V. Annexes : LE D' ROCACHÉ
Il nous plaît de clore ce chapitre sur l’hommage rendu par Barbey d’Aurevilly à un médecin obscur, auquel il trouvait du génie, et que son génie d'écrivain, à lui, aura tiré de l’oubli. Mais elle est aussi de Barbey cette réflexion très juste : -
« De tous les hommes qui ont besoin d’un large théâtre pour déployer des talents, et même du génie, le médecin est celui qui peut le mieux s’en passer Ne trouve-t-il pas de la matière médicale partout? »
Le masque et l’obscurité étaient chers à Barbey d’Aurevilly. « Avoir du génie et être obscur », écrira-t-il dans ses Pensées. Il songeait sans doute à sa propre destinée, lui qui, de son vivant, fut un méconnu et ne recueillit qu’après sa mort la gloire qu’il méritait. « La gloire, ce soleil des morts », disait-il avec mélancolie. Il songeait aussi aux médeciné qu’il avait connus, qu'il avait aimés, ou qui avaient été ses amis; à commencer par son oncle du Méril, le médecin de Valognes. « Valognes est toujours pour moi la terre des êtres adorés qui n'y sont plus. La ville des spectres qui me hantent et avec qui je vis au fond de moi. » Les spectres qui le « hantent » et qu’il « adorait », ils lui ont inspiré ces beaux vers : FE
Vous les connaissez bien, ces amants des clairières, Ces spectres, revenant de la tombe transis, Sous la lune bleuâtre et ses pâles lumières...
Ils dansent dans les cimetières,
Mais dans mon cœur ils sont assis.
Jusqu'à la fin de sa vie qui fut longue, puisqu'il est mort dans sa quatre-vingt et unième année (23 avril 1889), Barbey d’Aurevilly s’est plu dans la société des médecins. Charles Buet énumère ceux qui furent « les amis des derniers jours! », et qui venaient visiter dans sa modeste chambre de la rue Rousselet — son « tourne-bride de lieu-