes. » On ne saurait, en quelques lignes, faire une description plus précise et plus imagée, d’images rigoureusement exactes, d’une poussée aiguë de tuberculose pulmonaire. Tout y est : le teint du visage, la toux, l’infiltration «u parenchyme, le ramollissement, la tuberculisation du poumon et l’état cavitaire. C’est le style d’un clinicien manié par un artiste. Quel dommage que du Méril soit mort en 1826, avant que Barbey d’Aurevilly n’ait terminé ses études secondaires! En 1829, il se fera inscrire à la Faculté de Droit de Caen, Peut-être, son oncle vivant, se serait-il dirigé vers la carrière médicale. Quel grand clinicien il eût fait, quel prestigieux orateur médical, à côté duquel un Trousseau et un Jaccoud, ces princes de la parole en médecine, seraient restés pâles!

A un diner d’athées mérite de retenir tout particulière: ment notre attention. Plus encore peut-être que Le Bonheur dans le crime, c’est la nouvelle qui établit, à nos yeux, l’influence profonde de du Méril sur l’auteur des Diaboliques. La scène se passe à Valognes, qui n’est désignée que par “‘”, mais qualifiée — cela nous suffit — de « petite et expressive ville de l’Ouest ». D'ailleurs, Barbey d’Aurivilly, en masquant Valognes, ne dénonce que plus sûrement pour nous le lieu de ses prédilections.

Le récit est émaillé de précisions médicales intéressantes. C’est d’abord le fils du vieux M. de Mesnilgrand « qui, de ses passions inexprimablement terribles, avait révolté sa ville natale avant dix-huit ans, et failli mourir, Avant dix-huit ans, en effet, des excès de femmes, des excès insensés, lui avaient donné une maladie nerveuse, une espèce de tabes dorsal pour lequel il avait fallu lui brûler la colonne vertébrale. avec des moxas. Cette médication effrayante, qui épouvanta la ville de *"”, comme ses excès l’avaient épouvantée, fut un genre de supplice exemplaire dont les pères de famille infligèrent la vue à leurs fils pour les moraliser… »

Evidemment, il ne s’agit pas ici de la maladie de Duchenne, l’ataxie locomotrice progressive, qui n’apparaît guère avant trente où quarante ans. Le tabes du jeüne de Mesnilgrand est celui dont parle Trousseau, dans ses clini-

(UN gémut) sie @ \a

ques, pour critiquer l’emploi de ce nom dans la maladie

décrite par Duchenne de Boulogne. « Le nom de tabes dorsalis, dont l’ancienneté ferait tout le mérite, a l’inconvénient d’avoir été appliqué par les anciens qui, les premiers, l’ont employé et par ceux qui, en ont fait usage à des affections très diverses et surtout, en se reportant aux livres hippocratiques, aux affections médullaires paralytiques consécutives aux excès vénériens’. »

Barbey d’Aurevilly avait dû être frappé dans son adolescence par l’histoire de ce jeune débauché qui scandalisait Valognes, et il n’est pas étonnant que son oncle, nourri des livres hippocratiques comnre tous les médecins d’avant la Révolution, lui ait parlé du tabes dorsalis. Les beaux travaux de Duchenne de Boulogne datent de 1858. Il n’est pas impossible non plus qu’à l’époque où Barbey écrivait les Diaboliques, ses amis médecins (le D‘ Robin, le D’ Seeligmann, etc.) l’aient mis au courant de la description de l’ataxie par Duchenne, car il s’intéressa toujours à la méde-

cine.

Retiré à Valognes, le terrible Mesnilgrand, qui avait été

officier de Napoléon, occupait ses loisirs à peindre et réunissait chez son père d’anciens camarades de l’armée impériale, officiers rayés des cadres par la Restauration, des médecins matérialistes, et d’anciens révolutionnaires, en des festins plantureux, lesquels avaient lieu le vendredi, pour mieux défier « les royalistes et les dévots de la ville ».

Le portrait du vieux M. de Mesnilgrand nous intéresse, car il nous fait songer aussi à M. du Méril. « Il avait donné, disait-on, du côté de la Révolution, quoiqu'il fût le parent de Vicq d’Azir”, le médecin de Marie-Antoinette, mais ce

OU a : Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu, tome II, p. :

2. Né à Valognes le 28 avril 1748, mort à Paris le 20 juin 1794. Fils de médecin. Reçu licemcié en médecine à Paris en 1778, il ouvrit un cours libre d’anatomie comparée, que la Faculté réussit à faire supprimer. Il épousa la nièce de Daubenton, qui lui facilita ses recherches et le fit nommer, à 26 ans, membre de l’Académie des Sciences. Doué d’un brillant talent d’orateur, il succéda à Buffon à l’Académie française. 11 fut le médecin de Marie-Antoinette, qui l’appelait « mon philosophe », à cause de ses opinions avancées. Il a laissé de nombreux travaux d’anatomie comparée, de physiologie, de zoologie, une étude sur le cerveau, et prononcé à l’Académie des éloges demeurés classiques. Son caractère ne fut pas toujours à la hauteur de son talent.

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n'avait pas été long. L’homme du fait (les Normands appellent leur bien leur fait: expression profonde), le possesseur, le terrien avaient promptement redressé l’homme d'idée. »

N’aurions-nous pas dans ces lignes l’explication de l’attitude effacée de du Méril, « l’homme du fait », qui avait, au début, « donné du côté de la Révolution », puis était devenu, après la vente des biens ecclésiastiques, « possesseur », ét « terrien »?

« Seulement, de la Révolution, il était sorti athée politique, comme il y était entré athée religieux, et ces deux athéismes combinés en avaient fait un négateur carabiné, qui aurait effrayé Voltaire. » -

Nous avons vu que le D' Torty, alias du Méril, était « un athée absolu et tranquille... »

« Il parlait peu, du reste, de ses opinions. » Mais Du Méril n’en parlait pas davantage, en dehors sans doute du cercle de famille. Et n’y aurait-il pas quelque rapprochement à établir entre le fait qu'après 1815, il se fit appeler « M. du Méril » et non plus « Pontas-Duméril »', et l’anecdote du fils de Mesnilgrand que raconte Barbey?

« Dans cette petite ville de “*”, entichée de noblesse, les anciens seigneurs terriens du pays, ruinés et volés par la Révolution, avaient, peut-être pour se consoler, l’inoffensive manie de s’attribuér entre eux des titres de comte et de marquis, que leurs familles n’avaient jamais portés. Mesnilgrand, qui trouvait cette usurpation ridicule, prit un moyen hardi pour la faire cesser. Un soir de réunion dans une des maisons les plus aristocratiques de la ville, il dit au domestique : « Annoncez le Duc de Mesnilgrand. » Et le domestique, étonné, annonça d’une voix de stentor « Monsieur le Duc de Mesnilgrand! » Ce fut un haut-lecorps général. « Ma foi, — dit-il, voyant l’effet qu’il avait produit, — en tant que tout le monde se donne un titre, j’ai mieux aimé prendre celui-là. »

C’est probablement d’une manière semblable que Jean- Louis-François Pontas-Duméril, l’ancien bachelier en méde-

: 1. On a vu que son nom est orthographié ainsi sur la thèse dé baccalauréat en médecine.

cine de la Faculté de Caen, qui représentait le Tiers-Etat à l’Assemblée de Valognes et figurait comme officier de ae sur les actes d’état-civil de la Révolution, devint un

. beau j jour, après le retour des Bourbons, « le D’ du Méril »!

Mais qui donc reprocherait à Barbey d’avoir, en la iransposant, si joliment présenté cette inoffensive usurpation ?

Done, les convives du vendredi à l’hôtel Mesnilgrand étaient des officiers, « anciens beaux de l’Empire », des « gens de science, comme les médecins, ou revenus de tout, comme ces vieux moines, qui se souciaient bien d’un habit, après avoir porté et foulé aux pieds les ornements sacrés de la splendeur sacerdotale... » :

Mais c’est tout simplement le personnel de la Loge l'Unité militaire, que Barbey d’Aurevilly a réuni «à un dîner d’athées ». Comment ne pas reconnaître dans une telle réminiscence, qui prend à nos yeux la valeur d’un récit documentaire, l’empreinte ineffaçable du médecin du Méril, l’initié de l'Unité militaire?

Parmi les plus cyniques convives, il y avait « un certain et ci-devant abbé Reniant, — un nom fatidique! — lequel, dans cette société à l’envers de la Révolution, qui défaisait tout, s’était fait, de son chef, de prêtre sans foi médecin sans science, et qui pratiquait clandestinement un empirisme secret et, qui sait? peut-être meurtrier. Avec les hommes instruits, il ne convenait pas de son industrie. Mais il avait persuadé aux gens des basses classes de la ville et des environs qu’il en savait plus long que tous les médecins à brevets et à diplômes... On disait mystérieusement qu'il avait des secrets pour guérir. Des secrets! Ce grand mot qui répond à tout parce qu’il ne répond à rien, le cheval de bataille de tous les empiriques, qui sont maintenant tout ce qui reste des sorciers, si puissants jadis sur l’imagination populaire. Ce ci-devant abbé Reniant... ne se livrait point par amour du gain à ces fabrications cachées de remèdes, qui pouvaient être des empoisonnements : il avait de quoi vivre. Mais il obéissait au démon dangereux

des expériences... Ne voulant pas avoir affaire avec les mé-

decins patentés, comme il les appelait d’un ton de mépris, il était le propre apothicaire de ses drogues et il vendait ou donnait ses breuvages, — car bien souvent il les donnait,

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— à la condition qu’on lui en rapportât les bouteilles. Ce coquin, qui n’était pas un sot, savait intéresser les passions de ses malades à sa médecine. Il donnait du vin blanc, mêlé à je ne sais quelles herbailles, aux hydropiques par ivrognerie, et aux filles embarrassées, — disaient les paysans en clignant de l’œil, — des tisanes qui tout de même faisaient fondre leurs embarras.. »

Et voilà, magistralement campé, un type de « guérisseur », comme on en trouve encore dans certaines campagnes. La nuance de mépris, qui ombre ce portrait, exact et méticuleux, est là pour stigmatiser non seulement le prêtre défroqué, mais aussi l’irrégulier de la médecine. Contre les empiriques, Barbey prend visiblement parti pour les « médecins patentés ». Du Méril ne devait point aimer les DEP

Peut-être dira-t-on que nous voulons absolument voir, jusque dans les moindres détails, la trace de l'influence de son oncle, le médecin de Valognes, sur Barbey d’Aurevilly. On fera valoir que ce dernier n’avait que 18 ans quand il perdit son oncle et qu’après plus de quarante-cinq ans, la mémoire peut avoir des défaillances.

Non seulement elle n’en avait pas chez Barbey d’Aurevilly, mais, sous l’influence sans doute d’une légère intoxication léthylique (v. chapitre suivant : Barbey d’Aurevilly était-il un névrosé?), il a présenté des phénomènes d’hypermnésie, indiqués par lui-même d’un mot profond : « C’est une espèce de somnambulisme lucide. » La chose est d’autant y'us probable et logique qu’il pouvait à bon droit se vanter, nous l’avons vu, de posséder une « mémoire infernale ».

Sans doute le D’ Torty assistait-il À un dîner d’athées. Barbey ne le nomme pas, mais seulement un certain D' Bleny, dont nous avons retrouvé l'identité. C’était un

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ancien chirurgien de la Marine, originaire du Gers. Il avait .

dû être affecté à Cherbourg, ou à un bateau de guerre qui en dépendait, car sa thèse est dédiée à « M. H.-J.-J. Franqueville, commissaire principal, chef du service maritime au port et arrondissement de Cherbourg ». Ensuite, il aura exercé la médecine à Valognes ou dans les environs. Etait-ce un ami de son confrère du Méril, dont il partageait les

opinions ? Barbey d’Aurevilly aura rencontré chez son oncle le D’ Bleny, dont il a sauvé le nom de l’oubli, en faïsant de cet obscur médecin de la Marine un personnage épisodique des Diaboliques. Habent sua fata nomina.… La lecture de la thèse de Bleny nous a donné l’impression que c'était un esprit clair, qui savait observer et rédiger, un clinicien intelligent’.

1. Essai sur la Fièvre inflammatoire ou angioténique, thèse de la Faculté de Paris, 17 février 1809, par Bernard BLENY, né à Aignan (Gers), chirurgien de Marine, élève de l'Ecole pratique, membre de la Société d’Instruction médicale. Dédiée à M. H.-J.-J. FRANQUEVILLE, Commissaire principal, chef du Service maritime au port et arrondissement de Cherbourg.

La fièvre angioténique a été dénommée ainsi par Pinel, comme dépendant d’une certaine irritation ou tension des vaisseaux sanguins; Pinel en a fait le premier genre et le premier ordre des fièvres dans sa nosographie philosophique.

Elle serait due à « certaines circonstances hygiéniques propres à augmenter subitement l’impétuosité du sang et à irriter ou à stimuler les vaisseaux dans lesquels il circule; telles sont : l’impression subite et plus ou moins continuée d’un air froid et sec, ou chaud et sec; l’abus de l’alcool; les aliments trop succulents ou trop nourrissants, et notamment quand ils sont trop assaisonnés d’aromates ou de sels; la vie sédentaire, longtemps continuée et réunie à la bonne chère: le passage rapide d’une vie sobre et réglée à des excès dans les boissons et les aliments; la suppression d’une hémorragie habituelle comme des hémorroïdes, des menstrues, ou la négligence d’une saignée accoutumée et devenue par là même nécessaire; les fortes passions ou violentes affections de l’âme, comme un accès de fureur, un emportement de colère, un amour excessif. »

Bleny décrit les symptômes suivants : sentiment de pesanteur générale; les malades se trouvent plus fatigués qu’à l’ordinaire; vertiges, tournoiements.

« Le pouls est ordinairement fort, plein et accéléré; le battement se manifeste quelquefois aux carotides et aux temporales; les veines paraissent excssivement gonflées. Il est des individus qui éprouvent des hémorragies plus ou moins abondantes par le nez, par la bouche, ou par quelque autre voie. Tout le corps est rouge et comme gonflé; la face est animée et dans un état de turgescence. »

La respiration devient fréquente, même un peu difficile. La sensibilité, en général, est augmentée; le moindre bruit l’irrite.

Le malade se plaint de pesanteur de tête et d’une douleur obtuse qui s'étend du front à l’occiput. Tantôt il est agité; tantôt, au contraire, il est plongé dans un état de somnolence plus ou moins profond. Il est souvent fatigué, comme oppressé...

Cette fièvre peut se terminer d’une manière heureuse ou fàcheuse (!). Les terminaisons les plus favorables ont lieu par des hémorragies actives du nez, de l'utérus ou des intestins, par des sueurs abondantes, par les urines et rarement par des déjections alvines.

Maïs on n’est pas toujours assez heureux pour obtenir ces sortes de mouvements salutaires. Il arrive quelquefois des « change-

À un dîner d’athées abonde en détails médicaux. Quand Mesnilgrand commence son histoire, il peint son héros de la sorte : « C'était un homme d’une forte stature militaire et qui méritait de s’appeler Le Balafré encore plus que le duc de Guise, car il avait reçu en Espagne, dans une affaire d’avant-poste, un immense coup de sabre courbe, si bien appliqué sur sa figure qu’elle en avait été fendue, nez et tout, en écharpe, de la tempe gauche jusqu’au-dessous de l'oreille droite. A l’état normal, ce n’aurait été qu’une terrible blessure d’un assez noble effet sur le visage d’un soldat; mais le chirurgien qui avait rapproché les lèvres de cette plaie béante, pressé ou maladroit, les avait mal rejointes, et à la guerre comme à la guerre! on était en marche, et, pour en finir plus vite, il avait coupé avec des ciseaux le bourrelet de chair qui débordait de deux doigts l’un des côtés de la plaie fermée; ce qui fit, non pas un sillon dans le visage de Selune, mais un épouvantable ravin. C’était horrible, maïs après tout grandiose. Quand le sang montait au visage de Selune, qui était violent, la blessure rou-

ments inattendus, qui impriment une marche défavorable à la maladie et sont ordinairement suivis de funestes accidents ». Telles les congestions cérébrales.

On reconnaît que la tête est menacée par l’état brillant des yeux ou par leur obscurcissement, par les vertiges, par un pouls dur et plein, par des rêves plus ou moins effrayants, par l’agitation, le délire, ou l’affection comateuse,

… On ne peut espérer aucune issue avantageuse de la fièvre inflammatoire lorsque, par l’abus des saignées ou des rafraichissants, elle dégénère en fièvre adynamique.

L'Ecole de Cos, avec Hippocrate, prétend qu’il faut respecter la marche de la fièvre et se borner à calmer dans certains cas les symptômes violents et dangereux.

L'Ecole de Leyde, avec Boerhaave, soutient qu’il faut « désemplir les vaisseaux sanguins pour en diminuer la pléthore et prévenir les obstructions ».

Laquelle de ces méthodes adopter?

Il faut, dit Bleny, que le praticien fonde, autant qu’il est possible, la méthode du traitement sur les causes de la fièvre inflammatoire, sur l’intensité et la marche des symptômes.

En conséquence, on aura égard à tout ce qui constitue les divers matériaux de l’hygiène : du calme, de l’air. Ne pas surcharger le malade de couvertures. Supprimer mateläs de laine et lits de plume, parce qu’ils concentrent trop de calorique autour du corps.

Diète sévère. Point d’aliments solides, pas même de bouillon tées, « qui porteraient l’incendie dans toute l’économie anide viande, et surtout point de vin ou d’autres liqueurs fermen-

male >. JE EN ] ORALE EN TON

gissait; et c'était comme un large ruban rouge qui lui traversait sa face bronzée... »

C’est singulier comme le sang tient une place dans les curiosités physiologiques de Barbey d’Aurevilly. À chaque page de son œuvre, le problème du sang est évoqué. Et la thèse de baccalauréat en médecine de son oncle était aussi consacrée à la viscosité sanguine. Celle de Bleny à l’hypertension!

L’héroïne du récit de Mesnil est une courtisane attachée à un officier, et qui suit son régiment pendant la guerre d’Espagne. D'un teint rose et blanc, elle s’appelait Rosalba et rougissait au moindre effleurement, ce qui faisait que les officiers, qui raffolaient d’elle, l’avaient surnommée la Pudica. C'était «la plus enragée des courtisanes, avec la figure d’une des plus célestes madones de Raphaël ».

« La pudeur de la Rosalba n'était pas une simple physionomie, laquelle, par exemple, aurait, celle-là, renversé de fond en comble le système de Lavater. Non, chez elle,

Boissons rafraîchissantes. Petit lait. Sucs des fruits étendus d’eau. Boissons froides, ou simplement « dégourdies » l’hiver.

Repos absolu. Favoriser les évacuations naturelles, telles que celles de l’urine; laxatifs; pédiluves ou fomentations sur les extrémités inférieures, mais pas de sudorifiques.

Enfin, porter attention aux habitudes invétérées, aux excès.

Est-ce un homme robuste et sanguin, chez lequel il se manifeste quelques signes de congestion vers la tête, on doit procéder sur-lechamp aux moyens les plus actifs tels 1 la saignée du bras ou du pied, qu’on réitère plus où moins fréquemment, et même l’application de ventouses à la nuque.

Conclusions : Faut-il attribuer la fièvre inflammatoire à l’irritation ou à la tension du système artériel ou à l’épaississement du sang?

L'ouverture des cadavres n’a répandu que peu de jour sur cette question, parce qu’il est infiniment rare que les malades succombent à la fièvre inflammatoire, à moins qu’elle ne soit compliquée.

Bleny écrit en terminant : É

« Rien n’est encore moins certain que la nature et le siège de la fièvre inflammatoire. Il est néanmoins probable que cette maladie réside surtout dans le système artériel, qui paraît alors plus irrité qu’à l’ordinaire; mais il est encore nécessaire de faire beaucoup de recherches pour confirmer cette opinion et pour la faire adopter préférablement à toute autre. »

On verra par le résumé, à dessein un peu long, de cette thèse, qu’elle est une bonne description, avant la lettre, de l’hypertension artérielle. C’est dans un milieu de médecins intelligents que Barbey d’Aurevilly, adolescent, a été initié aux choses de la médecine.

la pudeur n’était pas le dessus du panier. C’é tait réelle-

ment une vérité. NE « La princesse Pauline avait aussi l’air idéalement chaste et vous savez tous de quoi elle est morte... Mais Pauline n’avait pas en toute sa personne une goutte de pudeur pour teinter de rose la plus petite place de son corps char-

mant, tandis que la Rosalba en avait assez dans les veines

pour rendre écarlates toutes les places du sien. »

La Rosalba présentait, en réalité, un phénomène dû à des troubles vaso-moteurs, qu’il n’est pas rare d’observer notamment chez les femmes enceintes qui viennent consulter pour la première fois. On l’appelle l’érythème pudique!. Les officiers n’avaient pas eu tort de surnommer Rosalba:

la Pudica. |

On trouve dans Barbey d’Aurevilly un autre exemple d’érythème pudique. A la fin du Chevalier des Touches, Aimée de Spens sauve la vie de des Touches « en outrageant elle-même sa pudeur ». Les bleus cernaient la maison d’Aimée, où le chevalier des Touches était réfugié. C’était le soir. « Quand, à travers la fenêtre, les Bleus virent, du dehors où ils étaient embusqués, cette chaste femme qui allait dormir et qui ôtait, un à un, ses voiles, comme si elle avait été sous l’œil seul de Dieu, ils n’eurent plus de doute; personne ne pouvait être là, et ils étaient partis : Des Touches était sauvé! »

. Mais, plus tard, au seul nom de des Touches, Aimée de Spens s’empourprait. « Ces rougeurs la couvraient… et étaient le signe, toujours prêt à reparaître, d un supplice qui duraït toujours dans sa pensée... »

La Pudica des Diaboliques a une fin épouvantable. Au cours d’une discussion de jalousie avec son amant, celui-ci a l’idée atroce « de cacheter cette femme comme elle avait cacheté sa lettre ».

& — Un beau cas de Mirage. — dit le D' Bleny, — et rare! »

Mesnilgrand, témoin de Li scène abominable, plongea son sabre à travers le corps du criminel. Et il recueillit le cœur de l’enfant que l’amant et la maîtresse s'étaient

à Cf, GH, RoGER : Introduction É l'étude de la Médecine. Pa- ‘ris, Massôn, 1918, p. ‘529.

dia D'AUREVILLY ET LA MÉDECINE ia 59

jeté à la face l’un de l’autre. C’est l’histoire de ce cœur, conservé et confié plus tard par Mesnilgrand à un prêtre de Valognes, qui fait le fond de cette tragique et médicale nouvelle : À un diner d’athées.

On trouve enfin un autre cas médical dans la sixième des Diaboliques : La Vengeance d’une femme. Nous assistons à la fin misérable de la duchesse de Sierra-Leone, devenue fille publique par vengeance, et qui, après avoir contracté la syphilis, meurt à la Salpêtrière, comme on mouraït avant la découverte des traitements de fond de la syphilis, c’est-àdire en présentant des accidents et des mutilations comme on n’en voit plus guère que dans les pays exotiques. « En peu de mois, elle s'était cariée jusqu'aux os... Un de ses yeux avait sauté un jour brusquement hors de son orbite et était tombé à ses pieds comme un gros sou. L’autre s'était liquéfié et fondu... Elle était morte dans d’intolérables tortures. »

Tel est, pour le médecin, l’intérêt des Diaboliques. « Elles n’ont pas, disait lui-même Barbey d’Aurevilly dans la préface, la prétention d’être un livre de prières ou d’Imitation chrétienne... Elles ont pourtant été écrites par un moraliste chrétien, mais qui se pique d'observation vraie, quoique très hardie.. »

Les Diaboliques sont des « monstres ». Mais c’est encore dans la bouche du D° Torty que Barbey place ces mots : « Pour moi, qui ne veux pas mourir, en ma qualité de médecin, sans avoir écrit un traité de tératologie.. » Torty ou du Méril n’a pas écrit son traité, mais nous avons les Diaboliques. C’est un peu un livre de tératologie. Et l’auteur ne se « piquait » pas seulement d’observation. Il était réellement un observateur qui fouillait au fond de ses sujets, avec la hardiesse d’un médecin. À l’école de son oncle, Barbey d’Aurevilly avait acquis l’esprit médical.

Songeait-il à son propre cas, lorsqu'il écrivait à propos de Sainte-Beuve : « Sa critique n’en est pas moins faite de deux choses infiniment précieuses pour ceux dont la fonction est de juger les œuvres littéraires : je veux dire de la sensibilité la plus vive, et d’une analyse si subtile et si pénétrante qu’elle ressemble à ce qu'est, en chirurgie, une opération. On ne l’a point assez remarqué : à l’âge

.BARBEY D’AUREVILLY ET LA MÉDECINE Ci

où les premiers travaux mordent profondément sur les facultés et y laissent une empreinte ineffaçable, Sainte- Beuve étudia pour être médecin, et, depuis ce temps-là, il a toujours porté sur son talent et sur sa pensée philosophique et littéraire, le ressentiment de ses études interrompues'… »? |

On ne saurait parler d’études ni de travaux de médecine proprement dits chez Barbey, mais à l’âge où les premières lectures et les premières impressions, tout comme les premiers travaux, « mordent profondément sur les facultés », on retrouve Valognes et l’influence médicale de son oncle.

C’est peut-être Barbey d’Aurevilly qui, le premier, a signalé l’empreinte des études médicales sur l'esprit de Sainte-Beuve. L'idée a été reprise depuis”. Mais, avant Bar- -bey, on ne l’avait « point assez remarqué », en effet.

Achevons d’ailleurs de citer cette page sur Sainte-Beuve; elle expose la conception psychologique et physiologique de la critique de Barbey d’Aurevilly.

« C’est par l’analyse, en effet, que Sainte-Beuve a incontestablement établi sa supériorité en critique. C’est par l’analyse qu’il a fait faire un progrès à la critique contemporaine. Avant lui, les analyses littéraires ne se permettaient ni le profond, ni le saignant de la sienne. Les critiques d’alors ne parlaient guère que des lois abstraites d’un goût, très relatif d’ailleurs, et pinçaient seulement des mots. Mais lui, anatomiste et physiologiste pour la première fois dans l’ordre littéraire, il nous a appris à faire autre chose; il nous a appris à percer le livre jusqu’à l’homme. La critique a cessé d’être abstraite et grammaticale, pour devenir humaine. Pas immense! maïs qui mènerait peut-être Sainte-Beuve plus loin qu’il ne voudrait aller.

« En effet, quand l’habile critique prétendait un jour contre nous que la morale n’a rien à voir dans la critique littéraire, il ne se sentait pas inconséquent, mais, de fait, pourtant, il l’était. II l’était à l’emploi de son procédé ordinaire, à toute la pratique de sa vie intellectuelle, puisque

1. Barbey d’AuREvILLY : Portraits politiques et littéraires. Paris, Lemerre, 1898, p. 183

2. La Chronique Médicale, de CABANÉS, a consacré d’intéressats articles à Sainte-Beuve, évadé de la médecine.

c'ést de lui, et de lui seul, que nous tenons qu'il faut traverser le livre pour arriver à l’homme, au cœur de l’homme, à la conscience de l’homme, aux vices et aux vertus de l’homme; car les livres que nous faisons, nous qui faisons des livres, nous ne les faisons qu'avec cela! »

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Que les impressions médicales de Valognes aient « mordu profondément sur les facultés » de Barbey d’Aurevilly et y aient laissé une « empreinte ineffaçable », toutes ses œuvres l’atiestent. C’est non seulement dans les Diaboliques, mais dans ses autres romans, que les sujets qu’il traite touchent par quelque côté à la médecine ou à des questions para-médicales. La sorcellerie est une de celles-là. H y a dans les sciences occultes tout un domaine qui relève de la psychiatrie.

Il est probable que le médecin Pontas du Méril’ possédait dans sa bibliothèque de Valognes des ouvrages secrets et curieux concernant le diabolisme, la magie, les pratiques de sorcellerie, et que Barbey en prit connaissance. Quand M. Charles de Sainte-Foi publiera en 1854 (chez Poussielgue) une traduction de la Mystique divine, naturelle et diabolique, de Joseph von Goërres, Barbey d’Aurevilly l’analysera longuement dans ses Disjecta Membra’, le célèbre « crachoir » polychrome. LR

1. Ernest-Robert Curtius, dans son livre sur Balzac (trad. Henry Jourdan. Paris, Grasset, 1933), dit la vogue de la magie au début du xix*° siècle. 3

2. Barbey d’AUREvILLY : . Disjecta Membra. Paris, La Connaissance, 1925. Vol. If, p. 27. 5

Voici le curieux résumé, par B. d’A,, du système physiologique de Goërres (V. aux Annexes note sur Goërres) :

Le mouvement du va-et-vient, dit Goërres, qui se produit avec un parallélisme parfait à travers toutes les régions de l’homme extérieur et de l’homme intérieur, n’est pas le seul qui nous frappe dans la personanlité humaine. L’homme extérieur est lié à l’homme intérieur par un lien qui met en rapport l'esprit avec la vie, l'esprit avec son organe, la vie avec son support et enlace tout l’homme intérieur et extérieur dans le nœud de la vie. Formé daris la génération, ce lien se dissout par la mort. À peine l’homme conçu dans la mère que le-sommeil s'empare de lui, et favorise le développement de l’embryon. La mort survient, le corps se décompose et marche vers une dissolution complète. Entre ces deux extrêmes, la vie s'écoule dans un doux bien-être si le nœud en est bien formé. Mais ce nœud peut être trop relâché ou trop serré. Dans le premier cas, l'esprit se dégage du corps et la vie

Vellini, la Vieille Maîtresse, croyait au « charme du sang pour expliquer la fidélité du cœur », et Barbey décrit une scène dans laquelle Ryno de Marigny et la Vellini échangent leur sang comme un philtre d'amour. Il a seulement transposé quelques détails, mais l’ensemble du récit paraît

“inspiré de Goërres.

L’Ensorcelée (1854) est, parmi les romans de Barbey d’Aurevilly, son chef-d'œuvre par l’unité et l’intensité du récit, la beauté des descriptions et la sobriété de l'intrigue, enfin par la profondeur d’observation et d’analyse psychologique dés personnages. Certains critiques, déconcertés, sinon agacés par le panache de la phrase de Barbey, n’ont voulu voir en lui qu’un romantique exaspéré. On est allé jusqu’à monirer dans son œuvre la queue du romantisme, comme d’une comète aux trois quarts disparue, Quelle erreur! |

Etudié sous l’angle médical, Barbey d’Aurevilly apparaît, au contraire, comme un précurseur de la littérature moderne la plus réaliste, au sens intégral et scientifique du

; PT Ë ai a Jusqu'à un certain point anticipe la mort. Dans le deuxième, l’es-

prit s'enfonce dans le corps et l’homme retourne pour ainsi dire à l’état de fœtus. Entre ces états des oscillations d’une diversité infinie. dans les deux cas, état maladif, somnambulisme spontané d’un côté, crétinisme de l'autre. Dans l’un et l’autre cas, le mouvement commence par le système vasculaire et ganglionnaire qui est proprement l’organe de la vie et en suit les ramifications.

Le système ganglionnaire, organe de la vie, s’élève par trois degrés des régions inférieures jusqu'aux régions les plus élevées parallèlement aux trois degrés par lesquels l’organe de l'esprit descend vers les systèmes inférieurs. La premiére division du

- système ganglionnaire a pour centre le ganglion de forme semi-

: lunaïre situé vers l’artère ciliaque devant l’aorte descendante, et

sa périphérie dans le tissu des fibres nerveuses les plus fines qui revêtent le vaisseaux capillaires des intestins. Puis du plexus solairé de ce ganglion rayonnent d’autres plexus. En haut, celui des poumons, en bas et à gauche celui de la rate et les deux du foie, puis ceux des reins, et tout à fait en bas, le plexus spermatique..; tous ces plexus (servant à l’assimilation) sont traversés par d’autres plexus groupés autour du ganglion central, destinés au système musculaire de cette région, laquelle s’étend depuis le pharinx et le larynx, jusqu’à l’estomac et jusqu’à l’anus, servant à l'exécution des mouvements involontaires de tout le système...

La seconde division du système ganglionnaire a pour centre Île plexus ganglionnaire du cœur, situé à l’endroit où la trachée artère se partage à droite et à gauche vers l’axe de l’aorte. Ce plexus est en rapport par en haut avec les deux nerfs de la langue et les nérfs cervicaux inférieurs, par en bas avec le ganglion semi-lunaire. Îl rayonne par le nerf cardiaque dans le premier

el ni & J b { »

mot. Il est aussi réaliste et au fond plus hardi, plus complet que Zola, sans avoir ses grossièretés. Après tout, la médecine, si elle ne s’effarouche d’aucun spectacle, ne fait pas de place à la pornographie. Un écrivain médical peut se défaire d’un bas naturalisme, comme la chirurgie s’est défaite de la « pourriture d’hôpital ».

Ce n’est pas un paradoxe, dicté par notre admiration pour le grand écrivain, d’affirmer que Barbey d’Aurevilly a été un précurseur. Nous le soupçonnons d’avoir inspiré plus d’une page aux écrivains qui sont venus ensuite. Mais l’origine de propriété est assez bien tenue cachée en litté-

rature.

L’Ensorcelée, par exemple, pose le problème de la sen-

sibilité de classe, problème à la fois psychologique et physiologique, qui éclaire tout un côté de la grande histoire comme de l’histoire intime des groupes et des familles, car il est à la base de certains antagonismes dont les intérêts ne sont souvent que des prétextes. En abattant d’un coup de fusil l’abbé de la Croix-Jugan, ce prêtre-chouan d’une

ganglion fusiforme du cou, par le nerf moyen dans le second ganglion, et par le nerf inférieur dans le troisième; enfin, il se rattache aux ganglions pectoraux par d’autres rayons qui partent de lui. Toute la série des ganglions qui partent des ganglions cervicaux passe par les pectoraux et les lombaires, va jusqu'aux ganglions ciliaques en longeant la colonne vertébrale et l’aorte et sormant dans chacun d’eux des centres subordonnés au centre commun, c’est-à-dire au plexus cardiaque. Toute cette série peut donc être considérée comme le système qui appartient au cœur. La périphérie se termine aux extrémités nerveuses qui, rayonnant de tous ces ganglions sympathiques, revêtent les vaisseaux capillaires du tronc entier, depuis la face jusqu'aux dernières: extrémités.

La troisième division appartient au système cérébral. Les deux carotides pénètrent, après être parties de l’aorte, par l’os des tempes dans la cavité inférieure, formant avec les vertébrales, lesquelles sortant de l’artère sous-clavière arrivent par la même cavité par la grande ouverture de l’occiput, et là, s’unissant dans l’artère basilaire, forment une opposition qui demande à être conciliée. Elle l’est en ce que les carotides, à la surface inférieure du cerveau, projettent vers les basilaires une artère dans laquelle les deux systèmes s'unissent dans un faisceau et envoient à leur tour trois branches en avant au cerveau, deux autres par derrière au cervelet et du milieu l’artère cérébrale, qui pénètre dans les parties les plus intimes de l’organe Les paires de nerfs qui, montant du ganglion cervical supérieur, suivent le cours des carotides et des vertébrales, pénètrent par elles dans le cerveau et là s’unissent au faisceau formé par les artères et se divise en petits ganglions (inobservés), et de même qu’il est lié par des fils

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horreur grandiose, Le Hardouey assouvit la vengeance du mari moralement trompé, mais ont encore la haïne secrète du. « bleu ».

On sait que M. Paul es a fait du problème coniplexe de la sensibilité en transfert de ‘lasse le sujet de quelques-uns de ses romans les plus profonds, notamment l’Etape, les Moreau-Janwille et le Démon de Midi. Ne seraitce pas chez Barbey d’Aurevilly, et.en particulier dans l’Ensôrcelée,. qu’il aurait puisé son inspiration?

Puisque nous parlons du Démon de Midi, signalons cette

lettre à Trébutien dans laquelle B. d’Aurevilly raconte la fugue d’une religieuse de l’hôpital de Caen : « Elle avait quarante ans, cet âge terrible pour les organisations fortes et ardentes. Les amants fuient et l’hystérie vient : c’est une mauvaise heure dans la vie. d’une femme qui ne fut jamais

lymphatique. ».

Toujours les préoccupations psycho-physiologiques! Qui sait si M. Bourget, familier de l’œuvre de Barbey d’Aurevilly dont. il fut l’ami, n’a pas été frappé par ces lignes qui

avec la cinquième, sixième et septième paire de nerfs, de même aussi, il suit par.en haut,avec ses ramifications jusque dans l’intérieur du cerveau le réseau veineux triparti. Revêtant de son réseau tenu, et délicat des extrémités du cerveau, il n forme la troi-

spa pa à de a vie intestinale À la vie “ner états liés avec le sommeil. Dans le sommeil, les forces qui doivent. se : métamorphoser . s’abaissent et c’est sous son voile que s’aecomplit l’œuvre mystérieuse. Maïs cette œuvre suppose l’éveil de tout ce système. ganglionnaire et du- système nerveux supérieur qui correspond à celui-ci.

Cet éveil doit commencer dans les-régions inférieures de: la’ vie où. résident les, forces plastiques massives et grossières, soustraites à la conscience humaine et qui travaillent, en quelque sorte, dans le silence et l’obscurité, le tissu compact des corps...

L'homme passe. du: sommeil -à la veille; les puissances dé la: vie sortant de l’indifférence, leurs positions, leurs pôles se produisent. de nouveau et recommencent de lutter et les puissances supérieures absorbent les puissances inférieures. C’est dans les ganglions et particulièrement dans les ganglions semi-lunaïres que leur action se: manifeste. Ainsi concentrées, les forces de la vie inférieure et par suite polariser davantage les puissances qui tiennent à elle, tel est le résultat général de cet état.

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